4. L'éthique et la politique
Pour Aristote l'éthique et la politique sont des disciplines connexes : toutes deux traitent du souverain bien, qui n'est pas idéal mais ne se distingue pas du bonheur, et qui se propose autant à l'individu humain qu'à la cité, forme achevée de la vie sociale. D'ailleurs l'individu libre est le citoyen d'une cité et la justice du citoyen est sa conformité aux lois d'une cité. Il n'en reste pas moins que l'éthique s'adresse plutôt à l'individu considéré comme un citoyen libre (cf. L'Éthique à Nicomaque), et que la science politique s'adresse plutôt aux législateurs ou aux administrateurs d'une cité (cf. La Politique), puisque la cité est pourvue d'une constitution, d'une organisation, d'un pouvoir contraignant.
Pour l'individu, l'éthique consistera donc à déterminer les voies de son bonheur, qui s'identifient à celles de la vertu. Il n'y a pas de bonheur sans vie vertueuse. Or cette vie vertueuse ne se borne pas à la justice à l'égard des autres, elle implique également la modération à l'égard des désirs et le courage que réclame la hiérarchie des valeurs. Aristote admet cependant que la vertu ne peut suffire au bonheur : elle contribue certes directement à ce bonheur par le plaisir qui s'attache davantage à la réussite de l'action vertueuse qu'à la satisfaction des sens, mais le bonheur a également besoin d'amitié, dont la plus haute forme est justement celle qui se fonde sur la vertu, de la reconnaissance publique des mérites, enfin d'une certaine aisance dans la vie physique et matérielle. Plus hautes que les vertus morales sont d'ailleurs les vertus intellectuelles : la prudence, qui est la vertu de l'intellect pratique, et surtout la sagesse, qui est la vertu de l'intellect théorique, dont l'exercice se porte sur les sciences théoriques. Aristote ne cache pas que, pour lui, c'est la vie contemplative qui est la vie la plus heureuse.
Ce qui fait la cité, c'est la constitution qu'elle s'est donnée. Quant aux formes de constitutions, Aristote préfère la monarchie, car un bon monarque sait corriger les injustices de la loi, mais il redoute la tyrannie, qui est la corruption de la monarchie. De la même façon, Aristote fait l'éloge de la démocratie, mais il redoute les excès de la démagogie ; c'est pourquoi, tout compte fait, Aristote semble préférer le gouvernement de quelques-uns, pourvu que cette oligarchie soit celle des meilleurs et qu'elle soit soumise à un contrôle. Une bonne constitution doit assurer, pour Aristote, l'autarcie de la cité.
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