Le rôle joué par André Chastel dans la vie scientifique se comprend mieux si l'on se rappelle ce qu'était l'histoire de l'art en France, en particulier celle de l'époque moderne (depuis la Renaissance), autour de 1950 – année où Chastel soutient à trente-huit ans sa thèse de doctorat, après avoir été normalien (1933) et agrégé de lettres (1937). À côté des travaux d'érudition fort estimables, on ne trouvait le plus souvent que des essais où l'élégance du langage dissimulait mal le vide conceptuel. Le retard était d'autant plus criant que l'histoire de l'art était devenue à l'étranger (depuis longtemps en Allemagne, plus récemment en Angleterre et aux États-Unis) une discipline scientifique à part entière et qu'en France même les sciences historiques se renouvelaient profondément sous l'impulsion de l'école des Annales. Henri Focillon, certes, faisait exception (« on ne respirait qu'auprès de lui », écrit Chastel), mais ce grand esprit trop tôt disparu n'avait pu, dans un environnement aussi défavorable, jouer le rôle d'un Lucien Febvre au profit de l'histoire de l'art française.
Dans ce contexte plu […]
