TCHÈQUE RÉPUBLIQUE

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Tchèque (République) : carte physique

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Tchèque (République) : drapeau

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Václav Havel

Václav Havel
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Nouvelles adhésions à l'O.T.A.N., mars 1999

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Nom officielRépublique tchèque (CZ)
Chef de l'ÉtatMilos Zeman (depuis le 8 mars 2013)
Chef du gouvernementAndrej Babiš (depuis le 13 décembre 2017)
CapitalePrague
Langue officielletchèque
Unité monétairecouronne tchèque (CZK)
Population10 591 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)78 865
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Nouvel État souverain issu de la partition, le 1er janvier 1993, de la République fédérative tchèque et slovaque (Fédération tchéco-slovaque), la République tchèque a mis en œuvre un processus de réforme de son système politique et économique dont les effets contribuent à modifier profondément ses structures sociales et territoriales. Sa position géographique – c'est la plus occidentale des anciens pays du bloc communiste (ex-R.D.A. exceptée) – favorise l'intégration de son économie dans l'Union européenne dont elle est devenue membre en mai 2004. Peuplé de 10 562 200 habitants (recensement de 2011) et étendu sur 78 860 kilomètres carrés, le territoire tchèque est limitrophe de l'Allemagne réunifiée, à l'ouest et au nord, sur 810 kilomètres, tandis que sa frontière méridionale longe l'Autriche sur 466 kilomètres. Au nord-est, la frontière avec la Pologne est longue de 761 kilomètres. À l'est, une nouvelle frontière d'État avec la Slovaquie, longue de 252 kilomètres, reprend le tracé administratif entre les deux entités de l'ancienne Fédération.

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Carte physique de la République tchèque. 

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Tchèque (République) : drapeau

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Tchèque (République) (1993). À la suite de la partition de la Tchécoslovaquie en deux républiques indépendantes le 31 décembre 1992, la République tchèque a repris le drapeau de l'ancienne Tchécoslovaquie : deux simples bandes horizontales blanche et rouge ; brochant sur celles-ci, un... 

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Géographie

Les paysages naturels

Les pays tchèques s'étendent sur deux ensembles régionaux distincts : à l'ouest, la Bohême, qui couvre près des trois quarts de la superficie, appartient au domaine hercynien ; à l'est, la Moravie est formée d'un chapelet de bassins dessinant un couloir d'orientation méridienne, entre la bordure du massif de Bohême et les chaînes des Carpates Blanches. À ces divisions naturelles correspondent des paysages et des formes d'organisation différentes de la vie économique.

On désigne généralement sous le nom de « quadrilatère de Bohême » les contours d'un ensemble de hautes terres appartenant au système hercynien, encadrant le vaste bassin de la Labe (l'Elbe). Au sud-ouest, la Šumava comprend le versant interne des massifs formant le Böhmerwald en Autriche et en Allemagne. Très arrosée, couverte de forêts mixtes et de conifères, cette région est orientée vers l'activité agro-sylvo-pastorale.

Au nord-ouest, les monts Métallifères (en tchèque Krušné Hory) et leurs bordures composent un ensemble plus varié : un bloc de hautes terres cristallines, injecté de filons métallifères, basculé vers le nord, domine par un abrupt le fossé de la Bilina et de l'Ohře, des cuvettes intérieures remplies de dépôts tertiaires contenant des charbons bruns et des lignites, et des plateaux résultant d'épanchements volcaniques où naissent les sources chaudes qui font la réputation des stations de Karlovy Vary et Mariánské Lázně. Au nord, au-delà de la percée de l'Elbe qui se dirige vers la mer du Nord, les monts des Géants (Krkonoše) culminent à plus de 1 600 mètres, au-dessus de petits bassins. Formant le quatrième côté du quadrilatère, à l'est, les hauteurs tchéco-moraves ne présentent aucune ligne de relief marquée, et les altitudes ne dépassent pas 700 mètres.

Au centre du quadrilatère, le plateau central tchèque, haut pays granitique et gneissique, forme des surfaces monotones entaillées par les vallées des affluents de la Vltava (la Moldau allemande). Les reliefs de type appalachien de la chaîne des Brdy dominent à l'ouest le bassin de Plzeň. Les affluents de la Labe convergent vers le nord, drainant le bassin du Polabí, rempli de dépôts d'âge crétacé et tapissé de limons fertiles. Au cœur de la cuvette de Bohême, la capitale, Prague, installée sur un gué franchissant la Vltava, bénéficie d'une excellente situation.

La Moravie s'étend à la fois sur le rebord du massif hercynien, sur l'extrémité des Carpates et sur des plaines intermédiaires que la vallée de la Morava draine en direction du sud. Entre deux ensembles accidentés, elle forme un couloir d'accès facile, qui, par la porte de Moravie, met en communication la Pologne silésienne et l'Autriche danubienne. Au nord, drainé par l'Odra (l'Oder), le bassin d'Ostrava, ou Silésie tchèque, a fondé son développement industriel sur un important gisement de charbon, tandis que les collines et les plaines de la Moravie méridionale s'ouvrent largement aux influences danubiennes.

Le climat tempéré est teinté d'influences continentales. En plaine, les températures moyennes du mois le plus froid varient de — 1 à — 4 0C, tandis que les températures du mois le plus chaud s'y tiennent entre 17 et 19 0C. Les précipitations, dont le volume annuel varie entre 450 et 700 millimètres, présentent un maximum durant la période estivale. En montagne, le climat est rendu plus rude par l'altitude, avec des températures hivernales plus basses et des précipitations plus abondantes, tombant sous forme de neige en hiver. Dans ces conditions, les forêts occupent un tiers de la superficie du pays (2,6 millions d'hectares).

Un peuplement homogène et régulier

Très homogène par sa composition ethnolinguistique (94,2 p. 100 de Tchèques, 1,8 p. 100 de Slovaques), la population de la République tchèque, après avoir diminué entre 1995 et 2003, s’accroît depuis lors, en raison d’une augmentation de la natalité (10,4 p. 1 000 en 2011), malgré un processus de vieillissement déjà ancien, la proportion des plus de 65 ans atteignant 15 p. 100 en 2009. À l'exception des régions du pourtour montagneux de la Bohême occidentale et méridionale, en grande partie dépeuplées au lendemain de l'expulsion des Allemands en 1945, et qui ont durablement souffert de leur position frontalière et de la présence d'installations militaires, la trame du peuplement apparaît relativement dense (la densité moyenne est de 133 hab./km2 à la fin des années 2000), à des altitudes qui sont pourtant celles des moyennes montagnes. Villages et bourgs sont animés par des activités industrielles qui font de la Bohême l'exemple même de la montagne-atelier. Il en est de même en Moravie, où le peuplement concentré en gros villages est animé par des migrations pendulaires de travail vers un réseau étoffé de petits centres urbains. La distinction entre population urbaine (73,4 p. 100 en 2011) et population rurale s'est beaucoup atténuée, tant les activités apparaissent diversifiées et régulièrement réparties (un tiers des emplois industriels sont localisés dans des villes de moins de 5 000 habitants). Le caractère relativement dispersé du peuplement est renforcé par un maillage administratif serré de 6 258 communes, dont les quatre cinquièmes comptent moins de 1 000 habitants (17,2 p. 100 de la population). Le territoire est découpé en quatorze régions (kraj), dont l’agglomération de Prague (1,2 million d’habitants en 2009). Les villes de plus de 100 000 habitants, y compris la capitale, ne regroupent que le cinquième de la population totale (Brno 370 600 habitants, Ostrava 307 700 habitants, Plzeň 169 300 habitants, Liberec 100 900 habitants, Olomouc 100 300 habitants).

L'impact de la transition économique

Des mesures de libéralisation de l'économie (libération des prix, suppression du monopole de l'État en matière d'échanges extérieurs) et des réformes structurelles ont permis d'engager, dès le début des années 1990, le passage de l'économie planifiée à l'économie de marché. Après une phase de récession résultant de l'ajustement à la nouvelle donne (1990-1994) et une rechute en 1997-1998, la situation macroéconomique s'est améliorée et la croissance économique est bonne (avec un P.I.B. en augmentation de 3 à 4 p. 100 par an de 2000 à 2004, puis de plus de 6 p. 100 les trois années suivantes), avant de chuter en raison de la crise économique mondiale de 2008.

La privatisation a revêtu plusieurs formes : restitution de leurs biens aux anciens propriétaires (logements, terres et forêts, commerces, usines) ; petite privatisation des unités de taille réduite (par enchères publiques) ; privatisation de masse (par la méthode des coupons) appliquée aux actifs des grandes entreprises d'État ; vente à des investisseurs étrangers. Entachée de plusieurs défauts, notamment la dispersion du capital entre de nombreux fonds d'investissement, la privatisation de masse a débouché sur une structure de propriété inadaptée favorisant le maintien des liens entre les entreprises et les banques publiques. De ce fait, la restructuration de l'appareil productif a pu prendre du retard, les entreprises demeurant insuffisamment compétitives. Terre d'accueil des investissements étrangers, le pays situait au second rang des nouveaux États membres de l'U.E., après la Pologne, pour le volume d'investissements cumulés entre 1989 et 2004, et au premier rang, si on le rapporte au nombre d'habitants (plus de 4 000 dollars). La proximité géographique, le niveau de formation de la main-d'œuvre, la stabilité politique et financière jouent à plein pour expliquer cette attractivité, les investissements étrangers provenant majoritairement de l'U.E., et notamment d'Allemagne, des Pays-Bas et d'Autriche.

Le développement industriel des pays tchèques prend appui sur une longue et puissante tradition. Le secteur représente 37,6 p. 100 du P.I.B. en 2008. L'industrie minière et métallurgique est en pleine mutation. Avec le charbon des bassins d'Ostrava-Karvina et de Kladno, le lignite des gisements de Most et de Sokolov, la République tchèque dispose d'une importante base énergétique qui assure une partie de son approvisionnement en électricité (la compagnie électrique C.E.Z. est la première entreprise tchèque). Dépendantes des approvisionnements en hydrocarbures russes, des ressources énergétiques et de l'eau, les industries chimiques sont groupées dans les centres industriels de Moravie du Nord et le long de l'Elbe. La reconversion est engagée au profit des activités manufacturières et des productions de haute technologie. Les entreprises tchèques sont intégrées dans les stratégies des firmes multinationales (A.B.B., Daewoo, Motorola, Siemens, Philips, Mitsubishi, Nestlé...). Le secteur de la construction automobile forme désormais un pôle d'excellence (15 p. 100 de la production industrielle). Le rachat de Škoda par la firme allemande Volkswagen, l'ouverture d'une nouvelle usine à Mlada Boleslav, en 1996, l'implantation d'une unité de montage et d'une plate-forme d'exportation à l'initiative de P.S.A.-Toyota, à Kolin en Bohême centrale, en 2005, ont permis un essor sans précédent de la production de véhicules de tourisme. L'afflux d'investissements étrangers a favorisé la restructuration et la modernisation des entreprises fabriquant des ordinateurs, des équipements de bureautique, des télévisions et radios, des appareils d'optique et de mesure, des instruments médicaux. Depuis l'adhésion à l'O.T.A.N. (1999), de nouveaux rapports ont été établis entre l'État, l'armée et l'industrie de la défense (l'avionneur Aero et le fabricant de véhicules militaires Tatra). En revanche, les industries du verre, de la porcelaine et de la céramique sont exposées à la concurrence des producteurs asiatiques tandis que le textile et la confection connaissent un déclin persistant. Les industries alimentaires ont été restructurées grâce à l'apport de capitaux étrangers. La filière bois transforme les produits de l'exploitation de la forêt.

