SURRÉALISMESurréalisme et art

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Si l'on s'efforce d'écarter d'abord l'influence que le surréalisme (au sens strict du terme) a exercée sur l'art du xxe siècle « en général », son originalité dans le domaine artistique peut apparaître plus clairement. Dès le premier Manifeste, Breton avertissait que le surréalisme n'était pas tellement intéressé par ce qui pouvait se produire sous prétexte d'art, ou comme anti-art, à propos et à côté de lui. Néanmoins, les « artistes » qui ont été amenés à se réclamer de ce mouvement de pensée, c'est-à-dire qui s'y sont reconnus, aussi bien que ceux que le surréalisme a reconnus comme proches de lui ont développé des particularités communes : la soumission délibérée des « valeurs plastiques » à une intention poétique pourrait résumer ce qui les unit.

La notion d'une peinture qui « fasse partie » de la poésie n'est pas nouvelle : une bonne part des Salons de Diderot (et de Baudelaire) est consacrée à la réclamer et à l'exalter. C'est l'affinement et l'approfondissement de l'idée de poésie qui a placé les artistes devant le risque d'un malentendu : on les accusait de confondre poésie et « littérature » dans le temps même où celle-là se dégageait de celle-ci, cependant que la peinture revendiquait une autonomie croissante par rapport au « sujet » (de l'impressionnisme à l'abstraction).

Ce n'est donc pas sans mérite qu'il y a eu, tout au long de la vie organisée du groupe surréaliste, des artistes pour lui témoigner leur appartenance. Le développement qui suit n'entend pas d'ailleurs en dresser le bilan anecdotique.

Exposition surréaliste de Londres

Photographie : Exposition surréaliste de Londres

Les participants à la première Exposition internationale du surréalisme organisée à Londres par Roland Penrose, en 1936. On reconnaît notamment, au fond, Salvador Dalí, Paul Eluard, Roland Penrose. 

Crédits : Hulton Getty

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L'art surréaliste est-il possible ?

Le point de départ de l'activité artistique au sein du surréalisme est double. Il y eut d'une part le contexte général de l'époque, d'autre part les préoccupations, voire les préférences personnelles, en général avouées comme telles, de Breton. Le contexte de l'époque est dominé par trois phénomènes : la « reconstitution » par le cubisme d'une vision du monde qui se croyait totalement libérée de la vision traditionnelle (espace à trois dimensions, etc.) ; l'aboutissement dans le dadaïsme de la subjectivité romantique (dans sa lecture extrémiste, tout ironique) ; enfin le phénomène passager, mais ressenti comme tout à fait égarant aussi bien par Apollinaire que par Picasso, qui encouragea Chirico à ses débuts, de la «  peinture métaphysique ». Celle-ci ne cessera de jouer un rôle fécondateur et révélateur dans le mouvement, rôle conforme à son ontologie, tout en trouvant chez les surréalistes les pionniers d'une exégèse encore incomplète à ce jour.

Quant aux préférences personnelles de Breton, elles furent un facteur surdéterminant assez complexe. Toujours dans le premier Manifeste, quand Breton énumère les « précurseurs » du surréalisme dans l'« écriture » (« X est surréaliste dans, etc. »), il ajoute en note qu'il pourrait en dire autant de quelques philosophes et de quelques peintres. Parmi ces derniers, il mentionne seulement Uccello, Seurat, Gustave Moreau, Matisse (pour La Musique), Derain, Picasso (« de beaucoup le plus pur »), Braque, Duchamp, Picabia, Chirico (déjà au passé) « si longtemps admirable », Klee, Man Ray. Cette liste révèle tout simplement les goûts du jeune poète et théoricien : certains noms vont disparaître très vite (notamment Klee, dont ultérieurement Breton ne cachait pas dans la conversation qu'il tenait son œuvre pour largement factice et issue de « recettes »). D'autres se justifient marginalement (d'Uccello, Breton ne connaît sans doute, à cette date, par une carte postale, que La Profanation de l'hostie, dont le titre joue pour beaucoup dans son admiration). Quant à Gustave Moreau, le fondateur du surréalisme a raconté lui-même comment sa conception de la femme avait été entièrement modelée, dans son adolescence, par les visites qu'il fit au musée de la rue La Rochefoucauld, ouvert en 1904. C'est déjà signaler l'érotisme comme une composante, ou plutôt une direction, essentielle, de l'art dans le surréalisme. Comme la plupart des artistes surréalistes ont connu la psychanalyse aussi bien qu'il se pouvait, en France, entre 1920 et 1960, c'est assez pour dire qu'on chercherait en aveugle un « défoulement » involontaire de leur sexualité individuelle dans leurs œuvres.

Les derniers noms de la liste méritent de retenir davantage l'attention, en ce sens qu'ils s'inscrivent dans la phase encore « moderniste » de la naissance du surréalisme. Ce sont ceux des grands précurseurs du début du xxe siècle, considérés par les cubistes eux-mêmes comme des destructeurs de l'art (par exemple Picabia).

Quant à Marcel Duchamp, autant que ses « œuvres » (les ready-made d'avant 1914, la grande peinture sur verre intitulée La Mariée mise à nu par ses célibataires même, quelques « aphorismes »...), c'est son silence ultérieur, son négativisme qui fascinent et qui fascineront Breton. Par la suite, le surréalisme retrouvera son bien le long de ce que Breton appellera la « voie royale », celle qu'illustrent certaines gravures alchimiques, Bosch, Caron, Watteau, Friedrich, Goya, Füsli (entre autres). Indifférents en effet à la notion de « genre », les surréalistes éprouvent quelque méfiance à l'égard du côté artificiel de beaucoup d'œuvres fantastiques (ainsi celle de Redon). Plusieurs aspects de l'expressionnisme (essentiellement Edvard Munch) les passionneront, tout comme Gauguin et même Kandinsky, dont Breton tiendra à faire l'invité d'honneur des surréalistes exposant au Salon des surindépendants, lors de son installation définitive à Paris (1933). En effet, Kandinsky se refuse à séparer ce qu'il nomme magnifiquement la « nécessité intérieure » de la nécessité naturelle : précurseur de l'automatisme gestuel en 1914, il aime à référer plus tard son répertoire de signes cristallins au lever des constellations ou au travail nidifiant des oiseaux. Mais il s'agit là de phénomènes d'adaptations successives du surréalisme à son propre développement. Breton ne confondra jamais non plus sa quête du « merveilleux » avec celle de la « surprise pour la surprise ». À cet égard, la déception causée par le brusque reniement de Chirico, et la colère qu'elle provoqua, est à la mesure des horizons qu'en quelques années la peinture dite métaphysique avait ouverts au surréalisme : ceux mêmes de l'acte magique ou divinatoire retrouvé, sans mysticisme aucun.

Si grande était l'exigence intellectuelle et éthique des surréalistes que l'idée même de « peinture surréalis [...]

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Pour citer l’article

Gérard LEGRAND, « SURRÉALISME - Surréalisme et art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/surrealisme-surrealisme-et-art/