
Rédigée entre 1661 et 1675, publiée de façon posthume et quasi anonymement, en 1677, l'année de la mort de son auteur, interdite avec le reste des écrits du philosophe en 1678, l'Éthique (Ethica ordine geometrico demonstrata) est une des œuvres majeures de la philosophie occidentale. Contrairement à Descartes, Spinoza (1623-1677) ne s'attarde pas sur les problèmes de méthode : il fait sienne d'emblée celle des « géomètres ». Chacune des cinq parties du livre part de définitions, d'axiomes, de propositions suivies de démonstrations, scolies et lemmes qui en rendent l'évidence difficile au lieu d'en faciliter l'accès. Car démontrer, ce n'est pas seulement se convaincre ou convaincre autrui, c'est inventer l'intelligibilité elle-même. De Dieu à la liberté humaine, l'Éthique se déploie selon un plan déductif. Liberté et puissance de connaître sont identiques. Qu'un des plus grands traités touchant les questions de métaphysique s'intitule « éthique » ne doit pas tromper : le but de la connaissance est la béatitude. Celle-ci repose sur la connaissance que nous pouvons prendre de l'être et de la place que nous occupons en lui.
1. Dieu, substance active
C'est ainsi que le premier livre de l'Éthique s'intitule « De Dieu ». Source unique du monde ou ensemble des réalités qui le composent, le Dieu dont part Spinoza est l'unique substance, « cause d'elle-même », éternelle et infinie, qui n'admet aucune extériorité et n'est extérieure à rien. C'est en elle qu'il faut chercher les modes, eux-mêmes éternels et infinis, qui l'expriment. Ses attributs, qui sont « ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant son essence » sont, pour nous, au nombre de deux : l'étendue et la pensée. Distincts les uns des autres, les attributs n'expriment cependant pas le point de vue du sujet percevant ou connaissant. Ils sont bien les attributs d'une même substance : Spinoza insiste sur cette parfaite corrélation entre l'étendue et la pensée, – l'un des points les plus controversés de son traité, dans la mesure où il mène tout droit au matérialisme, voire à l'athéisme, auquel certains réduiront la pensée du philosophe.
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