En plein essor, le secteur des services, qui a absorbé les deux tiers des investissements étrangers, fournit 60 p. 100 du P.I.B. en 2008. et développe ses capacités en termes de sous-traitance (centres d'appel, gestion et maintenance des systèmes informatiques). L'adaptation du système bancaire et financier à la compétition européenne est un fait acquis. Il n'en va pas de même en matière de capacités de transport de marchandises qui demeurent le maillon faible. Les fonds structurels européens devraient permettre d'étendre le réseau autoroutier (autoroute Prague-Nuremberg) et de rendre plus fluides les liaisons avec les pays voisins. L'héritage de quatre décennies de socialisme tend à se résorber, en particulier le retard pris dans la modernisation des infrastructures de transport (routes, voies ferrées, aéroports, télécommunications), le non-respect des règles écologiques et ses incidences sur la dégradation de l'environnement, l'absence d'entretien des centres urbains anciens.

La privatisation du secteur agricole est achevée. Les lois de restitution des terres et des biens non fonciers aux anciens propriétaires, les procédures de privatisation du capital non foncier des exploitations collectives ont créé les conditions de l'allocation des terres à de nouvelles structures (les 9/10 des terres sont louées). Disposant d'un fort potentiel de production (54 p. 100 de superficie agricole utile), l'agriculture tchèque est compétitive dans certains secteurs (colza, lait, orge et houblon). Principalement orientée vers les productions animales (54 p. 100 en valeur), encore insuffisamment rentables, cette agriculture apparaît faiblement spécialisée à l'échelle régionale. En Bohême centrale et en Moravie méridionale, les bassins et les plaines qui bénéficient de sols plus fertiles cultivent des céréales, des oléagineux, de la betterave à sucre, tandis que les zones défavorisées de montagne s'orientent vers un mode d'utilisation du sol plus extensif (élevage sur prairies naturelles).

Après plusieurs décennies d'intégration au C.A.E.M., la réinsertion de l'économie tchèque dans les échanges internationaux s'est traduite par une réorientation vers l'Ouest des flux commerciaux. Si le déficit commercial avec l'Union européenne s'estompe, il persiste avec le reste du monde. Le pays enregistre un développement remarquable du tourisme international (plus de 6 millions de visiteurs par an à la fin des années 2000), principalement à Prague, première destination des touristes étrangers dans le pays.

Des dynamiques régionales qui s'inversent

Le dynamisme des activités économiques n'a que peu d'effets bénéfiques sur l'emploi, le taux de chômage fluctue entre 5 et 9 p. 100 dans les années 2000, avec de très fortes variations selon les régions. De nouveaux processus affectent la dynamique territoriale depuis 1989 : la transformation du contexte géopolitique, les conséquences de la partition de la Fédération tchéco-slovaque, l'ouverture de l'économie au capital étranger et la réorientation vers l'ouest des flux commerciaux sans même parler de la crise mondiale de 2008. Le développement territorial des pays tchèques est différencié par un gradient de développement et de niveau de richesse qui décroît d'Ouest en Est, et le contraste entre un Nord plus industrialisé et urbanisé, et un Sud qui l'est moins. L'impact des restructurations industrielles se fait durement sentir sur les grands centres industriels à caractère monostructurel de la Silésie et de la Bohême du Nord (Ústi nad Labem, Most, Liberec). À l'exception de ces dernières, les régions de Bohême ont renoué avec la croissance. Avec un P.I.B. par habitant qui atteint le double de la moyenne nationale, Prague est la principale bénéficiaire de l'arrivée des investisseurs étrangers, du renforcement des activités du tertiaire supérieur (en particulier dans le domaine bancaire et financier), de l'explosion des services en relation avec la fonction touristique. De nouvelles possibilités de développement s'offrent aux régions de Plzeň et de Bohême méridionale : afflux de capitaux, accueil de touristes, migrations de travail vers l'Allemagne et l'Autriche. Polarisée par Brno, la Moravie du Sud demeure dynamique. La séparation d'avec la Slovaquie a porté préjudice à l'économie morave, qui a perdu une partie de ses débouchés. En créant des tensions entre la Moravie et la Bohême, cette inversion des dynamiques régionales rend plus difficile la mise en œuvre d'une politique de développement territorial. En dépit d'un processus de rattrapage, le P.I.B. par habitant n'atteignait, à la veille de l'intégration, que 60 p. 100 de la moyenne de l'U.E.-25 ; en 2009, il est de 80 p. 100 de celle de l’U.E.-27. Moins prononcée que dans d'autres nouveaux États membres, la pauvreté concerne de 3 à 7 p. 100 des ménages. Les mesures introduites pour la juguler (allocations chômage, salaire minimum, pensions d'invalidité...) sont contestées par les libéraux qui souhaitent une réforme de la fiscalité et de la protection sociale.

—  Marie-Claude MAUREL

Histoire

La République tchèque est issue, comme la Slovaquie, de la dissolution de la Tchécoslovaquie le 1er janvier 1993. Elle comprend la Bohême, la Moravie, qui sont historiquement les Pays tchèques, et la Silésie tchèque rattachée à la Moravie.

Les premières formations étatiques des Tchèques remontent au ixe siècle. Le nom de la Bohême vient du latin Bohemia, le pays des Boïens. Les Boïens, qui étaient des Celtes, habitèrent jusqu'au vie siècle avant J.-C. un territoire s'étendant sur la Bohême et la Bavière actuelles. La langue tchèque ignore le mot « Bohême » et utilise, en fonction des périodes et des régions concernées, trois vocables ou expressions formés sur la racine Čech, qui a donné Tchèque en français. Le premier, České země, désigne les Pays tchèques, ensemble à la fois géographique, historique, politique et culturel. Le second, Čechy, se rapporte sur le plan géographique à la Bohême proprement dite. Sur le plan historique lui correspond, à partir de la fin du xiie siècle jusqu'en 1918, un troisième terme et une autre entité, České království, le royaume de Bohême, qui n'englobe pas stricto sensu la Moravie, et qui forma le cœur et le centre politique de la couronne de Bohême ou de saint Venceslas. Le roi de Bohême régnait comme margrave sur la Moravie et sur les autres parties de cette couronne, qui varièrent à travers le temps. De 1526 à 1918, les pays de la couronne de Bohême firent partie de la monarchie des Habsbourg d'Autriche. En 1918, ils s'unirent aux Slovaques des comitats de Haute-Hongrie et à la Ruthénie subcarpathique pour former un nouvel État, la Tchécoslovaquie, dissoute en 1993.

Les débuts. La Grande-Moravie

Après les Boïens arrivèrent les Suèves (ixe-vie siècles avant J.-C.) puis, au Ier siècle après J.-C., les Quades et les Marcomans. Ceux-ci se maintinrent sur le territoire de la Bohême au moins jusqu'au vie siècle. À cette époque, plusieurs tribus slaves, venant du sud et du nord du Danube, s'installent dans les Pays tchèques. Jusqu'au milieu du xviiie siècle, la tradition rapportait l'installation des Slaves à un fondateur éponyme légendaire, Čech (ou Bohemus, en latin, dans la plus ancienne chronique de l'histoire des Tchèques rédigée par un chanoine de Prague, Cosmas, au début du xie siècle). Au VIIe siècle, une source franque, la chronique de Frédégaire, mentionne l'existence d'un empire du marchand Samo (approximativement 625-658), lui même sans doute un Franc choisi comme roi par les habitants slaves de la Bohême dans leurs luttes contre les Avars. Samo aurait défait en 631 le roi Dagobert au siège de Wogatisburg, localité que les archéologues situent à l'ouest de la Bohême actuelle.

En Moravie se forme, au ixe siècle, ce que l'on nomme, d'après l'empereur byzantin Constantin Porphyrogénète, l'empire de Grande-Moravie, gouvernée vers 830 par le prince Mojmír Ier, qui vainc le prince de Nitra, Pribina, et annexe ses territoires. Pribina comme Mojmír avaient reçu le baptême. Des missions parties de Ratisbonne, de Passau et de Salzbourg opèrent en effet sur les territoires de Bohême, de Moravie et de la Slovaquie actuelle avant 850. Le prince Rostislav, en guerre vers 855 contre l'empereur Louis II le Germanique, demande l'appui politique et religieux du pape et de l'empereur d'Orient Michel III. Celui-ci lui envoie en 863 deux frères originaires de Salonique, Constantin, dit Cyrille, et Méthode. Le pape leur donne le droit d'user du slave dans la liturgie. Pour traduire une partie des Écritures saintes, Méthode forge un premier alphabet spécifique, dit glagolitique, qui sera remplacé au xe siècle par l'alphabet cyrillique. La mission de Byzance est chassée de Grande-Moravie par le prince Svatopluk après la mort de Méthode (885). La Grande-Moravie disparaît au début du xe siècle, à la suite de guerres avec l'empereur et de la conquête de la Pannonie par les Magyars.

Aux ixe et xe siècles, Bohême et Moravie connurent ainsi une double tradition liturgique chrétienne. Le rite latin l'emporte très rapidement sur le rite slave et, depuis le xe siècle, les seuls témoignages de la présence de la mission byzantine dans les pays tchèques sont des textes en vieux slave : un prologue aux évangiles, le Proglas, les légendes dites de Pannonie, avec les vies de Cyrille et de Méthode, des vies de sainte Ludmila et de saint Venceslas, auxquels s'ajoutent des traces syntaxiques et lexicales vieux slave dans l'un des plus anciens textes en tchèque (xie ou début du xiie siècle), l'hymne dit de saint Vojtěch (Adalbert), le second évêque de Prague (982-997). Cette présence, en revanche, suscita « l'invention » d'une très longue tradition, très diversifiée et productive, culminant une première fois sous l'empereur Charles IV, roi de Bohême de 1346 à 1378, créant à Prague le monastère bénédictin d'Emmaüs dédié à la copie de manuscrits slaves glagolitiques.

