SPIRITUALISME

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La synthèse éclectique et Ravaisson

Comme le plus souvent dans l'histoire des idées, l'évolution ne s'est pas faite à partir d'un débat fondamental, mais en fonction d'une réaction de circonstance dirigée contre le matérialisme du xviiie siècle.

En 1812, Pierre Laromiguière, un des « idéologues » tancés par Napoléon, enseignait encore en Sorbonne le sensualisme de Condillac. Maine de Biran, Royer-Collard, Cousin entreprirent de démontrer que la sensation ne pouvait rendre compte ni des sensations ni des propositions nécessaires ni des jugements manifestant la liberté de l'esprit humain. Sans doute cette réfutation avait-elle été l'œuvre de Kant. Il est surprenant de constater avec quelle légèreté Cousin traite l'auteur de la Critique de la raison pure. Orateur puissant, écrivain habile, traducteur de Platon et de Proclus, éditeur de Descartes et de Maine de Biran, le philosophe quasi officiel de la monarchie de Juillet fut un penseur peu rigoureux ; son opportunisme contribua largement à discréditer ce spiritualisme, qui se réduisait, pour lui, à laïciser l'apport religieux, à donner une allure philosophique aux aspirations du sens commun, à la croyance en l'immortalité de l'âme et en une cause suprême de toutes choses.

Ravaisson a discerné les lacunes les plus manifestes de l'éclectisme. On ne peut prétendre qu'il les ait toutes comblées, surtout en ce qui concerne les rapports avec Descartes et Kant. Du moins a-t-il retrouvé les assises traditionnelles du spiritualisme et a-t-il su tenter, principalement dans De l'habitude, une synthèse originale entre le réalisme ontologique d'Aristote et le dynamisme leibnizien. Tout être tend à persévérer dans l'être ; à partir de cette loi originaire se comprend aussi bien la consistance des corps matériels, la constance des lois mathématiques, la continuité de la durée personnelle, à condition d'admettre que la loi de persévérance s'accomplit d'autant plus complètement qu'elle est plus intériorisée et qu'elle s'intègre en une unité substantielle, à la fois vivante et pensante, qui surmonte la ponctualité de l'instant comme la discontinuité de l'abstraction.

Si Ravaisson a ouvert la voie au bergsonisme, il manifesta une originalité dont furent dénués les autres spiritualistes les plus notoires en France dans la seconde moitié du xixe siècle : Émile Saisset, Adolphe Franck, Paul Janet, Elme Caro.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  SPIRITUALISME  » est également traité dans :

BOUTANG PIERRE (1916-1998)

  • Écrit par 
  • Jean-François DUVERNOY
  •  • 711 mots

Né à Saint-Étienne le 20 septembre 1916, Pierre Boutang avait quarante-huit ans de moins que le maître qu'il s'était choisi dès son adolescence : Charles Maurras. En politique, domaine dans lequel l'adhésion implique une appartenance, c'est beaucoup ; d'autant plus que celle-ci n'était pas insignifiante : il s’agissait de l'Action française. Lorsque, en 1935, Pierre Boutang entre à l'École normal […] Lire la suite

OCCULTISME

  • Écrit par 
  • René ALLEAU
  •  • 1 325 mots

Dans le chapitre « Les occultistes de la Belle Époque »  : […] Dans un ouvrage important pour l'histoire de l'occultisme dans les dernières années du xix e  siècle, Les Compagnons de la Hiérophanie , Victor-Émile Michelet a retracé avec beaucoup de talent les aventures chevaleresques et les conditions souvent pittoresques d'une quête juvénile et enthousiaste du « savoir perdu » grâce à laquelle devait apparaître le mouvement occultiste de la Belle Époque, ill […] Lire la suite

PARACELSE (1493-1541)

  • Écrit par 
  • Bernard GORCEIX
  •  • 2 316 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le philosophe et le théologien »  : […] Paracelse n'est pas un esprit systématique. Sur des points essentiels, il se contredit. Il est plus intuitif que spéculatif. Il n'empêche que, partant d'une réflexion sur le monde et sur la place de l'homme dans le monde, il aborde les grands problèmes de toute philosophie, la nature de l'âme, la création, Dieu, le mal. Des concepts originaux sous-tendent sa réflexion. Toute force agissante, natur […] Lire la suite

PORPHYRE (234 env.-310)

  • Écrit par 
  • Pierre HADOT
  •  • 2 155 mots

Dans le chapitre « Le spiritualisme »  : […] On tient habituellement Porphyre pour l'éditeur et le vulgarisateur de Plotin. Cette vue est exacte, mais incomplète. Il est vrai que Porphyre a publié les écrits de son maître sous le titre Ennéades , qu'il les a commentés, résumés et paraphrasés abondamment. Des recherches ont montré que la fameuse Théologie d'Aristote , conservée en traduction arabe (et en traduction latine, dans une autre vers […] Lire la suite

PSYCHOLOGIE

  • Écrit par 
  • Pierre GRÉCO
  •  • 16 219 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Connaissance clinique et psychologie »  : […] Interrogeons-nous d'abord non pas sur les modes d'action du clinicien, mais sur le mode de connaissance que cette pratique constitue. La psychologie clinique, qui en droit comme en fait peut fort bien s'appliquer à l'étude des sujets réputés normaux – et qu'il ne faut donc pas identifier à la psycho-pathologie –, n'en a pas moins une origine médicale. Si, d'un certain point de vue, elle apparaît c […] Lire la suite

ROYER-COLLARD PIERRE PAUL (1763-1845)

  • Écrit par 
  • Guillaume de BERTHIER DE SAUVIGNY
  •  • 431 mots

Fils d'un modeste propriétaire agricole de Sompuis dans la Marne, Royer-Collard reçoit une éducation classique et janséniste chez les Frères de la doctrine chrétienne à Chaumont et à Saint-Omer. Il appartient au barreau de Paris en 1787, puis, en 1789, il est membre de la Commune de Paris jusqu'au 10 août 1792. Député de la Marne au Conseil des Cinq-Cents en 1797, il est éliminé de cette assemblée […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Dominique JANICAUD, « SPIRITUALISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/spiritualisme/