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SURRÉALISME Surréalisme et art

André Breton - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

André Breton

Si l'on s'efforce d'écarter d'abord l'influence que le surréalisme (au sens strict du terme) a exercée sur l' art du xxe siècle « en général », son originalité dans le domaine artistique peut apparaître plus clairement. Dès le premier Manifeste, Breton avertissait que le surréalisme n'était pas tellement intéressé par ce qui pouvait se produire sous prétexte d'art, ou comme anti-art, à propos et à côté de lui. Néanmoins, les « artistes » qui ont été amenés à se réclamer de ce mouvement de pensée, c'est-à-dire qui s'y sont reconnus, aussi bien que ceux que le surréalisme a reconnus comme proches de lui ont développé des particularités communes : la soumission délibérée des « valeurs plastiques » à une intention poétique pourrait résumer ce qui les unit.

La notion d'une peinture qui « fasse partie » de la poésie n'est pas nouvelle : une bonne part des Salons de Diderot (et de Baudelaire) est consacrée à la réclamer et à l'exalter. C'est l'affinement et l'approfondissement de l'idée de poésie qui a placé les artistes devant le risque d'un malentendu : on les accusait de confondre poésie et « littérature » dans le temps même où celle-là se dégageait de celle-ci, cependant que la peinture revendiquait une autonomie croissante par rapport au « sujet » (de l'impressionnisme à l'abstraction).

Exposition surréaliste de Londres - crédits : Evening Standard/ Getty Images

Exposition surréaliste de Londres

Ce n'est donc pas sans mérite qu'il y a eu, tout au long de la vie organisée du groupe surréaliste, des artistes pour lui témoigner leur appartenance. Le développement qui suit n'entend pas d'ailleurs en dresser le bilan anecdotique.

L'art surréaliste est-il possible ?

Le point de départ de l'activité artistique au sein du surréalisme est double. Il y eut d'une part le contexte général de l'époque, d'autre part les préoccupations, voire les préférences personnelles, en général avouées comme telles, de Breton. Le contexte de l'époque est dominé par trois phénomènes : la « reconstitution » par le cubisme d'une vision du monde qui se croyait totalement libérée de la vision traditionnelle (espace à trois dimensions, etc.) ; l'aboutissement dans le dadaïsme de la subjectivité romantique (dans sa lecture extrémiste, tout ironique) ; enfin le phénomène passager, mais ressenti comme tout à fait égarant aussi bien par Apollinaire que par Picasso, qui encouragea Chirico à ses débuts, de la «   peinture métaphysique ». Celle-ci ne cessera de jouer un rôle fécondateur et révélateur dans le mouvement, rôle conforme à son ontologie, tout en trouvant chez les surréalistes les pionniers d'une exégèse encore incomplète à ce jour.

Quant aux préférences personnelles de Breton, elles furent un facteur surdéterminant assez complexe. Toujours dans le premier Manifeste, quand Breton énumère les « précurseurs » du surréalisme dans l'« écriture » (« X est surréaliste dans, etc. »), il ajoute en note qu'il pourrait en dire autant de quelques philosophes et de quelques peintres. Parmi ces derniers, il mentionne seulement Uccello, Seurat, Gustave Moreau, Matisse (pour La Musique), Derain, Picasso (« de beaucoup le plus pur »), Braque, Duchamp, Picabia, Chirico (déjà au passé) « si longtemps admirable », Klee, Man Ray. Cette liste révèle tout simplement les goûts du jeune poète et théoricien : certains noms vont disparaître très vite (notamment Klee, dont ultérieurement Breton ne cachait pas dans la conversation qu'il tenait son œuvre pour largement factice et issue de « recettes »). D'autres se justifient marginalement (d'Uccello, Breton ne connaît sans doute, à cette date, par une carte postale, que La Profanation de l'hostie, dont le titre joue pour beaucoup dans son admiration). Quant à Gustave Moreau,[...]

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André Breton - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

André Breton

Exposition surréaliste de Londres - crédits : Evening Standard/ Getty Images

Exposition surréaliste de Londres

Autres références

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    • Écrit par Guitemie MALDONADO
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    En 2002, le surréalisme aura eu les honneurs des cimaises du monde entier : à Londres, à New York et à Paris, les expositions rétrospectives se sont succédé, la première, avec deux étapes, mettant en exergue le désir, la seconde, présentée au Centre Georges-Pompidou du 6 mars au 24 juin 2002, la révolution...

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    ...(drame bourgeois, poème en prose, roman poétique...), l'effacement progressif de cette taxinomie infinie, au profit de la notion de « texte ». Le point culminant de cette tendance sera atteint avec le surréalisme, qui ira jusqu'à privilégier l'action (la vie) à une quelconque forme littéraire....
  • ALBERTI MERELLO RAFAEL (1902-1999)

    • Écrit par Robert MARRAST
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