La Bohême médiévale. Les Přemyslides et les premiers Luxembourg

Jusqu'au xiiie siècle, au moins, les relations conflictuelles entre les princes ou les rois de Bohême et « l'empire romain » (ou, depuis le xiie siècle, le « Saint Empire », et depuis le xve, le « Saint Empire romain germanique ») constituent un facteur très important pour l'histoire du pays. Les empereurs, en effet, interviennent très tôt dans les affaires de leurs voisins tchèques, mais aussi polonais et hongrois. Ces trois États émergent au xe siècle dans l'histoire européenne, sous l'égide de dynasties locales qui, par hasard, s'éteindront à peu près en même temps, au début du xive siècle. Dans les Pays tchèques, cette dynastie est celle des Přemyslides, du nom d'un légendaire ancêtre, Přemysl le laboureur, époux de la mythique princesse Libuše, elle-même descendante du patriarche Čech. Les premiers Přemyslides historiquement attestés sont Bořivoj (mort en 888 ou 889), son épouse Ludmila (morte en 920) et leurs fils Spitihněv (894-915) et Vratislav (915-921), qui règnent sur la Bohême et siègent à Prague. Mais les véritables fondateurs d'un État tchèque sont les fils de Vratislav, saint Venceslas, ou Václav Ier (921-935) sur le plan symbolique et juridico-politique, et Boleslav Ier le Cruel (935-972 ?). Celui-ci fait assassiner son frère en 935, puis transfère son corps à Prague. Sa rapide canonisation légitime la dynastie et fonde une tradition politique de longue durée. Désormais, saint Venceslas incarne la sacralité du pouvoir en Bohême ; il devient au xiie siècle le protecteur céleste et souverain éternel du pays. À partir du milieu du xive siècle se fixe le concept, à la fois territorial et politique, de « couronne de saint Venceslas » qui regroupe autour de la Bohême les autres pays gouvernés par son souverain. À la fin du xe siècle, les Přemyslides incorporent la Moravie à leurs domaines directs et la font gouverner par un membre de leur famille. L'empereur Frédéric Barberousse fait de la province en 1182 un margraviat de l'Empire, mais elle reste un fief de la Bohême, gouvernée jusqu'au début du xve siècle par l'héritier du trône de Bohême ou l'un de ses frères. Sous Boleslav II, en 973, est créé le diocèse de Prague, suffragant de l'archevêché de Mayence jusqu'en 1344, date de sa transformation en archevêché. Les premières fondations monastiques datent de la fin du xe siècle (abbayes bénédictines de Břevnov et de Saint Georges à Prague). Les cisterciens s'installent au xiie siècle, les ordres mendiants – dominicains, franciscains, clarisses – au xiiie siècle. Un évêché est fondé à Olomouc en 1063, lui aussi dépendant de Mayence, puis de Prague à partir de 1344.

Le prince Vratislav II (1061-1092), profitant de la querelle des Investitures entre le pape Grégoire VII et l'empereur Henri IV, se fait reconnaître par ce dernier en 1085 la dignité de roi de Bohême et de Pologne à titre personnel. De même, le prince Vladislav II (1140-1158, puis roi de 1158 à 1172) obtient de Frédéric Barberousse le titre de roi, transmissible héréditairement en 1198, à partir de Přemysl Otakar Ier (1197-1230). Lorsque Přemysl Otakar II (1253-1278) monte sur le trône de Bohême, il règne sur l'État le plus puissant et le plus riche d'Europe centrale. Il entre en guerre contre le nouveau roi des Romains (titre porté par l'empereur élu tant qu'il n'était pas couronné par le pape à Rome), Rodolphe de Habsbourg ; il est vaincu et tué à Dürnkrut (Moravské pole) le 26 août 1278. Václav II continue la politique d'expansion européenne de son père, rattache à la Bohême des territoires de l'Empire situés à ses frontières occidentales et cherche à réunifier la Pologne. Duc de Cracovie en 1291, il est couronné roi de Pologne en 1300. De 1301 à 1304, son fils, le futur Václav III, est roi de Hongrie sous le nom de Ladislav (László) V, mais il est assassiné en 1306. Avec lui s'éteint la dynastie de Přemyslides. Après quelques années troublées, la noblesse fait valoir les droits au trône de la fille de Václav II, Eliška, dont l'époux, Jean de Luxembourg, devient roi en 1310. Sous son règne, les grands barons imposent un système dualiste de gouvernement, basé sur un diplôme d'inauguration (garantissant les droits et privilèges de la noblesse) sur lequel le roi prête serment.

Son fils, Venceslas Charles (1346-1378), élevé à la cour du roi de France, est élu roi des Romains en 1346 et couronné empereur en 1355 sous le nom de Charles IV. Sous son règne, la Bohême connaît à nouveau une période d'apogée culturelle, politique et économique. Charles IV développe une double tradition symbolique, celle de saint Venceslas, le souverain éternel de la Bohême, et celle de Charlemagne. Il définit le concept de couronne de Bohême ou de saint Venceslas, qui symbolise l'idée d'une entité étatique, politique et territoriale indissociable. À la Bohême et à la Moravie et aux possessions déjà acquises précédemment aux frontières de l'Empire s'ajoutent désormais la Lusace (cédée à la Saxe en 1635), la Silésie et le comté de Glatz et, pour quelques décennies seulement, le Brandebourg et le Palatinat. Charles IV promulgue en 1356 la Bulle d'or qui précise l'organisation du Saint Empire et reste en vigueur jusqu'en 1806 : il y confirme l'autonomie de la couronne de Bohême. Il transfère la chancellerie d'Empire à Prague où il fonde la première université au nord des Alpes. Il repense l'urbanisme de Prague, la dote de somptueux édifices (la cathédrale Saint-Guy et de nombreuses églises et couvents, le pont Charles, etc.) et l'agrandit par la création de la nouvelle ville (Nové Město). Lettré, parlant cinq langues, Charles IV écrit son autobiographie, la Vita Caroli, et attire à sa cour des humanistes italiens, dont Pétrarque.

L'expansion des Přemyslides en Europe centrale et les entreprises de Charles IV sont soutenues par la croissance économique et démographique et par l'argent tiré des mines de Stříbro, Jihlava et surtout Kutná Hora, qui abrite alors le plus important gisement argentifère d'Europe. Le xiie siècle avait été marqué par l'intensification d'un mouvement de colonisation interne et la multiplication des lieux de marchés. Au xiiie siècle s'y ajoute la colonisation allemande. De nombreuses villes sont créées par le roi et les nobles. Des juifs sont installés à Prague dès le haut Moyen Âge, et une très importante communauté juive se développe rapidement dès le xie siècle, encadrée et protégée par les Statuta Judeorum du roi Přemysl Otakar II (1254). Cet épanouissement continu est freiné après la mort de Charles IV. Les Pays tchèques, épargnés par la première grande peste de 1348, seront atteints à partir de 1380.

La crise hussite et ses conséquences

Les tensions entre le patriciat urbain, alors majoritairement allemand, et les autres couches urbaines tchèques, une crise à l'université entre maîtres tchèques et maîtres allemands, les ambitions de la haute noblesse, et surtout le désir d'une réforme de l'Église et de la vie chrétienne, prêché en public dès le milieu du xive siècle par des prédicateurs tels que le Tchèque Jan Milíč de Kroměříž culminent au début du xve siècle dans le mouvement hussite. Inspiré par les thèses de John Wyclif, Jean Hus, recteur de l'université de Prague en 1409-1410, appelle au retour à la vraie Église du Christ et des apôtres. Il est excommunié en 1410 et déclaré hérétique. Malgré le sauf-conduit de l'empereur Sigismond de Luxembourg, le fils cadet de Charles IV, il est condamné par le concile de Constance, le 6 juillet 1415, et brûlé vif, ainsi que, en 1416, son compagnon Jérôme de Prague, qui prône la communion sous les deux espèces pour les laïcs, y compris les enfants. Leur mort suscite l'indignation dans le royaume de Bohême. En 1419, la révolte de la nouvelle ville de Prague déclenche dix-sept années de guerre. Sauf Plzeň et les villes allemandes du nord et de l'ouest de la Bohême, les villes, regroupées autour de Prague dans une « Grande Commune », et une partie de la noblesse se rangent du côté des hussites. Ceux-ci sont divisés entre modérés, les calixtins, et radicaux, incarnés par les taborites et les orebites. Sous la conduite militaire de Jan Žižka puis de Procope le Chauve, ils résistent aux croisades levées contre eux par la papauté et rejettent jusqu'en 1436 leur roi légitime, l'empereur et roi de Hongrie Sigismond de Luxembourg (1419-1437). La bataille de Lipany entre hussites, remportée par le parti calixtin en 1434 oblige à un compromis général. L'Église, par les Compactata du concile de Bâle (1436), accorde aux hussites la communion sous les deux espèces, et trois autres points de doctrine. Le pape Pie II les abolit dès 1462, mais leur validité légale va durer en Bohême jusqu'en 1566. À la fin du xve siècle, 70 p. 100 de la population tchèque de Bohême est hussite, ou utraquiste (du latin sub utraque specie, sous les deux espèces). Cependant, la coexistence entre utraquistes et catholiques se maintiendra jusqu'en 1620 et, à partir de 1609, existera une liberté confessionnelle légalisée. Jusqu'en 1620, on considère que seuls 10 p. 100 des habitants de la Bohême sont catholiques et 30 p. 100 en Moravie.

L'organisation politique et l'ordre social du pays ont profondément changé pendant ces décennies de guerre. En Bohême, moins en Moravie, l'Église catholique est décimée, ses couvents sont détruits, ses biens expropriés par la noblesse et par les villes, qui sont devenues un acteur politique important. Dans la plupart d'entre elles, le patriciat, hussite, s'est tchéquisé. Après la mort de Sigismond de Luxembourg et celle de son gendre Albert de Habsbourg (1437-1439), la minorité de son fils Ladislav le Posthume (1439-1457) permet aux grands barons calixtins d'imposer l'idée de l'électivité de la couronne. Georges de Poděbrady (1458-1471) est élu roi en 1458. Sous le règne de Vladislav Jagellon (1471-1516) et de son fils Louis, tous deux également rois de Hongrie, le pouvoir de la haute noblesse s'accroît encore.

Les Pays tchèques dans la monarchie des Habsbourg

Le xvie siècle. Continuation du dualisme entre le roi et les ordres

Louis Jagellon est tué par les Turcs en 1526 à la bataille de Mohács, lors de leur première arrivée en Hongrie. La diète de Bohême élit roi Ferdinand Ier de Habsbourg (1526-1564). Pendant près de quatre siècles, la dynastie de Habsbourg va régner sur les Pays tchèques, avec seulement deux brèves interruptions en 1619-1620 et 1741-1745. L'empereur Rodolphe II, roi de Bohême entre 1575 et 1611, transfère sa cour à Prague. Jusqu'en 1620, le système politique est dualiste : les états de Bohême sont garants des libertés du royaume. En fait partie la coexistence entre utraquistes et catholiques, que Ferdinand Ier, Maximilien II et Rodolphe II interprètent strictement, pour faire barrage à la légalisation du luthéranisme, du calvinisme et de l'Église locale de l'Unité des Frères tchèques et moraves. À partir de 1547, date de la première révolte de la noblesse et des villes contre les Habsbourg, les conflits entre les états et le roi se concentrent autour de la question religieuse. Les jésuites s'installent à Prague en 1556, en Moravie en 1562, l'archevêché de Prague vacant depuis le hussitisme est restauré en 1561. En 1575, Maximilien accepte la Confessio bohemica, compromis commun à tous les partis évangélistes. En 1609, la lettre de Majesté de Rodolphe II instaure la liberté confessionnelle. Les tensions s'aggravent et culminent le 23 mai 1618 par la défenestration de Prague, qui est à l'origine de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Les états de Bohême remplacent en 1619 le roi Ferdinand II de Habsbourg par l'Électeur palatin calviniste Frédéric V. Ils sont défaits à la bataille de la Montagne-Blanche (8 novembre 1620).

