7. « Retour à Florence » : collectionneurs et voyageurs passionnés
C'est ainsi qu'Elisa Bonaparte, placée par son frère sur le trône de Lucques, tente une politique d'encouragement des arts. Devenir un musée n'était pas un risque pour la Toscane : on s'y était toujours mesuré à l'aune des chefs-d'œuvre du passé. La Loggia dei Lanzi (de Benci di Cione et Simone Talenti à la fin du xive siècle), sur la place de la Seigneurie de Florence, premier musée de sculpture en plein air, permettait la confrontation, à quelques mètres du David de Michel-Ange, du Persée de Benvenuto Cellini, avec la Judith de Donatello ou, plus tard, l'Enlèvement des Sabines de Jean Bologne. Les inclusions d'œuvres d'art les unes dans les autres ne surprenaient pas : à San Miniato, église romane, prier dans la chapelle du cardinal de Portugal, c'était s'agenouiller dans un cadre dessiné par un élève de Brunelleschi, Antonio Manetti, sous une voûte ornée de médaillons de Luca della Robbia, avec, sur les murs, des peintures d'Alessio Baldovinetti (1425-1499) face au gisant du cardinal, œuvre d'Antonio Rossellino (1461). Ce n'est pas un hasard si cette chapelle fut tant appréciée des guides de voyages de la fin du xixe siècle. La Toscane, reliquaire débordant de reliques, semblait elle-même une œuvre d'art faite pour enchâsser des pièces de musée.
D'où la volonté d'achever l'histoire sous prétexte de la retrouver : destruction du vieux centre florentin pour créer un « forum » en 1887, ultime avatar du mythe romain, de fondateur devenu ainsi destructeur, pastiches de façades gothiques plaquées sur Santa Croce, panthéon national toscan, ou sur le Dôme. À Saint-Laurent, par respect pour les croquis de Michel-Ange qui auraient pu guider les recréateurs, on laissa la façade de pierres brutes. Seule réaction face à l'académisme triomphant, le mouvement des Macchiaioli – de macchia, tache – qui allie, dans les années 1860, influence des peintres français de l'école de Barbizon et sensibilité aux paysages de la Maremme. Ils découvrent, en Toscane, une source d'inspiration artistique inexplorée : la mer.
Paradoxalement, la muséographie, pratiqué […]
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