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LA MONTAGNE MAGIQUE, Thomas Mann Fiche de lecture

Thomas Mann

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Pièce médiane dans l'édifice romanesque de Thomas Mann (1875-1955), située à mi-chemin des Buddenbrok (1901) et du Docteur Faustus (1947), La Montagne magique (1924) marque à la fois le nouveau départ idéologique d'un auteur qui abandonne les idées nationalistes et antidémocratiques des Confessions d'un apolitique (1918), mais aussi bien la fidélité à soi-même d'un écrivain marqué par la « sympathie pour la mort ». L'attrait pour le morbide qui culminait avec La Mort à Venise (1912) devient ici plus sobre : la chute, la maladie et la décadence sont toujours affectées d'un signe positif dans ce roman qui a pour cadre un sanatorium. Mais, désormais, « l'intérêt pour la mort et la maladie n'est qu'une forme d'expression de l'intérêt pour la vie », comme l'affirme l'auteur dans sa conférence « De la République allemande », publiée un an avant La Montagne magique. Dans ce texte faussement prémonitoire, il donnait une clé fort utile en affirmant que « montrer l'expérience de la mort est finalement une expérience de la vie, qu'elle conduit à l'homme, pourrait faire l'objet d'un roman de formation ». Mann « oublie » simplement ici de dire qu'il travaille depuis 1912 à cette « contrepartie satirique de La Mort à Venise », et qu'il s'apprête à faire paraître un roman de plus de mille pages.

Un roman d'éducation

« Un simple jeune homme se rendait au plein de l'été de Hambourg, sa ville natale, à Davos-Platz, dans les Grisons. Il allait en visite pour trois semaines. » Il y restera sept ans. Les pages qui suivent les premières lignes montrent d'emblée qu'il ne s'agit pas d'une simple visite : le trajet est long de Hambourg à Davos. Et compliqué. Avant même que la magie propre du site et du sanatorium du Berghof ne s'empare du protagoniste Hans Castorp, son destin est scellé. La beauté des montagnes, le microcosme insoupçonné de la société du Berghof, son érotisme – et la présence troublante d'une Russe au nom français, Mme Chauchat –, les discussions interminables avec le signore Settembrini, tout va concourir à faire du jeune homme « moyen » arrivant à Davos un candidat potentiel à la maladie. La dimension fantastique (et humoristique) du livre tient précisément à la « magie » du lieu, attirant comme un aimant un être qui va inconsciemment mettre à profit une telle vacance : Castorp s'octroie un temps qui n'appartient qu'à lui. L'inactivité forcée imposée par la « maladie » le pousse à parfaire sa formation. Mann renoue ici avec la maîtrise des grands auteurs du Bildungsroman (« roman d'éducation ») – et le Goethe de Wilhelm Meister au premier chef – en doublant l'affection pour son innocent héros d'une ironie souvent mordante à l'égard des lents progrès des autodidactes.

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Écrit par

  • : professeur d'études cinématographiques et d'esthétique à l'université de Paris-Est-Marne-la-Vallée

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Thomas Mann

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Autres références

  • MANN THOMAS

    • Écrit par André GISSELBRECHT
    • 7 079 mots
    • 1 média
    Le « tissu musical » de La Montagne magique intègre l'abstraction inhumaine des joutes d'idées entre les deux « pédagogues » se disputant l'âme du jeune Allemand moyen Hans Castorp – Naphta le dialecticien obscurantiste et Settembrini le rationaliste candide – au réalisme fantasmagorique né de l'évocation...

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