L'absolutisme confessionnel aux XVIIe et XVIIIe siècles

Ferdinand II renouvelle les Constitutions des Pays tchèques (1627 en Bohême, 1628 en Moravie). Il limite fortement les pouvoirs politiques des états, interdit toute autre religion que le catholicisme, introduit le clergé dans les états du royaume de Bohême, affirme l'hérédité de la couronne et fait de l'allemand la seconde langue de l'administration au côté du tchèque. Les non-catholiques doivent se convertir ou émigrer, leurs biens sont confisqués ou vendus, et la moitié des propriétés nobiliaires changent de main en Bohême. De nombreuses familles nobles d'origine étrangère et fidèles aux Habsbourg s'installent dans le pays. Entre 1620 et la fin du xviie siècle, les paysans non catholiques, majoritaires, de Bohême et de Moravie sont reconvertis au catholicisme, mais des résistances demeurent longtemps. Tout écrit et imprimé en tchèque antérieur à 1620 est suspect d'hérésie et sa lecture soumise à contrôle ou interdite. L'aristocratie est la force économique dominante du pays, devant l'Église. Elle siège aux diètes de Bohême et de Moravie, construit des palais à Prague et à Vienne, où l'attirent la personne du souverain et sa cour. Bohême et Moravie se couvrent de palais, de monastères et d'églises baroques, œuvres de grands architectes, tels que Giovanni Santini ou Christoph et son fils Kilian Ignaz Dientzenhofer, et décorées par des peintres et des sculpteurs de talent, comme Karel Škréta, Petr Brandl, Matyáš Bernard Braun, Ignác Platzer.

À partir du début du xviie siècle, la communauté juive de Prague devient la plus importante de toute l'Europe centrale (hormis la Pologne) et des juifs résident aussi dans plus de huit cents localités de Bohême, et plus de trois cents en Moravie, surtout dans le cadre de domaines et de bourgs seigneuriaux, mais aussi dans quelques plus grandes villes. Prague et les Pays tchèques seront au xviiie siècle un important foyer des Lumières juives (Haskala).

Les réformes des souverains éclairés, les progrès de l'intégration des États des Habsbourg et les débuts du mouvement national

En 1740, la pragmatique sanction publiée en 1713 par l'empereur Charles VI, qui fait des différents pays où il règne un tout indissoluble, donne le prétexte de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) contre sa fille Marie-Thérèse (1740-1780). Frédéric II de Prusse s'empare de la plus grande partie de la Silésie et du comté de Glatz. Charles de Bavière est reconnu comme roi par la noblesse de Bohême en 1742-1743. À partir de 1749, Marie-Thérèse, avec ses ministres Haugwitz et Kaunitz, réforme l'administration et la fiscalité en Autriche et en Bohême. La chancellerie de Bohême est réunie à celle d'Autriche en 1761, les compétences des offices de cour sont renforcées, et la politique générale de la monarchie est élaborée à Vienne au sein d'un organe nouveau, le Conseil d'État. La fréquentation scolaire devient obligatoire dans les Pays tchèques en 1775. Joseph II abolit le servage personnel des paysans en 1781 et, par la patente de Tolérance, permet l'exercice privé du protestantisme. Il refuse de se faire couronner roi de Bohême. Il uniformise la pratique de l'État en Autriche, Pays tchèques et Hongrie, généralise l'usage de l'allemand (1784 dans les Pays tchèques) et tente d'abolir la corvée. À sa mort en 1790, le patriotisme territorial des aristocrates de Bohême s'est renforcé en réaction à ses réformes. Avec des philologues comme Josef Dobrovský (1753-1829), des historiens comme Franz Martin Pelcl et un peu plus tard Frantiěk Palacký (1798-1876), des écrivains comme Josef Jungmann (1773-1847) commence un mouvement de redécouverte de l'histoire, de la littérature et de la langue. Bien constitué dès la génération de 1820-1830, il prend vers 1848 le nom de Renaissance nationale. En 1848, la revue en langue tchèque du musée de Bohême, créé en 1817, tire à plus de 3 000 exemplaires.

L'essor économique, la modernisation de la vie politique et l'exacerbation des nationalismes

Au xixe siècle, la Bohême, après Vienne et sa région, est le pays le plus alphabétisé et le plus avancé économiquement de l'Empire des Habsbourg. Les Pays tchèques produisent en 1880, 94 p. 100 de la houille, 84 p. 100 de la fonte, 75 p. 100 du lignite, 54 p. 100 des machines, 70 p. 100 des produits chimiques et 94 p. 100 du sucre de la monarchie, et tissent 75 p. 100 du coton qu'elle importe en 1912. La littérature tchèque s'épanouit, avec Karel Hynek Mácha, Božena Němcová, Jan Neruda, Jaroslav Vrchlický. La musique symphonique et l'opéra se développent, avec Bedřich Smetana, Antonín Dvořák, puis Zdeněk Fibich et Leoš Janáček.

La révolution de 1848 est un marqueur important de la vie politique, culturelle et nationale. L'historien et politicien František Palacký élabore une première conception d'une fédération des pays de l'empire des Habsbourg et théorise l'austroslavisme comme rempart des peuples slaves d'Autriche contre les ambitions de l'Allemagne et de la Russie. Avec les Slovaques Jan Kollár et Pavel Šafařík (Šafárik), les intellectuels tchèques organisent un Congrès slave à Prague en juin 1848. Le clivage national entre Allemands et Tchèques s'établit. En 1861, François-Joseph dote ses pays d'une Constitution, avec pour la première fois un Parlement central à Vienne et dans les capitales locales, comme Prague, une diète modernisée avec des députés élus selon un système censitaire complexe. Ce système, remanié, est repris dans le compromis austro-hongrois de 1867. Palacký abandonne l'austroslavisme et le remplace par une théorie du droit historique d'État. À ce titre, il obtient de François-Joseph, en 1871, les « Articles fondamentaux », sorte de « compromis austro-bohême » aboli peu après sous la pression de l'Allemagne et de la Hongrie. Les démonstrations patriotiques deviennent massives en Bohême à partir des années 1870. La vie politique se diversifie et se démocratise. Plusieurs partis s'ajoutent à celui des Vieux-Tchèques de Palacký et de Rieger : Jeunes-Tchèques, libéraux, sociaux-démocrates, agrariens, chrétien-sociaux, et le parti tchèque national-social. La partition de l'université de Prague entre Allemands et Tchèques a lieu en 1882.

Les premières élections au suffrage universel, après de grandes manifestations à Prague, ont lieu en 1907. Alors que, en Moravie, un compromis est mis en place en 1905, en Bohême, les tentatives de conciliation nationale entre Allemands et Tchèques échouent les unes après les autres. L'état de siège est proclamé à Prague en 1893, en 1897, en décembre 1908. Au printemps de 1914, François-Joseph dissout la diète de Prague et limite les droits démocratiques. Au moment où éclate la Première Guerre mondiale, les partis politiques tchèques adoptent vis-à-vis de la monarchie des attitudes variées, allant du loyalisme des partis catholiques moraves et des sociaux-démocrates au programme d'indépendance du Parti du progrès du droit d'État, en passant par l'attentisme des agrariens, des Vieux-Tchèques et des Jeunes-Tchèques, et par les projets de rupture des socialistes nationaux de Kramář et de Klofáč, russophiles qui veulent restaurer le royaume de Bohême, et du Parti populaire réaliste de Tomáš Garrigue Masaryk. Celui-ci émigre en décembre 1914. En 1916, Masaryk, Beneš et le Slovaque Milan Štefánik fondent à Paris le Conseil national tchécoslovaque. Le 6 janvier 1918, les députés tchèques demandent l'indépendance par la « déclaration de l'Épiphanie ». Le 28 octobre 1918, la République tchécoslovaque est proclamée à Prague. Pendant soixante-quinze ans, les Pays tchèques et la Slovaquie ne feront plus qu'un seul pays, avant de se séparer en 1993, après la chute du régime communiste installé en février 1948 et la « révolution de velours » de novembre-décembre 1989 [cf. tchécoslovaquie].

—  Marie-Elizabeth DUCREUX

La République tchèque indépendante

La partition tchéco-slovaque, entérinée sans consultation de la population, fut l'œuvre de deux hommes à la tête de partis sortis vainqueurs des élections législatives des 8 et 9 juin 1992, le Tchèque Václav Klaus, du Parti démocratique civique (O.D.S.), et le Slovaque Vladimir Mečiar, du Mouvement pour une Slovaquie démocratique (H.Z.D.S.). Ils négocièrent une séparation « de velours », à bien des titres exemplaire, donnant naissance, le 1er janvier 1993, à deux États souverains. Quelques semaines plus tard, Václav Havel, président de la Fédération tchéco-slovaque de 1990 à 1992, devient le chef de la République tchèque (il le restera jusqu'en 2003) et affiche sa volonté d'intégrer les structures euro-atlantiques. Par ailleurs, la République tchèque bénéficiait, au regard de l'extérieur, d'un avantage symbolique, lié notamment à sa capitale, Prague, et à son drapeau, faisant d'elle l'État successeur de la Tchécoslovaquie.

Václav Havel

Václav Havel

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En novembre 1999, Václav Havel assiste, à Prague, à un concert organisé pour fêter les dix ans de la «révolution de velours», c'est-à-dire la fin du régime communiste en Tchécoslovaquie. 

Crédits : T. Zelezny/ AFP/ Getty

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Une transformation réussie mais coûteuse (1993-1997)

La tentation de faire cavalier seul

Pour Václav Klaus, Premier ministre de 1992 à 1997, à la tête d'une coalition de conservateurs, de libéraux et de chrétiens-démocrates, la République tchèque pouvait se permettre d'agir seule, une conviction qu'il traduisit immédiatement dans les faits en rompant unilatéralement l'union douanière avec la Slovaquie dès février 1993, et en prenant ses distances avec les pays voisins du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie), considéré comme un handicap pour l'ambitieuse politique extérieure tchèque. Mais cette attitude fut en fait mal perçue en dehors du pays. L'effort se porta donc sur la libéralisation des relations commerciales entre ces pays, dans le cadre de l'Accord de libre-échange centre-européen (A.L.E.C.E.), signé le 21 décembre 1992.

