ADDICTION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le cerveau humain est uniformément recouvert d'une couche de substance grise contenant les corps cellulaires des neurones qui assurent les fonctions conscientes. Au-dedans de ces structures dites corticales, on trouve, au sein de la substance blanche interne du cerveau, des structures grises profondes qui régissent notre vie inconsciente. Elles interviennent pour coordonner nos moyens d'action face aux situations évaluées comme critiques par le cortex cérébral.

Dans cette partie du cerveau, que l'on appelle « cerveau basal » en raison de sa position anatomique, se trouvent des neurones qui produisent des substances chimiques stimulatrices ou inhibitrices agissant sur des systèmes neuronaux qu'elles contrôlent. Il en résulte des effets régulateurs donnant lieu à des équilibres éphémères sans cesse remis en cause pour ajuster l'activité vitale aux besoins de l'organisme.

La fragilité de tels équilibres est révélée par leur sensibilité aux drogues. Ces dernières ont un effet nocif sur les états chimiques du cerveau basal car elles interfèrent avec ce que les biologistes appellent le système hédonique, dont les lignes générales sont maintenant identifiées.

Il en résulte une déconnexion du plaisir et des besoins qui génère peu à peu chez les consommateurs réguliers de drogues le manque et la dépendance. On appelle addiction cette situation pathologique que l'on qualifiait autrefois de toxicomanie.

En juin 1998, le gouvernement français a décidé d'étendre les tâches de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (M.I.L.D.T.), jusque-là réservées aux drogues « illicites », à la prise en compte des effets, à tous les niveaux, de la consommation de psychotropes licites (tabac, alcool). Cela s'est traduit par le lancement d'un plan triennal qui a permis de promouvoir des études cliniques, sociologiques, épidémiologiques et neurobiologiques sur le problème de l'abus de substances psychoactives.

L'addictologie (étude et traitement des addictions) est devenue désormais une discipline bien établie. Ainsi, la Revue alcoologie a modifié son intitulé, devenant la Revue alcoologie et addictologie. Il existe désormais un diplôme d'addictologie, un Collège national des enseignants universitaires d'addictologie (C.N.E.U.A.), des cliniques, des centres à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, des colloques, des revues... On peut espérer que cet effort sera poursuivi en dépit de la pression des lobbys, alcoolier en particulier.

Un phénomène polymorphe

Les substances psychoactives

La consommation de « substances psychoactives capables de modifier notre état de conscience », selon une définition de l'O.M.S., est une pratique vieille comme le monde. On retrouve cette constatation dans tous les ouvrages qui traitent de ce qu'on a longtemps désigné sous le terme impropre de toxicomanie. Ainsi des feuilles de coca ont été retrouvées dans les sépultures amérindiennes des hauts plateaux andins, démontrant que cet arbuste était cultivé il y a plus de quatre mille ans. Le caractère sacré des feuilles de coca conduisait les Indiens, il y a encore peu, à les consommer lors de festivités et rituels magiques. Plus que la feuille de coca, c'est un petit cactus, le peyotl, source de plusieurs molécules hallucinogènes, qui est encore couramment utilisé lors de rites initiatiques et de cérémonies religieuses par les Indiens Chichimèques et Huichols du Mexique. Les substances présentes dans ces végétaux ont par ailleurs de multiples propriétés thérapeutiques mises à profit pendant de nombreuses années, y compris en Occident. La cocaïne est à la fois un anesthésique local et un tonique psychostimulant. L'opium et le cannabis ont été très tôt utilisés dans la médecine asiatique pour leurs propriétés analgésiques et euphorisantes.

Substances psychoactives et leurs usages

Tableau : Substances psychoactives et leurs usages

Toutes les « substances à risque d'abus » ont en commun d'agir sur le circuit de récompense au niveau des neurones à dopamine, soit au niveau des corps cellulaires dans l'aire tegmentale ventrale soit au niveau des terminaisons, en particulier au niveau du noyau accumbens. Ces produits... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Mais l'ouverture des grandes routes commerciales a transformé l'usage récréationnel et majoritairement contrôlé de ces substances végétales en les introduisant en quantités importantes dans des sociétés (occidentales en particulier) sans référence à ces rituels culturels et à ces médecines traditionnelles. Par ailleurs, dès le xixe siècle on a extrait les substances actives (cocaïne, morphine, mescaline, etc.) et on les a même transformées (héroïne) pour accroître leur puissance. Consommées hors du cadre médical, ces molécules deviennent des « stupéfiants », c'est-à-dire des substances capables d'engendrer une sorte d'inhibition de la conscience.

