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STRESS AIGU ET TROUBLES PSYCHO-TRAUMATIQUES

À la suite de l’exposition à un événement potentiellement traumatique, une personne peut développer un état de stress aigu et(ou) des troubles psychotraumatiques.

La peur est une émotion normale, nécessaire à la survie de l’être humain. Face à une menace, elle active une « cascade neurobiologique et neurovégétative » chez l’individu, qui déploie alors son instinct de survie : augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, qui pulse davantage de sang vers les muscles ; augmentation de la fréquence respiratoire permettant de capter plus d’oxygène ; dilatation pupillaire pour mieux accommoder la vue… Les sens sont en éveil pour évaluer le danger et prendre la décision réactionnelle de fuir ou d’affronter. Généralement, une fois le danger passé, le corps et l’esprit récupèrent et la vie reprend son cours. Mais, parfois, il n’en est rien. Lorsque la peur dépasse les limites du supportable, tout se passe comme si le corps et l’esprit ne pouvaient intégrer le danger vécu. Comment concevoir alors qu’une réaction adaptative si utile se dérègle au point de causer la survenue de troubles aigus et chroniques engendrant de si grandes souffrances ? L’événement semble faire trace au point que la mémoire y est sans cesse convoquée.

Quelles sont les anomalies anatomiques et biologiques entraînant de tels symptômes ? Comment, à défaut de prévenir, espérer soigner et soulager les personnes atteintes d’un de ces troubles ?

Après avoir replacé le sujet dans son contexte historique, nous détaillerons les symptômes possibles des différents troubles, insisterons sur la place centrale de la dissociation traumatique et tenterons d’en comprendre l’étiopathogénie. Enfin, nous nous intéresserons aux différentes stratégies thérapeutiques.

Histoire et évolutions de quelques notions

État de stress aigu

Les mots peur et anxiété sont depuis longtemps supplantés dans le langage courant par le terme anglo-saxon stress qui vient du latin stringere, littéralement « serrer ».

Le stress aigu est ici considéré comme un phénomène réactionnel aigu, au sens où Karl Jaspers (1883-1969) le définit et qui entre normalement dans le cadre des capacités adaptatives telles que les modélisa Hans Selye (1907-1982). Ce dernier s’est intéressé aux réactions adaptatives (hormonales, chimiques, mais également psychiques) des organismes en réponse à une pression subie. Le stress est un phénomène normal tant qu’il n’épuise pas les ressources de l’organisme. Au-delà, lorsque la récupération (le retour au calme physique et psychique) n’est plus possible, se produit un épuisement par « survigilance ». On parle alors de stress dépassé et on atteint la frontière entre le normal et le pathologique.

Après la réaction du sujet face à la peur, une phase de récupération et de calme survient et la vie reprend son cours. Dans le cas où les personnes ont tendance à réagir de manière excessive et itérative à de faibles menaces, réelles ou supposées, on parle de troubles anxieux. Il s’agit alors d’un autre cadre comportemental.

Névrose traumatique

Les troubles liés à un épuisement des capacités physiques et psychiques humaines à traverser un épisode traumatique ont été décrits et diffusés dès l’Antiquité, on en trouve notamment trace dans le Traité des songes d’Hippocrate. Il en existe par la suite peu de traces écrites jusqu’à l’époque moderne.

À partir de la seconde moitié du xixe siècle, les médecins militaires participent à la formalisation de la description clinique de ces troubles post-traumatiques, en les regroupant sous les termes névroses de guerre puis névroses traumatiques (Hermann Oppenheim), initialement dénommées syndrome du « vent du boulet ».

À cette époque, Jean-Martin Charcot (1825-1893) et Pierre Janet (1859-1947) débattent tous les deux de l’étiologie de ces troubles,[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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