Par ailleurs, la partition de la Tchéco-slovaquie avait fait de la Pologne l'acteur stratégique régional, impliquant, pour la nouvelle République tchèque, un repositionnement dans la course à l'adhésion à l'O.T.A.N. Mais l'importance des pays tchèques pour l'Alliance atlantique était négligeable, en raison notamment des changements géopolitiques (les pays voisins sont tournés vers l'O.T.A.N.) et de l'obsolescence de leur armement. Il était donc difficile pour eux, dans les années 1990, de se doter d'une doctrine de défense, sans opérer de restructuration de leur industrie d'armement. En 1997-1998, la doctrine finalement élaborée identifiait deux menaces hypothétiques pour la stabilité de l'État tchèque, l'Autriche et la Slovaquie ! Avec cette dernière, le principal contentieux, mis à part des frictions sur le partage des biens culturels, portait sur la répartition entre la République tchèque et la Slovaquie des créances relatives aux aides qui avaient été octroyées aux entreprises par le gouvernement fédéral. Implicitement, les Tchèques trouvaient que la politique pro-russe du Premier ministre slovaque Mečiar visait à gêner leurs aspirations euro-atlantiques, notamment en voulant établir une frontière entre les deux États. Quant à la Russie, qui devait 2 milliards de dollars au titre de la dette soviétique à l'État, elle ne représentait plus une menace liée à l'impérialisme politique, mais elle inquiétait par la prolifération des activités liées au crime organisé, dans le contexte de l'ouverture des marchés. Moscou servait ainsi d'épouvantail aux nouvelles élites tchèques pour asseoir leur pouvoir.

De plus, dans les relations avec l'Allemagne d'Helmut Kohl, il fallait concilier deux positions contradictoires : voir un allié incontournable en vue d'une intégration dans l'Union européenne (U.E.), sans perdre de vue que, en Bavière, la C.S.U. (Union sociale-chrétienne) au pouvoir défendait âprement les Allemands des Sudètes expulsés en 1945, et se montrait opposée à l'entrée de la République tchèque dans l'U.E. Du côté tchèque, la prééminence des investissements allemands dans l'industrie nationale et dans les médias (notamment régionaux) apportait de l'eau au moulin du chauvinisme et du nationalisme.

Un capitalisme à reconstruire avec une nation d'actionnaires

En 1993, la petite privatisation de la distribution et de l'artisanat était achevée, les biens en partie restitués aux Églises et à la noblesse « patriotique » (celle qui était restée fidèle à la République en 1938). Mais, fait sans précédent dans le monde, la privatisation de masse de centaines d'entreprises (assurant alors 70 p. 100 du P.I.B.) s'est effectuée par coupons, afin de limiter l'entrée trop massive des capitaux étrangers. Cette privatisation, opérée en deux vagues, s'acheva en 1994 sans qu'apparaissent de réels et visibles propriétaires. Les principaux bénéficiaires furent les fonds d'investissement, qui se révélèrent bien souvent incapables d'assurer la gestion des entreprises acquises. Ils les revendirent soit aux banques (encore publiques ou semi-publiques), soit à divers spéculateurs ou bien s'évadèrent dans les paradis fiscaux. Pour quelques grandes entreprises et pour les « capitaines de l'industrie tchèque », en général d'anciens dirigeants d'entreprise sous le régime communiste, ce fut le triomphe de la « voie tchèque », puisque les banques publiques leur octroyèrent des prêts qu'ils n'ont jamais remboursés. Les premiers scandales éclatent en 1996 : le cas le plus connu est celui de Viktor Kozeny, surnommé le « pirate de Prague », qui a spolié les petits porteurs de coupons de plus de 300 millions de dollars, avant de fuir aux Bahamas. Toutefois, ces choix de reconstruction du capitalisme se sont avérés payants politiquement ; même si Václav Klaus devait admettre, plus tard, que les mesures prises n'avaient pas été assorties des garde-fous nécessaires pour assurer véritablement concurrence et transparence.

Sur le plan international, le modèle tchèque est perçu comme une réussite. Le pays est membre associé de l'U.E. le 1er février 1995 et devient le premier État d'Europe centrale et orientale à être admis à l'O.C.D.E., le 26 novembre 1995. Malgré une croissante réserve à l'égard des institutions communautaires, le gouvernement Klaus dépose sa demande d'adhésion à l'U.E. en janvier 1996, et se met également à préparer son dossier d'adhésion à l'O.T.A.N.

Malgré l'approbation, venant de l'extérieur, de sa politique, le gouvernement conservateur de Klaus sort affaibli des élections législatives de juin 1996. Il n'a plus la majorité au Parlement et doit mettre en place deux programmes d'austérité économique. Les libéraux de sa coalition, aidés en sous-main par Václav Havel et le « Château » (Palais présidentiel), profitent de la montée du mécontentement populaire pour faire chuter son gouvernement. Il laisse la place, durant six mois, à un gouvernement de technocrates, mené par Josef Tosovsky, gouverneur de la Banque centrale. Ce dernier parvient à clore des dossiers brûlants laissés par son prédécesseur, tels que la dérégulation des prix de l'énergie et des loyers, la privatisation des banques et de cinq cents entreprises où l'État est encore majoritaire. L'ouverture aux capitaux étrangers est confirmée. Cependant, certains choix, effectués dans la précipitation par ce gouvernement temporaire, allaient s'avérer des gouffres financiers pour le budget de l'État : par exemple, l'entrée de Boeing dans le capital du principal constructeur aéronautique lié à l'armement Areo Vodochody en tant qu'investisseur stratégique, et dont le gouvernement a dû négocier le retrait en 2004.

Une social-démocratie rassurante

Le Parti social-démocrate (C.S.S.D.) sort gagnant des élections législatives anticipées de 1998, mais sans majorité parlementaire, suivi de près par le Parti démocratique civique (O.D.S.). Leurs leaders respectifs, Milos Zeman et Václav Klaus, font pourtant un coup de maître en formant un gouvernement minoritaire social-démocrate, assorti d'un accord, dit « contrat d'opposition », visant à stabiliser la scène politique : lors du vote du projet de budget (le déficit était limité à 10 p. 100), l'O.D.S. de Klaus s'engageait à s'abstenir en cas de vote, par les partis d'opposition, sur une motion de censure. Nombreux sont ceux, des deux bords, sans compter les médias, qui crièrent à la trahison et prédirent une courte vie à ce gouvernement. Malgré tout, sa longévité fut exemplaire et, excepté pour les déficits publics, il afficha de bons résultats : retard législatif rattrapé pour se conformer à l'acquis communautaire ; avancée des négociations en vue de l'adhésion à l'U.E. ; assainissement du secteur bancaire et des restructurations industrielles (sidérurgie, charbonnages et armement) ; taux de chômage contenu au-dessous de 10 p. 100. La reprise en main du secteur énergétique, auparavant dérégulé, permit de faire de C.E.Z., l'entreprise nationale d'électricité – promise à la vente par le gouvernement de Tosovsky –, un acteur au niveau européen. L'afflux des investissements étrangers, encouragé par des incitations fiscales et des aides publiques, figurait parmi les autres réussites de cette équipe gouvernementale. La cote de confiance du C.S.S.D. était supérieure à 40 p. 100 à la veille des législatives de 2002. Était-il alors nécessaire de conserver le « contrat d'opposition » auquel les médias restaient majoritairement hostiles ? D'autant que les débats à venir s'annonçaient houleux sur les déficits publics et commerciaux récurrents, sur la réforme fiscale et sur celle des retraites, sur les aides aux familles dans un pays vieillissant. Sans parler de la nouvelle doctrine de défense élaborée par les sociaux-démocrates, en vue de l'entrée dans l'O.T.A.N. en mars 1999, accompagnée de la création d'une armée de professionnels à partir du 1er janvier 2006, et de la signature de gros contrats d'équipements.

Nouvelles adhésions à l'O.T.A.N., mars 1999

Nouvelles adhésions à l'O.T.A.N., mars 1999

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En présence du secrétaire d'État américain Madeleine Albright (à gauche), les ministres des Affaires étrangères hongrois (Janos Martonyi, assis), tchèque (Jan Kavan, au centre), et polonais (Bronislaw Geremek, à droite), ratifient officiellement l'intégration de leurs pays à l'O.T.A.N.,... 

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Sorti vainqueur des législatives des 14 et 15 juin 2002, mais de justesse, le C.S.S.D. – et sa jeune garde (Vladimír Špidla en chef de file, et Stanislav Gross à l'Intérieur) – opta pour une coalition tripartite de centre gauche, associant l'Union chrétienne-démocrate et les libéraux de l'Union de la liberté. Le pays entra alors dans une période de turbulences politiques : Zeman fut éliminé au quatrième tour du scrutin présidentiel, victime des dissensions internes au C.S.S.D, et c'est Václav Klaus, eurosceptique convaincu, qui fut élu le 28 février 2003 en remplacement de Václav Havel, grâce à un accord tacite passé avec les communistes qui étaient tenus, jusque-là, à l'écart par les autres partis ; la débâcle du C.S.S.D. aux premières élections européennes, en juin 2004, un mois après l’entrée officielle du pays dans l’U.E., scella le sort du gouvernement de Špidla ; ce dernier démissionna et céda la place à Gross. Ce nouveau gouvernement, qui perdit les élections régionales, ne dura que quelques mois. Le pays plongea alors dans une longue crise, dont le président Klaus sortit renforcé. Il nomma Premier ministre, le 13 mai 2005, Jiri Paroubek (C.S.S.D.), qui obtenait la confiance du Parlement, à la tête d'un gouvernement de coalition avec les chrétiens-démocrates. Fort de cette approbation, il pouvait s'attaquer aux dossiers délaissés jusqu'à présent, tels que la réforme des retraites, la loi sur les conflits d'intérêt et les faillites, la lutte contre la corruption et la prostitution, ainsi qu'à la relance du dialogue avec les Églises. Mais l’équilibre politique change en 2006, avec la victoire de l’O.D.S. et l’arrivée de Mirek Topolánek à la tête d’un gouvernement de coalition avec l’Union chrétienne-démocrate et les Verts. Critiqué pour sa mauvaise gestion de la crise économique, celui-ci est remplacé en 2009 par un technocrate, Jan Fischer, jusqu’aux législatives de juin 2010 et à la formation d’une coalition de droite conduite par Petr Nečas (O.D.S.), dont les priorités sont de stopper l’endettement de l’État et d’assainir les finances publiques. En janvier 2013, lors du premier scrutin au suffrage universel direct, Milos Zeman, figure de la « révolution de velours » de 1989 et candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2003 et de 2008, est élu président de la République. Doté de pouvoirs limités, il cohabite peu de temps avec le Premier ministre de centre droit, car celui-ci démissionne en juin, en raison d’une affaire de corruption touchant une de ses proches. Le Premier ministre – un économiste, Jiří Rusnok – nommé par le président n’obtient pas, en août, la confiance de la Chambre des députés. Jiří Rusnok présente sa démission tandis que la Chambre vote sa dissolution. À l’issue des élections législatives anticipées d’octobre 2013, le Parti social-démocrate revient au pouvoir et son leader, Bohuslav Sobotka, est nommé chef du gouvernement en janvier 2014.