L'essor brutal de la société de consommation a parachevé l'évolution de l'usage des psychotropes en généralisant leur distribution. Ainsi les Andins ne mâchent plus les feuilles de coca mais « sniffent » la cocaïne, et en Extrême-Orient on s'injecte l'héroïne ! Une économie de marché s'est alors mise en place. Pour les pays pauvres, il est plus rentable de cultiver des champs de pavot à opium, des plantations de coca ou de cannabis que de tenter de rivaliser avec les grands pays producteurs de céréales. Placés sous la menace d'importants cartels dont la puissance financière, soigneusement dissimulée, est considérable, les paysans de ces pays ont peu de possibilités de révolte et nos sociétés pourtant si riches ne font guère avancer les cultures de remplacement comme le montre actuellement la situation de l'Afghanistan. Il n'est du reste pas certain que l'interdiction de ces productions agricoles malfaisantes ne favoriserait pas l'arrivée massive d'autres substances psychoactives peut-être encore plus dangereuses, telles que les drogues de synthèse. Celles-ci sont déjà présentes, comme le montre la consommation en plein essor de l'ecstasy, un dérivé amphétaminique.

Les conduites addictives

Les produits qui viennent d'être évoqués ont été classés très tôt comme substances à détention et consommation « illicites », lesquelles déboucheront par conséquent sur des sanctions judiciaires. Il faut y ajouter un grand nombre de substances qui n'ont pas de statut particulier (colles, produits volatils enivrants, etc.) ou qui se trouvent dans la catégorie des médicaments (antidépresseurs, hypnotiques et anxiolytiques tels que les benzodiazépines) dont la délivrance est réglementée par le Code de la pharmacie. A contrario, d'autres substances, telles que le [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Substances psychoactives et leurs usages

Substances psychoactives et leurs usages
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Circuit dopaminergique de récompense

Circuit dopaminergique de récompense
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Les systèmes opposants

Les systèmes opposants
Crédits : Encyclopædia Universalis France

dessin

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  ADDICTION  » est également traité dans :

ADDICTION (psychologie)

  • Écrit par 
  • Joël BILLIEUX
  •  • 951 mots

Dans le chapitre « Les signes de l’addiction »  : […] Les critères diagnostics et les seuils recommandés pour attester d’un syndrome d’addiction diffèrent en fonction des systèmes de classification utilisés, mais une série de dimensions fondamentales permettent de rendre compte du phénomène d’addiction. La tolérance (ou effet d’habituation) est une dimension purement physiologique. Elle renvoie au fait que la personne va avoir besoin de consommer de […] Lire la suite

ALCOOLISME

  • Écrit par 
  • Marie CHOQUET, 
  • Michel CRAPLET, 
  • Henri PÉQUIGNOT, 
  • Alain RIGAUD, 
  • Jean TRÉMOLIÈRES
  •  • 10 034 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Oxydation »  : […] L' alcool est oxydé en fournissant 7 calories par gramme (environ 700 calories pour un litre de vin à 11 0 ). Les preuves de cette oxydation sont solides. L'alcoolémie baisse, sans que l'alcool soit excrété au-dehors pour plus de 1 à 2 p. 100 de la quantité ingérée. L'alcool marqué au carbone radioactif donne lieu à la production de CO 2 marqué et d'un peu d'acides gras. L'abaissement du quotient […] Lire la suite

BACLOFÈNE

  • Écrit par 
  • Corinne TUTIN
  •  • 783 mots
  •  • 1 média

Le baclofène est un dérivé aromatique chloré de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), un transmetteur du système nerveux central. Par un mécanisme encore inconnu, il active le récepteur B du GABA et bloque ou ralentit les réflexes moteurs de la moelle épinière. Il est utilisé depuis 1974 comme myorelaxant, en particulier lors des contractures de la sclérose en plaques et lors d’AVC. Il connaît de […] Lire la suite

CANNABINOÏDES

  • Écrit par 
  • Jacques HANOUNE, 
  • Eleni TZAVARA
  •  • 2 330 mots

Dans le chapitre « Modèles pharmacologiques chez l'animal : existe-t-il une dépendance aux cannabinoïdes ? »  : […] Le système de classification des troubles mentaux DSM-IV (American Psychiatric Association-DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ), définit la dépendance à une substance, chez l'homme, selon sept critères, dont la dépendance physique (tolérance et sevrage), le désir incontrôlable de prendre la drogue et l'impact négatif de celle-ci sur la vie professionnelle et/ou social […] Lire la suite

