ANCIEN RÉGIME

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Thèses en présence

L'exposé qui précède se présente comme une prise de position, fondée sur une thèse. Cette tentative comporte nombre d'hypothèses, qui restent à confirmer – ou à infirmer. Notre essai passe donc sous silence nombre d'aspects, considérés comme « classiques », de l'Ancien Régime. Un résumé rapide d'autres positions actuelles s'impose. On tentera de les présenter par siècle.

XVIe siècle

Les brillantes études de R. Mousnier ont démontré l'ancienneté de l'idée de la monarchie absolue, qui remonterait au xiie siècle. L'absolutisme doctrinal du Moyen Âge ne se réalise cependant « que de façon momentanée, non continue, intermittente ». La « modernité », toute relative, du xvie siècle, réside dans le fait que l'absolutisme a tendance à s'accomplir « dans les activités de tous les jours de l'État » (F. Chabod). Aussi l'État français se caractérise-t-il par la création d'une organisation diplomatique permanente, imitée de l'Italie, et par le développement d'une hiérarchie d'officiers. Ordres et états généraux n'ont plus qu'une efficacité politique épisodique, face au « système » des offices dont le couronnement est le phénomène de la vénalité des offices. Chabod place cette construction sur le même plan que l'utilisation des troupes mercenaires dans l'armée : « La vénalité des offices [...] est le correspondant du système militaire des troupes à solde. » Le pouvoir royal « ne dépendait plus ainsi de la seule force militaire de la noblesse féodale ». Or, pour l'essentiel, ce sont surtout les bourgeois qui accèdent aux offices. Toujours plus conscient de sa force, ce monde des officiers conçoit l'État, non plus seulement sous la forme et dans la personne du roi, mais en entité de plus en plus indépendante. La notion d'intérêt d'État apparaît vers la fin du xvie siècle, pour triompher avec Richelieu (E. Thuau).

Cette description de la « monarchie absolue » du xvie siècle limite l'importance étatique que l'on attache au patriotisme (J. Huizinga). Elle s'accorde bien avec l'internationalisme du corps des dirigeants politiques, qui se prolonge au xviie siècle jusqu'à l'apogée du cardinalat de Mazarin. Peut-être passe-t-on trop vite sur l'importance à accorder à l'évolution des techniques militaires et à leurs répercussions politiques, administratives et gouvernementales (Nef). Surtout, il nous paraît difficile d'appliquer au « quatrième ordre » des officiers la terminologie de « bureaucratie » (Chabod). L'officier n'est pas un fonctionnaire.

XVIIe siècle

Au xviie siècle, théologie, théories politiques et réalités sociales « allongent les distances » entre le monarque et les hommes, comme la Contre-Réforme ou Calvin les avaient établies entre Dieu et les fidèles (C. Bontemps et al.). Pour R. Mousnier, la monarchie de Louis XIV, telle qu'elle s'incarne en ce personnage, après les vicissitudes de la première moitié du xviie siècle, est en quelque sorte le résultat politique de l'équilibre social entre la force croissante de la bourgeoisie et celle de la noblesse diminuée par les conséquences de la Fronde. L'arbitrage d'un monarque « absolu » devient indispensable. Par ailleurs, le conflit entre le Prince, ou l'État, et le monde des officiers s'accentua, plaçant ce dernier dans une situation inconfortable à la fois sur les plans social et intellectuel. D'où les palinodies, plus apparentes que réelles, des parlements, qui traduisent ces tensions contradictoires. Tout le « tumultueux » xviie siècle, dont on sous-estime en France le côté « baroque », culmine dans les désordres de la Fronde, qui coïncide avec une période de difficultés économiques et démographiques. L'historien soviétique Porchnev explique ce temps en y voyant un « front de classe » : noblesse-bourgeoisie-monarchie absolue, coalisé contre le peuple pour la défense de la structure « féodale » de l'État.

L'ensemble de cette « problématique » est exposé dans les ouvrages de P. Goubert : « Absolutisme : mot où chacun met ce qu'il veut... 1630-1659, il s'agissait bien de théories, ou de principes ; il s'agissait de faire la guerre. » Guerre au surplus quasi permanente, bien après 1661. Elle explique beaucoup de choses, comme l'opposition de la politique de Richelieu, centrée sur les problèmes extérieurs, et de celle d'un Marillac, préoccupé [...]

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Entrée solennelle de Louis XIV et de la reine Marie-Thérèse à Arras, A. F. van der Meulen

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Le cardinal Mazarin

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Rennes

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Pour citer l’article

Jean MEYER, « ANCIEN RÉGIME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ancien-regime/