Les résurgences du passé

Bien que la commémoration de la « révolution de velours » ait de moins en moins d'adeptes, elle est l'occasion de campagnes visant à interdire les symboles et l'idéologie communistes, comme l'a demandé, par exemple, en février 2005, un groupe de sénateurs et d'anciens leaders étudiants, par le biais d'une pétition. Mais certains s'interrogent sur la pertinence d'une proposition de loi qui vise à criminaliser un parti politique ayant obtenu 18,5 p. 100 des suffrages aux législatives de 2002, et 20 p. 100 aux européennes de 2004. La participation électorale chute et la popularité de certaines institutions comme le Sénat ou l'armée s'effondre. La société tchèque devient apathique et se désintéresse des affaires publiques.

Par ailleurs, les relations de l'État avec les vingt et une Églises reconnues, dans un pays où moins d'un tiers d'habitants déclarent être croyants, font régulièrement l'actualité, notamment du fait des aspirations hégémoniques de l'Église catholique. En 1995, le pape Jean-Paul II déclara les pays tchèques « terres de mission ». Cela fait plus de dix ans que le Vatican propose, en vain, un traité bilatéral et que la question du financement des cultes n'est pas réglée. En 2005, l'État réaffirma le principe d'égalité de traitement devant la loi, y compris pour les Églises, en attendant de régler la question des biens encore à restituer (3 312 biens immobiliers, dont 2 959 à l'Église catholique). La situation est d'autant plus complexe qu'il n'existe pas de séparation entre l'État et l'Église.

De même, des ressentiments persistent, soixante ans après l'expulsion des Allemands des Sudètes au sortir de la Seconde Guerre mondiale, sujet tabou sous le régime communiste et qui est devenu objet de manipulations partisanes dans les années 1990. De 1995 à 1997, une commission mixte tchéco-allemande d'historiens a évalué le nombre de morts victimes des transferts entre 20 000 et 30 000 sur les 3 millions d'expulsés. Pour les uns, c'était une « épuration ethnique », pour les autres des « abus et excès » liés au nazisme. La question n'est pas réglée, malgré la signature, le 21 janvier 1997, de la Déclaration commune tchéco-allemande, dans laquelle Prague et Berlin se sont excusés pour les torts du passé. Les « décrets Benes » de 1945, sur la citoyenneté des Allemands des Sudètes et des Magyars et la confiscation de leurs biens, ont refait surface. Les associations d'expulsés (en Bavière et en Autriche) demandent leur abrogation, mais les Tchèques les considèrent comme intangibles. Les demandes d'indemnisations et de restitutions des biens confisqués en 1945-1946 sont discrètement relayées par le Parti populaire européen au Parlement de Strasbourg. Toutefois, des gestes de conciliation sont amorcés de part et d'autre, afin d'éliminer les démons de la révision.

Les défis à relever

Après un siècle d'histoire chaotique, il reste à la République tchèque un certain nombre de défis, parmi lesquels figure la volonté d'enrayer le vieillissement de la population. En 2004, un rapport officiel indiquait que, pour la première fois depuis 1994, la population avait cessé de diminuer. Les enfants de moins de quinze ans (20 p. 100 en 1990) ne représentent plus que 14,4 p. 100 de la population (2011), et il n'existe pas de relève de génération pour les femmes nées dans les années 1970. Aussi, depuis 2003, un programme étatique vise à attirer 25 000 immigrants par an, car le gouvernement estime que ce ne sont pas les travailleurs clandestins, moteurs de l'économie souterraine, qui peuvent influer sur la situation démographique.

La République tchèque reste, parmi les pays de l'O.C.D.E., celui qui compte le moins de pauvres (8 p. 100 de la population), même si 17 p. 100 des Tchèques se considèrent comme tels. Parmi eux, on compte 175 000 Tsiganes-Roms sur les 250 000 à 300 000 vivant dans le pays, dont la cohabitation avec une population ne cachant pas son aversion pour les étrangers en général, et les Roms en particulier, est un vrai défi pour l'avenir.

Enfin, la lutte contre la corruption reste un enjeu important. Celle-ci a fini par gangrener les services publics, le B.T.P., la police et le monde politique. Les parlementaires restent, pour l'instant, à l'abri, puisqu'ils ont voté une loi sur leur propre immunité à vie, à la quasi-unanimité.

(Voir également TCHÈQUE république, chronologie contemporaine)

—  Jaroslav BLAHA

Littérature

Expression d'une communauté de taille moyenne mal placée en Europe centrale, l'espace de liberté de la littérature tchèque a toujours été fonction de la situation générale des pays tchèques (Bohême, Moravie, Silésie) ; dans les circonstances dramatiques, elle dut même suppléer l'absence de porte-parole légitimes pour manifester sentiments et aspirations profondes de la nation.

Son évolution est complexe et unique : elle éclôt au ixe siècle avec le vieux-slave, mais se sert rapidement du latin qui, dès la fin du xiiie siècle, doit coexister avec la langue nationale ; de plus, dès ce même xiiie siècle, l'allemand arrive avec des colons, puis, à la suite de la défaite de la Montagne Blanche (1620), menace de l'emporter au xviiie siècle, mais disparaît finalement avec l'horreur du nazisme. Sur un autre plan, cette littérature d'un pays catholique devient, du xve au début du xviie siècle, celle d'une nation à majorité hussite et protestante pour redevenir, vaincue par la Contre-Réforme, catholique.

En permanence sur ses gardes, obligée de se défendre, ses réactions nationalistes sont corrigées et maîtrisées par l'esprit humaniste et universaliste de ses plus éminentes figures, tels Hus, Chelčický, Comenius, Dobrovský, Kollár, Havlíček, Palacký, Masaryk, Šalda, Patočka, Černý...

Faut-il lui reprocher son penchant au « moralisme », son souci de la justice sociale, sa solide tradition populaire, conséquences du grand élan d'une religion authentiquement vécue et de la disparition prématurée, après 1620, de presque toute sa noblesse nationale et de ses couches aisées, victimes de la germanisation ? L'épanouissement d'une poésie épique, la recherche de pures beautés formelles sont sans doute contrariés. En revanche, un rare souffle spirituel et métaphysique se révèle dans plusieurs œuvres du xive siècle, chez Comenius et dans la poésie de Bridel, Mácha, Vrchlický, Březina, Hora, Zahradníček, Palivec, Holan...

Les vicissitudes connues au long du xxe siècle semblent le confirmer : littérature et culture tchèques doivent continuer à assumer leur périlleux destin fait de bouleversements, d'incertitudes, de luttes, d'exils et de brefs moments de répit et de relative liberté...

Débuts en vieux-slave

Le christianisme, introduit chez les Slaves de la Moravie et de la Slovaquie avant 800 et un peu plus tard en Bohême, n'a apparemment pas laissé trace d'activité littéraire en latin. C'est donc le « vieux-slave » qui devient la première langue littéraire avec l'écriture « glagolitique » élaborée (à la demande de Rastislav à Byzance) par Constantin-Cyrille, Grec de Salonique. En 863, avec son frère Méthode, ils apportent en Grande-Moravie les premières traductions qu'ils enrichissent avec leurs disciples : Évangiles (avec un singulier Prologue-Proglas′ rimé), prières, canons, chants, textes juridiques... Après la mort des deux apôtres (respectivement 869 et 885), une Vie de Cyrille et une Vie de Méthode, textes fondamentaux, sont composées par deux auteurs anonymes. Méthode disparu, Svatopluk, sous la pression du clergé latino-franc, chasse leurs disciples. La majeure partie d'entre eux fuit vers la Bulgarie, d'autres s'échappent en Croatie et en Bohême (témoin, un fragment de missel datant d'environ 900, conservé à Kiev).

Les Tchèques de Bohême (les Přemyslides se séparent de la Grande-Moravie en 894) utilisent alors deux langues liturgiques, le latin et le vieux-slave. Celui-ci est la langue des premières légendes (env. 940) sur leurs martyrs : Vie de sainte Ludmila (  920) et Vie de saint Venceslas (duc,   929). Vers l'an mille apparaît le plus ancien chant tchèque en vieux-slave, d'une longueur de 8 vers, Seigneur, aie pitié de nous !, qui se rapproche de la langue parlée. Au cours du xie siècle, divers textes ou prières sont encore adaptés du latin (Fragments glagolitiques de Prague notamment). En 1097, le monastère de Sázava fondé par saint Procope, dernier foyer « slave » en Bohême, est occupé par les bénédictins « latins « : le bilinguisme liturgique et littéraire a alors vécu, le latin triomphe.

Littérature latino-tchèque

Le latin trouve ses premières expressions originales dans la seconde moitié du xe siècle (l'évêché de Prague est fondé en 973). Des légendes (inspirées des œuvres vieux-slaves) sont consacrées aux saints Venceslas et Ludmila. Avant l'an mille, c'est une magnifique légende, presque une chronique, Vita et passio sancti Venceslai et sanctae Ludmilae aviae eius : le moine Christianus (Kristián) s'y révèle un excellent styliste, défenseur du vieux-slave. Au siècle suivant, nouvelle légende de sainte Ludmila mais aussi les premières annales historiques, des écrits juridiques. Par ailleurs, les travaux des copistes sont rehaussés, comme en Occident, de splendides enluminures, tel le Codex de Vyšehrad exécuté pour le couronnement de Vratislav II en 1085.

Le xiie siècle apporte de nouvelles légendes, consacrées notamment aux saints Procope et Adalbert-Vojtěch (deuxième évêque de Prague, ami de Gerbert d'Aurillac, de Mailleul de Cluny, pèlerin de Saint-Benoît, Saint-Denis, apôtre des Magyars et des Polonais, assassiné en 997), l'Homiliaire d'Opatovice, etc. Il est surtout marqué par deux œuvres : la Chronica Boëmorum de Kosmas (1045-1125), érudit doyen du chapitre de Prague, ancien étudiant de Prague et de Liège : narration vivante et variée, non sans quelques défauts et passions, elle est à l'origine de l'historiographie nationale (sa chronique a d'ailleurs quatre continuateurs). À la fin du siècle, l'Office de Saint-Georges enregistre la visitatio sepulchri représentée au couvent des bénédictines de Saint-Georges (fondé au Château de Prague vers 963) : premier et précieux témoignage des « jeux liturgiques » de Pâques, variante intéressante et remarquée dans le développement du théâtre occidental.

Envolée du tchèque littéraire

Des environs de 1200 datent les trois premières strophes du second grand chant spirituel, Saint Venceslas, duc du pays de Bohême. Il est, pendant des siècles, chant national et symbole de l'État, aujourd'hui encore chanté avec ferveur.

