FOURNIER PIERRE (1906-1986)

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Sorti de son isolement par Pablo Casals, élevé au rang de vedette par Mstislav Rostropovitch, le violoncelle a trouvé sa véritable place sur l'échiquier instrumental grâce à des musiciens comme Pierre Fournier, André Navarra, Gregor Piatigorsky ou Paul Tortelier, qui ont su imposer ses qualités mélodiques et la richesse de sa palette sonore. Instrument nécessaire par excellence dans la musique classique, où il assurait la basse, il devient recherché pour ses qualités spécifiques et voit son répertoire s'enrichir sous l'incitation de ses interprètes. S'inscrivant, au sein de l'école française de violoncelle, dans la lignée d'Auguste Franchomme (1808-1884) par l'intermédiaire de Jules Delsart (1844-1900) et de Paul Bazelaire (1886-1958), Pierre Fournier a révolutionné la technique de l'archet ; il affirmait : « La main gauche forme les notes et traduit l'écriture, mais c'est avec la main droite qu'on parle. »

Festival d'Édimbourg

Photographie : Festival d'Édimbourg

Le violoniste Joseph Szigeti, l'altiste William Primrose, le pianiste Artur Schnabel et le violoncelliste Pierre Fournier (de gauche à droite), le 20 septembre 1947, lors du premier festival d'Édimbourg. 

Crédits : Gerti Deutsch/ Picture Post/ Getty Images

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L'élégance avant tout

Petit-fils de Léopold Morice, le sculpteur de la statue de la place de la République et des anges du pont Alexandre-III à Paris, Pierre Léon Marie Fournier se destinait à l'origine au piano. Né à Paris le 24 juin 1906, il est frappé à l'âge de neuf ans par la poliomyélite, dont les séquelles à une jambe l'obligent à abandonner le piano ; il décide alors de se tourner vers le violoncelle. Il travaille avec Odette Krettly, sœur de Robert Krettly, le violoniste qui allait fonder l'un des plus célèbres quatuors à cordes français, le Quatuor Krettly. Puis il entre en 1920 au Conservatoire de Paris, où il est l'élève de Paul Bazelaire et d'André Hekking, pour le violoncelle, de Camille Chevillard et de Lucien Capet, pour la musique de chambre. Nanti d'un premier prix de violoncelle en 1923, il commence à jouer dans les orchestres de cinéma muet et de théâtre ou dans les kiosques ; au Vieux-Colombier, son voisin, à la batterie, s'appelle Arthur Honegger. Il pratique régulièrement la musique de chambre, notamment au sein du Quatuor Krettly, entre 1923 et 1927 : il participe ainsi, en 1925, à la deuxième audition du Quatuor à cordes de Gabriel Fauré, et il remplace en 1926 son maître André Hekking lors de la création des Chansons madécasses de Maurice Ravel.

Son premier récital à Paris, en 1928, marque le début de sa carrière de soliste. II est rapidement invité dans le monde entier, et joue sous la direction des plus grandes baguettes (sauf Arturo Toscanini). Il compte les partenaires les plus illustres : Artur Schnabel, avec lequel il enregistre les sonates pour violoncelle et piano de Beethoven, Wilhelm Backhaus – les sonates de Brahms –, Dinu Lipatti ou Nikita Magaloff ; en 1947, il s'associe à Joseph Szigeti, Artur Schnabel et William Primrose pour une importante tournée aux États-Unis ; plus tard, ses partenaires seront Sviatoslav Richter, David Oïstrakh ou Zino Francescatti, puis Wilhelm Kempff et Henryk Szeryng, avec lesquels il enregistre les sonates et les variations pour violoncelle et piano et les trios de Beethoven à l'occasion du bicentenaire de la naissance du compositeur. En famille, il joue souvent avec son fils, le pianiste Jean Fonda, ou avec son frère, le violoniste Jean Fournier (1911-2003), et la femme de celui-ci, la pianiste Ginette Doyen (1921-2002).

Parallèlement, il se consacre à l'enseignement : professeur de violoncelle et de musique de chambre à l'École normale de musique de Paris, où il succède à Pablo Casals (1937-1939), puis de violoncelle au Conservatoire de Paris (1941-1949), il continuera à donner des cours d'interprétation, notamment à Zurich, Genève et Berlin. En 1943, aux côtés d'Alfred Cortot et de Jacques Thibaud, il succède, au sein du fameux trio, à Pablo Casals, qui s'est retiré à Prades. En 1956, il se fixe à Genève, où il réside entre ses tournées ; il s'y éteindra, à la suite d'une attaque d'hémiplégie, le 8 janvier 1986.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « FOURNIER PIERRE - (1906-1986) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-fournier/