BAUMGARTNER RUDOLF (1917-2002)

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Le nom du chef d'orchestre suisse Rudolf Baumgartner reste associé au Festival Strings Lucerne, orchestre de chambre dont il fut le fondateur et le directeur musical durant plus de quarante ans, de 1956 à 1998 ; cet ensemble a contribué au renouveau de l'interprétation de la musique baroque dans les années 1960, tout en accordant une large place aux œuvres contemporaines.

Rudolf Baumgartner naît à Zurich le 14 septembre 1917 et reçoit sa formation musicale au conservatoire de sa ville natale puis à l'université de Zurich. Il est notamment l'élève des violonistes Stefi Geyer – dédicataire du Premier Concerto pour violon de Béla Bartók – de 1936 à 1941, Carl Flesch, de 1942 à 1944, et Wolfgang Schneiderhan, de 1944 à 1950 ; il travaille également la théorie avec le chef d'orchestre et compositeur Paul Müller-Zürich de 1936 à 1938. À la fin des années 1930, il commence une carrière de violoniste et joue dans différentes capitales européennes. Mais la musique de chambre l'attire davantage : il fait partie du Quatuor Stefi-Geyer (1936-1941), du Trio de chambre de Zurich (1943-1952) et du Trio à cordes de Zurich (1945-1954). Il est aussi violon solo de plusieurs orchestres de chambre et cette expérience le conduit en 1956 à fonder, avec Wolfgang Schneiderhan, le Festival Strings Lucerne. Cet ensemble de treize cordes et un clavecin se compose de jeunes instrumentistes qui viennent parfaire leur formation au seuil de leur carrière : la moyenne d'âge restera toujours très basse, se situant autour de vingt-cinq ans. Le premier concert a lieu en 1956, au festival international de Lucerne.

Baumgartner explore le répertoire baroque, qui connaît alors un regain d'intérêt avec des ensembles comme I Musici, I Virtuosi di Roma de Renato Fasano ou l'Orchestre de chambre de Stuttgart de Karl Münchinger. Mais, contrairement à ces formations, le Festival Strings se consacre aussi beaucoup à la musique de son temps et Baumgartner fait composer nombre de partitions importantes pour orchestre à cordes dont il assure la création et une large diffusion. Il se produit dans le monde entier avec son ensemble et attire des solistes prestigieux, comme les violoncellistes Enrico Mainardi et Pierre Fournier, les flûtistes Aurèle Nicolet et James Galway, le hautboïste Heinz Holliger, le claveciniste Ralph Kirkpatrick, les pianistes Clara Haskil et Miecszyslaw Horszowski, notamment. Tous deviennent vite des partenaires réguliers. De 1960 à 1987, Baumgartner est directeur du Conservatoire de Lucerne, qui devient un véritable réservoir de jeunes instrumentistes où se recrutent les membres du Festival Strings. Il est également directeur du festival de Lucerne (1969-1980), ce qui fait de lui le véritable directeur de la musique de cette ville. En 1986, la ville et le canton de Lucerne prennent en charge le Festival Strings Lucerne, dans le cadre d'une fondation destinée à perpétuer l'action de son fondateur et directeur, qui meurt le 22 mars 2002 dans sa résidence de Toscane, près de Sienne.

L'éclectisme musical de Rudolf Baumgartner était l'une de ses qualités fondamentales. Sans disposer de moyens financiers aussi importants que son compatriote Paul Sacher, il a cependant joué un rôle considérable de mécène et de diffuseur. Parmi les compositeurs qu'il a sollicités, on trouve plusieurs musiciens suisses : Conrad Beck, Rudolf Kelterborn, Klaus Huber, Frank Martin (cantate « Et la vie l'emporta », 1974) ou Heinrich Sutermeister. Hors des frontières helvétiques, citons Joonas Kokkonen (Sinfonia da camera, 1962 ; « ...durch einen Spiegel... », 1977), Jean Françaix (Sei preludi, pour orchestre à cordes, 1964), Marcel Mihalovici, Krzysztof Penderecki (Capriccio, pour hautbois et onze cordes, 1965), Ernst Krenek, Ivo Malec (Lumina, 1968), Maurice Ohana (Silenciaire, pour cordes et percussions, 1969), Iannis Xenakis (Aroura, pour douze instruments à cordes, 1971), Edison Denisov (Concerto pour flûte, vibraphone, clavecin et cordes, 1993) ou Kazimierz Serocki.

À mesure que les générations se succédaient au sein du Festival Strings Lucerne, Baumgartner a su maintenir la pureté de style et l'enthousiasme d'origine. Dans les années 1980 et 1990, avec la montée en puissance des baroqueux, son approche a pu sembler en perte de vitesse. Mais elle est toujours restée fidèle à elle-même, comme un trait d'union entre les deux époques auxquelles il avait consacré sa vie artistique. Il a mis en forme les deux dernières œuvres de Jean-Sébastien Bach : L'Offrande musicale, dans une version pour orchestre de chambre, et L'Art de la fugue, pour orgue, deux clavecins et orchestre à cordes.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « BAUMGARTNER RUDOLF - (1917-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rudolf-baumgartner/