COCAÏNE

  • Écrit par 
  • A. M. HAZEBROUCQ
  •  • 672 mots
  •  • 1 média

L' Erythroxylon coca (famille des Linacées), cultivée surtout en Amérique du Sud d'où la plante est originaire, produit la cocaïne au niveau des feuilles par transformation de l'ornithine. Les racines paraissent totalement dépourvues d'alcaloïde. La teneur en alcaloïde varie selon les échantillons et, en particulier, selon l'âge des feuilles récoltées, de cinq à vingt grammes par kilogramme. Ces […] Lire la suite

HÉROÏNE

  • Écrit par 
  • Olivier JUILLIARD
  •  • 717 mots

Dérivé diacétylé de la morphine, synthétisé en 1898 par le chimiste allemand Dreiser, l'héroïne est utilisée, dès sa découverte, comme analgésique principal dans les cas de tuberculoses incurables. C'est cet usage qui a fait d'abord la renommée de l'héroïne, mais on découvrira par la suite qu'elle permet aussi la désintoxication apparente des morphinomanes. En fait, une intoxication en remplace un […] Lire la suite

INTOXICATIONS

  • Écrit par 
  • Jacques-Robert BOISSIER, 
  • Claude PIVA
  •  • 4 136 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Toxicomanies »  : […] Bien que le terme soit de plus en plus contesté, il est pratique de réserver le nom de toxicomanies aux intoxications entraînées par la consommation volontaire de certaines substances – souvent des médicaments – dans le but d'aboutir à un état psychique recherché par le consommateur. L'alcool et le tabac peuvent causer des intoxications chroniques sévères, mais une consommation très modérée ne sem […] Lire la suite

MORPHINE

  • Écrit par 
  • Hélène MOYSE, 
  • Michel PARIS, 
  • René Raymond PARIS
  •  • 2 112 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Toxicité »  : […] L' intoxication aiguë entraîne, à forte dose, le coma, la suspension plus ou moins prolongée de la respiration (apnée), la mort par arrêt respiratoire. Les enfants et les vieillards sont très sensibles à son action. Il faut noter par ailleurs que la morphine potentialise l'action des convulsivants notamment la strychnine, le pentétrazole, le nicéthamide, la caféine, la cocaïne, etc. L'intoxicatio […] Lire la suite

OPIUM

  • Écrit par 
  • Olivier JUILLIARD
  •  • 1 007 mots
  •  • 1 média

Drogue narcotique, traditionnellement classée parmi les stupéfiants ( euphorica de Lewin, psychodysleptiques de Delay et Deniker), extraite du pavot ( Papaver somniferum ). Le fruit de cette plante est une capsule ovoïde qui exsude, après incision, un latex blanc et riche en alcaloïdes. Le latex, recueilli à l'aide d'un racloir, est séché et bruni au soleil. Sous cette forme, il est commercialisé […] Lire la suite

PHARMACODÉPENDANCE

  • Écrit par 
  • Edith ALBENGRES
  •  • 1 250 mots
  •  • 2 médias

Le phénomène de dépendance d'un individu vis-à-vis d'un médicament a été dénommé pharmacodépendance par l'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), qui en a donné la définition, internationalement admise, suivante : « État psychique et quelquefois également physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et un médicament, se caractérisant par des modifications du comportement et p […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

19 décembre 2019 France. Irresponsabilité pénale de l'assassin de Sarah Halimi.

addiction au cannabis, et qui, au moment des faits, était sous l’emprise de substances illicites. Le caractère antisémite de l’acte n’avait été reconnu qu’en février 2018, au terme d’une longue procédure engagée par l’avocat de la famille de la victime. En juin 2019, le parquet de Paris avait demandé le renvoi de Kobili Traoré devant la cour d’assises […] Lire la suite

10 juin 2018 Suisse. Votation sur les jeux d'argent.

l’addiction. Il autorise les casinos suisses à proposer des plateformes de jeu en ligne, mais prévoit le blocage des sites étrangers. Cette dernière mesure était dénoncée par les opposants au projet, principalement les organisations de jeunesse des divers partis. […] Lire la suite

6 avril 2010 France. Adoption du projet de loi sur les jeux en ligne

l'addiction au jeu. La fiscalité des jeux en ligne est alignée sur celle des casinos, de La Française des jeux et du Pari mutuel urbain. Seuls ces deux derniers organismes étaient jusqu'à présent autorisés à proposer des paris en ligne.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard Pierre ROQUES, Eduardo VERA OCAMPO, « ADDICTION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/addiction/