Le latin domine toujours dans les écrits, troublé quelque peu par la poésie des minnesingers allemands invités à la cour des derniers Přemyslides. Le parler tchèque – qui s'infiltre lentement dans les prières et certaines parties de l'Évangile – s'impose dès la seconde moitié du xiiie siècle comme langue littéraire avec deux poésies spirituelles, la Chanson (dite) d'Ostrov, la Prière (sur l'Eucharistie) dite de Cunégonde.

Tout au long du xive siècle, ce vieux-tchèque produit une impressionnante série d'œuvres de valeur. Des « adaptations », toutes remaniées, de thèmes occidentaux (surtout français) : le vaste Roman d'Alexandre (env. 1300), épopée chevaleresque de « haut style », fortement actualisée et « bohémisée » ; des cycles de légendes (Legenda aurea, etc.) ; les trois versions de la Dispute de l'âme et du corps ; la Farce de l'Herboriste (Mastičkář, env. 1325 et 1350), scène caractéristique de l'évolution des « jeux liturgiques » de Pâques où se mêlent depuis peu latin et tchèque ; la Légende de sainte Catherine (env. 1360), vrai chef-d'œuvre de poésie, de pensée et de mysticisme ; Tristram et Isalda ; plusieurs recueils d'« exemples » (Gesta Romanorum, les Contes d'Olomouc d'origine locale), etc. Parmi les œuvres originales, citons la classique Chronique du dit Dalimil (début du siècle), de forme rimée et d'inspiration patriotique, qui devait être très copiée ; la Légende de saint Procope, de nombreux poèmes didactiques, satiriques (Le Palefrenier et l'étudiant, etc.), allégoriques (Le Nouveau Conseil de Smil Flaška de Pardubice [  1403]) ; des poèmes d'amour, jaillis du terroir ou reflet lointain de la poésie courtoise d'Occitanie, avec la plainte émouvante de la Chanson de Záviš ; enfin la dispute philosophique de Tkadleček (Tisserand) avec la Malchance sur le libre arbitre, sommet de la prose tchèque du xive siècle.

Il faut encore citer Tomáš de Štítné (env. 1333 – env. 1404). Ancien étudiant de l'université de Prague, il compose, compile, plusieurs recueils de traités, dialogues et discours sur les articles de la foi, leur application dans la vie. Sans être d'une grande originalité, ces écrits font de Tomáš un classique de la prose vieux-tchèque. De surcroît, il est l'un des premiers laïcs européens à oser traiter des sujets théologiques en langue nationale. La perfection de cet instrument est prouvée avec la traduction de l'ensemble de la Bible (env. 1370) par un groupe de savants (la troisième en Europe après les traductions française et italienne !). À remarquer encore que les Slovaques (incorporés à la Hongrie depuis le xie s.) adoptent le tchèque comme langue littéraire et administrative.

La littérature latino-tchèque reste toutefois vivace : genres religieux habituels mais également traités et sermons qui s'inscrivent dans le mouvement réformateur plus large (Jan Milíč de Kroměříž, etc.) ; floraison de chroniques (notamment celles du monastère royal de Zbraslav, de František de Prague, de Beneš de Weitmile, de Přibík Pulkava) ; vocabulaires et glossaires destinés aux étudiants de l'université de Prague, la première à l'est de Paris et au nord des Alpes, fondée en 1348 par le roi et empereur Charles IV (1316-1378). Lui-même mécène et lettré, il écrit en latin une légende du patron de la Bohême, saint Venceslas, et son Autobiographie.

Époque hussite et posthussite

Ce fulgurant développement littéraire et culturel, lié à l'essor du royaume sous le règne des Luxembourg, est interrompu par le mouvement hussite. Phénomène rare, une nation entière s'embrase pour réaliser la parole de Dieu sur terre, brave pendant quinze ans l'Europe catholique, mais finit par sombrer dans un affrontement fratricide entre radicaux et modérés (1434) ! La primauté des questions religieuses, morales et aussi sociales et nationales, la rupture des relations avec l'Occident, ont des conséquences fâcheuses sur la littérature et les arts, même si le tchèque élargit son audience. Ce ne sont que traités, sermons, satires, parodies, disputes (par exemple, celle, célèbre, entre la Prague hussite et la Kutná Hora catholique), chansons spirituelles, de propagande ou de guerre (la plus fameuse en est Ceux qui sont les combattants de Dieu, notée dans le Cantionnaire [dit] de Jistebnice). Le latin perd du terrain ; se remarquent surtout les textes de Petr de Mladoňovice sur la mort, à Constance, de Jan Hus et de Jérôme de Prague, une chronique et un vaste poème par Vavřinec de Březová sur la victoire de 1431, ainsi que des manifestes hussites envoyés en Occident.

Deux personnalités incarnent au plus haut degré la spiritualité et une conception spécifique de l'Église, de la société, de la vie chrétienne « évangélique « : Jan Hus (1371-1415), principal inspirateur de la Réforme tchèque, maître et recteur de l'Université, éloquent prédicateur. Il rédige plusieurs traités théologiques en latin (notamment De ecclesia, 1413) et en tchèque ; de surcroît remarquable styliste avec son recueil de « sermons littéraires » (Postilla, genre spécifiquement tchèque, très populaire), ses lettres d'un intérêt plus large que documentaire (Luther préfacera leur édition), il réforme l'orthographe et unifie la langue tchèque.

Petr de Chelčice (env. 1390-1460), premier véritable philosophe tchèque, est un penseur de la non-violence. Il repousse le radicalisme taborite, revient à l'Évangile, au christianisme primitif : il rejette l'État, les arts, les tribunaux, le commerce, la guerre, la peine de mort... Outre une Postilla, il donne plusieurs traités (Filet de la vraie foi, etc.). Son enseignement (que Tolstoï découvrira avec surprise) est à la base de la première communauté (1457), puis de « l'Unité des Frères Bohêmes », petite Église qui marquera si profondément la culture et la conscience morale de la nation.

Humanisme et Renaissance

En attendant la réconciliation avec les lettres et les arts, l'Unité des Frères est, tout comme les hussites utraquistes, un élément retardataire dans l'éclosion de l'humanisme et de l'esprit de la Renaissance. Certes, des dizaines d'auteurs écrivent, versifient en latin (Jan de Rabštejn, l'érudit Bohuslav Hasištejnský de Lobkovice [  1510], Jan Kampanus, etc.) ou en tchèque (le poète Hynek de Poděbrady [  1492], le juriste Viktorin Kornel de Všehrdy [  1520], etc.), mais la pression de l'esprit religieux et didactique freine l'épanouissement d'un lyrisme personnel ou naturiste. La littérature et l'édition connaissent cependant une abondante floraison, dominée par l'archiviste et l'évêque des Frères, Jan Blahoslav (1523-1571), auteur de nombreux traités théologiques, d'une nouvelle traduction du Nouveau Testament, d'une Grammaire tchèque, d'un ouvrage théorique Musica, coauteur et coéditeur d'un fondamental Cantionnaire (1561, 1564).

La faveur des lecteurs va aussi aux chroniques, surtout à celle du prêtre patriotique et antihussite, Václav Hájek de Libočany (1541), aux nombreuses relations de voyages au Proche-Orient (Prefát de Vlkanov, Harant de Polžice...), aux innombrables livres de divertissement populaire. Un pasteur luthérien, Pavel Kyrmezer (  1589) écrit ou adapte plusieurs « comédies » bibliques pour le théâtre – dont les jésuites se servent par ailleurs habilement comme moyen de propagande.

Ce xvie siècle vit en même temps une extraordinaire expansion de l'imprimerie (introduite en Bohême vers 1470) et de l'édition (Daniel Adam de Veleslavín, etc.). L'œuvre majeure en demeure l'édition de la nouvelle traduction de la Bible, par un groupe de théologiens de l'Unité des Frères, à leur imprimerie de Moravie – d'où Bible de Kralice (en 6 volumes, 1579-1594) : par ses qualités, elle restera longtemps, même en Slovaquie, modèle et norme de la langue littéraire.

Baroque et « ténèbres »

La défaite de la révolte des États tchèques à la Montagne Blanche (1620) bouleverse cette évolution : les conséquences, terribles pour le royaume, privé d'une bonne partie de sa noblesse, dépouillé de ses prérogatives par les Habsbourg, sont tragiques pour la littérature. Elle se scinde en deux branches : l'une, celle de l'exil, disparaîtra (sauf en Slovaquie), l'autre, celle de l'intérieur, aboutira à une situation critique vers le milieu du xviiie siècle.

La population non catholique, majoritaire avant 1620, fuit une Contre-Réforme impitoyable. Parmi elle, de nombreux intellectuels et écrivains, dont Jiří Třanovsky (  1637), réfugié en Slovaquie ; il publie le recueil Cithara sanctorum. Chants spirituels anciens et nouveaux, réédité depuis 1636 plus de cent soixante-dix fois. Mais, au premier plan figure Jan Amos Komenský (Comenius, 1592-1670). Outre une œuvre pédagogique toujours vivante, un système de tout savoir humain, la pansophie, dont la finalité est l'harmonie universelle, Comenius écrit une belle allégorie, Le Labyrinthe du monde et le paradis de l'âme (1623), complétée par le Centre de sécurité ; après les déceptions de la paix de Westphalie, le dernier évêque des Frères publie Le Testament de l'Unité, mère mourante (1650), L'Unique nécessité (1668), un Recueil de cantiques (1659), chef-d'œuvre du genre tant cultivé par les Frères, des sermons, une autobiographie...

Dans les pays tchèques, épuisés par l'exode et les ravages de la guerre de Trente ans (en 1648, la population a diminué de 40 p. 100), la littérature poursuit d'abord sur sa lancée d'avant 1620 et donne d'éclatantes fleurs de la poésie baroque : le compositeur Adam Michna d'Otradovice (1600-1676) imprègne ses trois recueils de chansons d'un érotisme spirituel ; le jésuite Bedřich Bridel (1619-1680) touche les profondeurs mystiques dans un extraordinaire poème sur la vanité des choses terrestres Qu'est-ce que Dieu ? Qu'est-ce que l'Homme ? (1658) ; un autre jésuite patriote, fécond historien, Bohuslav Balbín (1621-1688), tente de défendre sa langue maternelle, mais son Dissertatio apologetica... ne peut paraître qu'un siècle plus tard (1775).

En ces temps de la Contre-Réforme et du baroque (architectural, plastique, musical) triomphants, le tchèque, refoulé par l'allemand et le latin, privé de ses élites sociales, germanisées, ne reste vivant qu'au niveau populaire dans ses moyens respectifs : cantionnaires, « postillas », Bible dite de saint Venceslas, théâtre (surtout jésuite), livres de colportage. Pourtant, dans ce peuple des campagnes et des faubourgs naissent, anonymes, de nombreuses chansons, des légendes et des récits sur les héros des révoltes paysannes, sur le chef hussite Žižka, sur les chevaliers de saint Venceslas qui libéreront un jour la patrie... Et des paysans lettrés consignent les événements qu'ils observent.

