MANN THOMAS

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Ironie, jeu et parodie

Les Considérations s'achèvent sur une théorie de l'« ironie conservatrice » ou « érotique » : l'écrivain joue avec les idées, les fait entrer en dialectique, mais n'adhère, ni ne se fixe à aucune ; il en fait parler d'autres que lui, mais se trompe dès qu'il veut parler lui-même en son nom propre.

Ce qui ne veut pas dire que Thomas Mann ne soit pas demeuré ferme sur quelques convictions de base, douloureusement acquises par l'expérience historique du début des années vingt : montée de l'irrationalisme, de la pensée « antidémocratique », du vitalisme agressif des pourfendeurs de « l'esprit » qui « parlent d'âme, mais pensent : gaz de combat ». Cependant la conception néo-platonicienne de l'art comme libre jeu avec les apparences sensibles restera chez lui prédominante. Il joue avec le récit biblique, la théologie, l'histoire des religions dans Joseph et ses frères (quatre volumes parus en 1933, 1934, 1936, 1943), qui fait de cette « Tétralogie » immense son œuvre la plus sereine, d'un bonheur d'écriture rare. Il affecte, simule la scientificité, qu'il soit médecin généraliste ou psychosomaticien, des Buddenbrook au Docteur Faustus (1947) ; anatomiste et « psychanalyste » dans La Montagne magique (1924) ; théologien, musicologue (Faustus) ; ou paléontologue, dans l'ahurissant discours sur l'origine des espèces et de l'homme du professeur Kuckuck dans Krull ; voire métaphysicien (comme dans la méditation sur le temps de La Montagne magique). Il en résulte une dérive du roman vers l'essai, tendance inhérente à la crise du genre au xxe siècle, qu'il traverse, sous des formes atténuées, avec Musil et Broch ; mais aussi un rapprochement significatif entre fiction et savoir, art et science, le tout au service du « génie de la narration ».

Le « tissu musical » de La Montagne magique intègre l'abstraction inhumaine des joutes d'idées entre les deux « pédagogues » se disputant l'âme du jeune Allemand moyen Hans Castorp – Naphta le dialecticien obscurantiste et Settembrini le rationaliste candide – au réalisme fantasmagorique né de l'évocation d'un sanator [...]


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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, maître assistant à l'université de Paris-IV

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Pour citer l’article

André GISSELBRECHT, « MANN THOMAS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/thomas-mann/