AFRIQUE NOIRE (Arts)Histoire et traditions

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Après avoir été longtemps tributaire d'une conception qui ne voyait en lui qu'un ensemble de formes privées de dimension historique, sans véritable référence au contexte qui le portait, l'art africain fait désormais l'objet d’une approche plus englobante, qui s'efforce de rendre aux œuvres leur place chronologique et de décrire au plus près leur environnement fonctionnel.

Les arts des cours anciennes

À l'échelle d'un continent aussi vaste que l'Afrique, deux préoccupations dominent constamment les travaux relatifs à l'art : où situer les zones les mieux connues et les plus anciennes de production ? Quels rapports chronologiques et spatiaux ces zones ont-elles entretenus entre elles ? Pour répondre à ces questions, le regard se porterait volontiers vers l'Égypte ancienne considérée comme source de toute valeur. Les choses semblent désormais moins simples, même si n'est encore dévoilée qu'une faible part des œuvres qui ont été créées entre les cataractes du Nil, le lac Victoria et le Niger.

L'apparition de l'institution monarchique dans la haute vallée du Nil est peut-être plus ancienne qu'on ne l'a longtemps pensé. En effet, on a récemment suggéré l'existence, dès la seconde moitié du IVe millénaire, d'une monarchie en Basse-Nubie. En témoignerait, entre autres, un brûle-parfum exhumé à Qoustoul, sur lequel sont représentés un personnage portant la haute coiffe qui, à l'époque historique, couronna le roi de Haute-Égypte, et un faucon, désignation du roi et expression de sa nature divine au début de l'histoire égyptienne. Quelles que soient la signification et la datation réelles de ce document, dont l'interprétation est contestée, il montre que, dès l'aube de l'histoire, cette région fut incluse dans la mouvance de l'Égypte.

Le royaume de Kerma

Situé plus au sud, en amont de la troisième cataracte, le site de Kerma atteste, pour sa part, l'existence au IIe millénaire d'un puissant État nubien, connu sous le nom de Koush dans les textes pharaoniques, dont les témoins archéologiques, qui mêlent des caractères africains et égyptiens, ont longtemps désorienté les spécialistes. Des fouilles récentes ont montré qu'il s'agit d'un État monarchique, s'appuyant sur une forte idéologie religieuse et sociale, et sur une importante activité diplomatique et commerciale.

À Kerma, la composante égyptienne semble s'être accentuée avec le temps, comme en témoignent la transformation progressive de la deffufa – un édifice religieux de briques crues dont la silhouette imposante domine le site archéologique – en un temple à pylône et le remplacement d'une hutte monumentale, dans laquelle le roi tenait audience, par un palais s'inspirant des modèles égyptiens. Mais la composante locale se maintint également avec vigueur, comme le montrent les tombes royales, de vastes tumulus dont les plus tardifs, qui sont aussi les plus grands, contiennent un nombre impressionnant de sacrifiés.

Mais le royaume de Kerma gênait les rois égyptiens qui, au début du Nouvel Empire (xvie s. av. J.-C.), conquirent le pays jusqu'à la quatrième cataracte. Pendant presque cinq cents ans, la région devint une province de l'Égypte et se convertit à sa civilisation. Il fallut ensuite attendre le viiie siècle avant J.-C. pour que réapparaisse un pouvoir politique local, qui se maintint cette fois, malgré d'importantes mutations, jusqu'à la fin du Moyen Âge.

L'art méroïtique

On ne connaît pas l'origine des hommes qui prirent en main au viiie siècle avant J.-C. les destinées de la Nubie, mais, s'ils furent sans conteste les héritiers des rois de Kerma et de leurs éventuels prédécesseurs de Qoustoul, ils se réclamèrent vigoureusement des traditions de l'Égypte pharaonique. S'appuyant sur Amon, dieu suprême de l'Égypte thébaine, et sur son clergé de Napata, où un temple avait été fondé par les Égyptiens au Nouvel Empire, ils parvinrent à contrôler une grande partie du Soudan du Nord et, inversant le cours de l'histoire, à conquérir l'Égypte elle-même, où ils fondèrent la XXVe dynastie, dite dynastie éthiopienne (713 env.-654 av. J.-C.).

Le contrôle de l'Égypte fut assez bref, mais, pendant plus d'un millénaire, à Napata puis à Méroé, les rois furent représentés dans la tradition pharaonique, construisirent des temples et des palais inspirés des modèles égyptiens et furent enterrés sous des pyr [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-I
  • : maître de conférences à l'université de Lille-III (égyptologie), directeur de la Mission française de l'île de Saï, Soudan
  • : ethnologue, directeur de recherche honoraire de l'Institut de recherche pour le développement (I.R.D., ex-O.R.S.T.O.M.)
  • : docteur ès lettres, maître de conférences associé à l'université de Paris-I

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Pour citer l’article

Jean DEVISSE, Francis GEUS, Louis PERROIS, Jean POLET, « AFRIQUE NOIRE (Arts) - Histoire et traditions », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afrique-noire-arts-histoire-et-traditions/