ANCIEN RÉGIME

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La fiscalité

La grande question pendante reste bien celle du rapport du poids étatique avec la capacité économique et contributive du pays. Ce d'autant plus que la croissance numérique de l'armée, amorcée lors de la guerre de Trente Ans et poursuivie sous Louis XIV, aboutit au xviiie siècle, dans toute l'Europe, à un rapport numérique armée-population assez comparable à celui qui existait à la veille de la guerre de 1914-1918 et, en tout cas, très supérieur à celui qui a existé entre 1815 et 1880. L'effort financier indispensable, sans pouvoir être chiffré de manière aussi précise, est lui aussi considérable. Or, pour pouvoir maintenir son autorité intérieure et extérieure, pour étendre son administration, l'État du xviiie siècle a été obligé de se priver de deux commodités essentielles qui avaient été, dans le passé, les ultimes recettes en cas de crise : mutations monétaires et création d'offices. D'où le recours possible à une fiscalité accrue. Celle-ci a, pendant longtemps, été rendue plus supportable par la rapidité du développement économique français, liée à la phase de hausse des prix qui s'instaure vers 1730-1735. Le rythme de croissance français est excellent puisque d'après les comparaisons les plus récentes, il est, à peu de chose près, égal à celui de l'Angleterre. Mais celle-ci avait acquis une avance considérable sur le reste de l'Europe dès le xvie siècle, et l'avait encore accentuée au xviie siècle. La stabilité de la monnaie, décidée par Orry et scrupuleusement respectée par ses successeurs, fut l'une des conditions principales de cette évolution favorable. Il était, en revanche, impossible que cette fiscalité croissante, rendue nécessaire par la fréquence des guerres franco-anglaises de la seconde moitié du siècle, ne se traduisît pas par des difficultés sociales et politiques dès que le rythme de croissance de l'économie se ralentissait. Pour reprendre l'expression d'E. Labrousse, Louis XVI fut le roi malchanceux par excellence. Le début de son règne coïncide à peu près avec le palier intercyclique des prix et, plus encore, avec la distorsion croissante entre les prix agricoles, à hausse ralentie, et les prix de location de la terre, en hausse au contraire accélérée. Les revenus populaires se trouvent menacés au moment même où la rente du sol devient encore plus lourde à supporter. Le coût de la guerre d'Indépendance des États-Unis d'Amérique et les imprudences financières commises pour assurer son financement placèrent le Trésor dans la situation que l'on sait, et ce en dépit des augmentations de vingtièmes et d'autres impôts. La crise financière, donc politique, du régime se superpose aux difficultés économiques qui, à leur tour, l'aggravent. La concomitance des trois crises, sociale, économique et politique, rendit la Révolution inévitable. Parlements et noblesse jugèrent le moment venu pour monter à l'assaut du pouvoir et prendre leur revanche sur la royauté et ses serviteurs. La crise bretonne (affaire d'Aiguillon) avait été le prélude et le symbole de cette attaque. « Ce sont les patriciens qui ont commencé la Révolution », a fait remarquer Chateaubriand dans les Mémoires d'outre-tombe.

Ainsi la petite crise climatique qui est, semble-t-il, à l'origine d'une partie des difficultés rurales des deux décennies 1770-1790 n'a été que la « chiquenaude » qui a enclenché le processus. En soi, de telles crises ne peuvent en effet se comparer aux catastrophes naturelles du milieu et de la fin du xviie siècle, de ce qu'on a parfois appelé le « petit âge glaciaire ». Le xviiie siècle français n'a plus connu de décennies comparables aux années tragiques de 1690-1720 (qui, en revanche, sont loin d'être mauvaises sur le plan commercial). Mais l'état d'esprit a changé. « C'est la faute à Rousseau », affirmaient autrefois de bons esprits. Et sans doute les philosophes ont-ils à leur manière, et sans le vouloir, préparé le terrain. Cela compte peu, croyons-nous, face à ce qui, d'autre part, leur a permis de s'exprimer. Cette nouveauté est probablement le fait que, même dans le peuple, une réaction biologique fondamentale s'est produite. Autrefois on acceptait tout : froid, vent, pluies, gelées, peste, guerre, seigneurie et impôts telle une fatalité aveugle comme la mort. On sait désormais que l'on peut infléchir les fatalités. Une démographie nouvelle commence à se dessiner. La nature peut, à certains égards, être contrôlée. Pourquoi pas, à plus forte raison, [...]

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Entrée solennelle de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse à Arras, A. F. van der Meulen

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Le cardinal Mazarin

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Rennes

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Pour citer l’article

Jean MEYER, « ANCIEN RÉGIME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ancien-regime/