MANN THOMAS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« Exigences du jour » et trahison des clercs

Cette Allemagne de Thomas Mann se présente sous une forme « monumentale », incarnée par un nombre limité de grandes figures, hommes de culture pour la plupart (à l'exception de Bismarck), monolithes se dressant sur la plaine, l'écrasant parfois. Car le grand homme qui fait l'Histoire lui paraîtra de plus en plus non pas l'expression de son peuple mais isolé dans son peuple, à contre-courant ; et affligé de plus, en Allemagne, d'une « hypertrophie antidémocratique », où il est difficile de distinguer ce qui est despotisme étouffant et « servitude volontaire », voire « servilité militante » chez ses admirateurs-sujets. Tel est le Goethe de Charlotte à Weimar, qui fit scandale parce qu'il rompait avec le culte pharisien de l'Olympien : personnage en représentation, froid et distant comme Thomas Mann lui-même, « plus grand que bon », dégageant autour de lui une « odeur de sacrifice ». Luther, lui, est « trop Allemand », alors que le catholicisme est humain et universel. De là découle une faiblesse du protestant Thomas Mann pour les valeurs juives ou catholiques comme ligne de défense contre la barbarie fasciste. Luther est paysan, rustre et violent, superstitieux, et la Réforme est un recul par rapport à la Renaissance, génératrice d'un schisme religieux qui a déchiré le pays, engendré la fatale guerre de Trente Ans, ruine de la culture citadine. Luther fut peut-être l'Allemand le plus représentatif, dans la mesure même où il fut un « révolutionnaire conservateur » ; la formule « révolution conservatrice » résume pour lui l'histoire allemande tout entière. L'hitlérisme est de plus enfant de l'« ère des masses », qui suscite le mépris élitaire et l'inquiétude panique du grand bourgeois cultivé. La démocratie de Weimar n'a pas été assez « militante » face à cet ennemi mortel de toute « culture » comme de toute « civilisation » (au sens de l'antithèse, désormais périmée, des Considérations). Comme il n'est pour lui de culture que bourgeoise, le nazisme représente une « aventure totalement non bourgeoise ». Pour l'affronter vala [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, maître assistant à l'université de Paris-IV

Classification

Autres références

«  MANN THOMAS (1875-1955)  » est également traité dans :

MANN THOMAS - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 280 mots

6 juin 1875 Naissance de Thomas Mann, à Lübeck.Vers 1890 Apogée du drame réaliste en Europe (Ibsen, Strindberg, Tchekhov, Shaw...).1896-1899 Avec son frère aîné Heinrich, collabore régulièrement à la revue Simplicissimus.1899-1900 Freud […] Lire la suite

LES BUDDENBROOK, Thomas Mann - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Lionel RICHARD
  •  • 1 061 mots

Le roman Les Buddenbrook a valu à Thomas Mann (1875-1955) non seulement d'être connu en Allemagne dès le début du xxe siècle, mais aussi de conquérir par la suite une gloire internationale. Il est en effet à l'origine, comme le jury suédois tint à l'indiquer expressément, du prix Nobel de […] Lire la suite

LA MONTAGNE MAGIQUE, Thomas Mann - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 1 053 mots
  •  • 1 média

Pièce médiane dans l'édifice romanesque de Thomas Mann (1875-1955), située à mi-chemin des Buddenbrok (1901) et du Docteur Faustus (1947), La Montagne magique (1924) marque à la fois le nouveau départ idéologique d'un auteur qui abandonne les idées nationalistes et antidémocratiques des […] Lire la suite

BOUSSOLE (M. Énard) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Véronique HOTTE
  •  • 1 021 mots

Dans le chapitre « L’impossible consolation »  : […] En musicologue passionné, Franz Ritter n’oublie pas ce que nos révolutions esthétiques doivent à l’exotisme de l’Orient, par exemple chez Mozart, Beethoven, Liszt, Rimski-Korsakov, Debussy ou Schönberg. De l’orientaliste Hammer-Purgstall à Goethe et à Hofmannsthal, en passant par Hugo, Rückert ou Balzac, le Levant est perçu une fois encore comme un désir de réparation de l’angoisse de l’âme à tra […] Lire la suite

CRÉATION LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Gilbert DURAND
  •  • 11 584 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre «  Les filles de mémoire »  : […] La troisième fonction, ou le troisième impératif, de la création littéraire est en effet d' arracher quelque chose d'humain, vécu et écrit par l'homme, aux usures du temps et à la pourriture de la mort. Bien des critiques (G. Poulet, Études sur le temps humain  ; J. Pouillon, Temps et roman ) se sont penchés sur les singularités de ce « temps » de l'œuvre d'art et de la littérature, qui échappe n […] Lire la suite

CULTURE - Culture et civilisation

  • Écrit par 
  • Pierre KAUFMANN
  •  • 14 332 mots
  •  • 2 médias

En septembre 1914, accordant au ton de la propagande de guerre l'anathème jeté par Luther sur l'universalisme romain et renouvelé par Herder sur la philosophie des Lumières, Thomas Mann posait en principe, dans la Neue Rundschau , l'antagonisme de la « culture » allemande et de la « civilisation » française. « Civilisation et culture, expliquait-il, sont des contraires, ils constituent l'une des d […] Lire la suite

FAUST

  • Écrit par 
  • André DABEZIES
  •  • 3 906 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Deux témoins privilégiés de Faust »  : […] Paul Valéry écrit les deux dialogues dramatiques de Mon Faust dans l'écroulement de 1940. Le Solitaire est une « féerie » fantastique, au ton assez amer, où Faust débat du problème du mal avec un farouche ermite, nouveau Zarathoustra, et se retrouve presque aussi pessimiste que lui devant un monde mal fait. Dans Lust, ou la Demoiselle de cristal, comédie , Faust est un vieux sage, hésitant entre « […] Lire la suite

FREUD SIGMUND (1856-1939)

  • Écrit par 
  • Jacques LE RIDER, 
  • Marthe ROBERT
  •  • 16 134 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Un art de l'interprétation »  : […] L' Interprétation des rêves traduit le rêve en récit avant de l'interpréter. Freud raconte ses propres rêves, en reprenant des notes prises sur le mode du journal, puis en propose l'auto-analyse. Ce qui lui permet de définir la méthode d'interprétation des récits de rêve de ses patients, mais aussi des textes littéraires et des œuvres d'art. Le rêve pourrait donc être défini comme le genre litté […] Lire la suite

LITTÉRATURE - La littérature comparée

  • Écrit par 
  • Pierre BRUNEL
  •  • 11 123 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les degrés de la comparaison »  : […] L'utilisation de la comparaison est si diverse, et son utilité si multiple qu'il serait long et fastidieux de procéder à une énumération. Mieux vaut se contenter d'esquisser une possible gradation. Ce sera tout d'abord, dans un travail de littérature comparée au sens étroit du terme, la confrontation d'un texte et de son modèle littéraire. L'étude de la traduction passe nécessairement par la compa […] Lire la suite

MANN GOLO (1909-1994)

  • Écrit par 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 650 mots

L'écrivain Thomas Mann (1875-1955), rendu célèbre par la publication des romans Les Buddenbrook (1901) et La Montagne magique (1924), puis par le prix Nobel de littérature (1929), et son épouse Katia Pringsheim, qui appartenait à une famille juive, eurent six enfants. Le troisième, Gottfried Angelius Thomas, appelé Golo, est né le 27 mars 1909 à Munich, la résidence familiale jusqu'en 1933. Les […] Lire la suite

Pour citer l’article

André GISSELBRECHT, « MANN THOMAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-mann/