Il est admis, depuis Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, que « la nature imite l'art ». Pourtant, le touriste qui s'extasie devant le paysage des collines toscanes, plantées de cyprès et de myrtes, parce qu'il lui rappelle l'arrière-plan des portraits florentins du xve siècle, pense-t-il que ces arbres, ces bosquets ont été savamment cultivés par des générations d'amateurs, le plus souvent anglo-saxons, soucieux de faire ressembler leurs domaines aux peintures de leurs collections ? Voir aujourd'hui la Toscane, c'est accepter d'avoir devant les yeux un « écran » : le pays est indissociable du regard esthétique porté sur lui depuis des siècles.
Écran que l'on retrouve quand on veut tenter de comprendre ce qui explique ce paysage d'histoire et de culture. Comment ne pas le voir à travers l'art ? Les fresques d'Ambrogio Lorenzetti qui évoquent Sienne plus qu'elles ne la représentent fixent l'image que l'on se fait de cette ville au sommet de sa gloire, dans la première moitié du xive siècle. L'imagination romantique s'est emparée de la silhouette du Palazzo Vecchio à l'ombre de laquelle se joue le Lorenzaccio d'Alfred de Musset. La silhouette du Dôme, peinte par Camille Corot, symbolise définitivement l'image de Florence.
Charles-Marie de La Roncière a montré (cf. article république de florence) comment l'accession au pouvoir des Médicis avait été progressive et mouvementée – parallèle à l'édification d'un État, avec Florence pour capitale. Double mouvement que les historiens de la dynastie ont voulu présenter comme inéluctable. De même, dans le domaine artistique, Giorgio Vasari, source fondamentale pour étudier les artistes toscans de Cimabue à Michel-Ange, a laissé le récit de la prééminence de Florence sur les foyers artistiques rivaux, Sienne en particulier. Il sera bien sûr impossible de faire ici toute leur place à cette multitude de centres que la gloire de Florence relègue dans l'ombre : Pienza par exemple, conçue, à partir de 1459, comme la cité idéale de la Ren […]
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