Toute cette « littérature » populaire fait partie de l'histoire littéraire, d'autant que le siècle suivant va la recueillir et s'en inspirer. Sans elle, vers le milieu du xviiie siècle, la continuité de la littérature tchèque serait peut-être rompue.

Renaissance nationale

Vers 1775, s'amorce un sursaut national aux causes complexes. Réaction aux initiatives apparemment contradictoires de Marie-Thérèse et de Joseph II : d'une part des réformes religieuses, scolaires et surtout sociales avec l'Édit de tolérance et l'abolition du servage, de l'autre des efforts de centralisation administrative et de germanisation. Parallèlement s'opère la pénétration des idées « éclairées », allemandes (surtout Herder) ou françaises (Montesquieu, Voltaire, Rousseau, celles de la Révolution).

Les éveilleurs ont fort à faire. Josef Dobrovský (1753-1829), savant grammairien, historien et critique littéraire, fondateur de la slavistique scientifique, écrit en latin et en allemand car il ne croit guère aux possibilités littéraires du tchèque. Il faut la vigoureuse impulsion de Josef Jungmann (1773-1847), avec ses écrits théoriques, ses excellentes traductions – celle d'Atala de Chateaubriand (1805) a un rôle capitale – et son Histoire de la littérature tchèque (1825) pour que s'enfle le mince courant de création.

Obligés de résister à la présence germanique envahissante, en quête d'inspiration en Occident et dans l'Est slave, certains romantiques patriotes reprennent, eux aussi, l'idée de « faux » manuscrits pour démontrer l'ancienneté du passé culturel national : « découverts » effectivement en 1817-18, ils provoquent un bel enthousiasme... Le Slovaque Jan Kollár (1793-1852) avec sa Fille de Sláva (4 éditions de 1824 à 1852, toujours augmentées) est le chantre vénéré de l'avenir radieux des Slaves ; toutefois, son essai sur la « solidarité slave » (1836) limite celle-ci au seul domaine culturel. František Ladislav Čelakovský (1799-1852) recueille, assimile la forme et l'esprit des chansons populaires slaves pour en donner deux beaux recueils d'« échos » russes (1829) et tchèques (1839). De façon analogue, mais pénétrant le fond moral de cette création populaire, Karel Jaromír Erben (1811-1870) donne de saisissantes ballades dans son Bouquet (1853). Erben est aussi l'un des rares amis et défenseurs d'un des plus purs génies poétiques tchèques, Karel Hynek Mácha (1810-1836), dont le chef-d'œuvre demeure le long poème romantique Mai (1836), aux métaphores et aux contrastes suggestifs, à la musicalité sans pareille, à la résonance métaphysique et humaine désespérée. Tout différents sont les épigrammes et les poèmes satiriques de Karel Havlíček (1821-1856), fondateur courageux du journalisme démocratique tchèque moderne ; il fustige ses compatriotes patriotards ou panslaves fumeux mais surtout le régime habsbourgeois qui le déporte au Tyrol.

Josef Kajetán Tyl (1808-1856) stimule par ses pièces historiques (sur Hus, Žižka...) ou à contenu social et ses récits patriotiques. Le meilleur de la prose d'alors se trouve dans les recueils de contes de fées tchèques et slovaques et surtout dans les récits de la vie populaire de Božena Němcová (1820-1862). Son maître livre, la Grand-mère (1855), souvenir embelli, idéalisé de sa jeunesse, propose un beau et harmonieux type de femme du peuple tchèque, généreuse, lumineuse, forte de sa sagesse et de sa conviction religieuse. Modèle de style, telle est, enfin, l'œuvre du Michelet tchèque, František Palacký (1798-1876), en particulier sa monumentale Histoire de la nation tchèque dont la version tchèque commence à paraître en 1848. Lors des événements de cette année-là, il est spontanément reconnu comme porte-parole et chef politique de la nation.

Émancipation

Le « printemps des nations » réprimé, la vie politique et littéraire ne reprend que vers 1860. Sous le signe de Mácha, toute une génération – dite de « Mai » – tente de rejoindre l'horizon européen. Son animateur, Vítězslav Hálek (1835-1874) est un auteur facile et heureux. L'avenir lui préférera son ami Jan Neruda (1834-1891) qui s'impose par la langue sobre de ses recueils poétiques, de ses récits dominés par ses attachants Contes de Malá Strana (1878), toujours sans ride, de ses feuilletons culturels ou de voyage (Paris, 1863). Dans les proses de Karolina Světlá (1830-1899), les femmes obéissent aux impératifs moraux. Si, avec ses « romanettos » (Le Cerveau de Newton [1877], etc.), Jakub Arbes (1840-1914) invente la science-fiction tchèque, il marque aussi l'évolution du roman social.

La génération qui prend la relève se scinde en une « école nationale » et une « école cosmopolite ». Svatopluk Čech (1846-1912) exalte l'idée nationale et slave dans ses poèmes allégoriques et historiques, dans ses contes en vers patriotiques ; ses Chants de l'esclave (1895) célèbrent la liberté et fouettent les énergies. Simultanément, plusieurs écrivains raniment la prose historique : leur chef de file, Alois Jirásek (1851-1930) fait revivre l'épopée hussite, les « ténèbres », la renaissance nationale.

L'immense œuvre, originale et traduite, des « cosmopolites » met, enfin, les lettres tchèques au diapason de l'Europe occidentale. Outre ses poésies noblement intimistes, méditatives, patriotiques, Josef Václav Sládek (1845-1912) traduit remarquablement des Américains et des Anglais, dont presque tout Shakespeare. Le mystique solitaire et romantique attardé, Julius Zeyer (1841-1901), d'ascendance alsacienne, désire ardemment ressusciter, dans ses cycles épiques, les vertus médiévales d'honneur et de chevalerie tchèques (Vyšehrad, etc.), françaises (Épopée carolingienne), celtes, provençales ; des thèmes légendaires, historiques, animent ses pièces, récits et romans ; Jan Maria Plohar (1891) laisse deviner son âme tourmentée. Enfin, Jaroslav Vrchlický (1853-1912) est l'un des plus grands, en tout cas le plus abondant et le plus varié des poètes tchèques. Ses Fragments d'épopée, cycle de plus de vingt recueils contemplatifs et philosophiques, s'inspirent de la Légende des siècles de Hugo, son modèle ; ses traductions d'une vingtaine de langues, avant tout du français (son anthologie de 1877 fait date), ses innombrables articles et études littéraires parachèvent l'action émancipatrice des cosmopolites.

La démarche analogue – l'occidentalisation de la pensée tchèque – est accomplie par le professeur Tomáš Garrigue Masaryk (1850-1937). En même temps, il contribue au rejet définitif des « faux » manuscrits, repense la « philosophie nationale » de Palacký, analyse le romantisme européen, Musset, Zola, Dostoïevski... L'étreinte germanique est brisée, l'esprit provincial repoussé.

Épanouissement

Deux traits frappent dans la génération qui monte au milieu des années 1890. D'une part, l'apparition d'une véritable critique avec František Xaver Šalda (1867-1937). En affinité avec l'esprit français, ce maximaliste sur le plan artistique et éthique, souverainement indépendant, incarne pendant plus de quarante ans la conscience des lettres tchèques et demeure leur référence primordiale.

D'autre part, l'étonnante diversification de talents et de tendances. Josef Svatopluk Machar (1864-1942) se veut poète réaliste mais aussi politique et philosophique dans le cycle La Conscience des siècles, à l'exemple de Hugo et de Vrchlický. Autour de 1900, Petr Bezruč (1867-1958) publie une série de poèmes réalistes et symbolistes, réunis ensuite dans son unique mais exceptionnel recueil des Chants de Silésie. Il y crie sa révolte contre l'oppression de son peuple du bassin industriel d'Ostrava alors que son cœur saigne d'un amour déçu. Autre est l'explosion des cinq recueils (1895-1901) jaillis de l'âme mystique du solitaire Otokar Březina (1868-1929), qui prend place aux côtés des grands symbolistes européens. Le sensitif Antonín Sova (1864-1928) touche par son lyrisme impressionniste et méditatif, qui colore son rêve d'une humanité future fraternelle. Viktor Dyk (1877-1931) surmonte un scepticisme de fin de siècle et s'affirme un défenseur combatif de l'honneur national. Après des années de « vagabondages » (notamment en France), Karel Toman (1877-1946) revient aux hommes de sa terre natale pour qui il veut une société juste ; il le dit avec une sobriété classique, dans la lignée de Neruda. Une simplicité toute franciscaine émane des vers de Jakub Deml (1878-1961), par ailleurs prosateur virulent à la Léon Bloy. L'adolescence et la jeunesse trouvent une résonance sensible dans les poèmes, les romans et les pièces de Fráňa Šrámek (1877-1952). Le non-conformiste Stanislav Kostka Neumann (1875-1947) est successivement « décadent », anarchiste, chantre de la nature et de la civilisation, puis propagateur du bolchevisme qu'il rejette en 1929 pour y revenir, pourfendre Halas et Gide...

Cet éventail est à compléter par la descendance du naturalisme (Vilém Mrštík [1863-1912] ; Karel Matěj Čapek-Chod [1860-1927], peintre sans complaisance de divers milieux sociaux ; Anna Maria Tilschová [1873-1957], analyste des milieux bourgeois, intellectuels et même ouvriers, etc.), par une lignée de narrateurs qui se penchent avec amour sur la vie populaire (K.V. Rais, A. Stašek, T. Nováková, J. Holeček, J. Herben, J. Š. Baar...), enfin par des écrivains qui, écartant le naturalisme et le plat réalisme, se tournent vers l'analyse psychologique des êtres, telles les deux amies de Šalda, Růžena Svobodová (1868-1920) mais surtout Božena Benešová (1873-1937) ; avec un style consommé et un profond sens éthique, elle donne, entre autres, un triptyque romanesque sur l'arrière pendant la Grande Guerre où les Tchèques attendent, espèrent et luttent pour leur libération.

La tourmente mondiale ne laisse pas les écrivains inactifs : Dyk, Machar et Bezruč connaissent la prison autrichienne ; Čapek, Dyk, Hanuš Jelínek traduisent la poésie française en signe de solidarité ; le « Manifeste des écrivains » de mai 1917 réunit 222 signatures ; en avril 1918, Jirásek lit le « Serment national » et, en décembre, dans Prague libérée, il accueille Masaryk, chef de la résistance extérieure. Plusieurs écrivains mobilisés, faits prisonniers ou déserteurs, entrent dans la « légion tchécoslovaque » en Russie.

Rudolf Medek (1890-1940) en tire une épopée héroïque, légendaire : Anabase (5 vol., 1921-27). Josef Kopta (1894-1962) et František Langer (1888-1965 ; également l'un des premiers auteurs dramatiques de l'entre-deux-guerres) mettent dans leurs témoignages plus de réalisme et de psychologie. Jaroslav Hašek (1883-1923), transfuge de la « légion » à l'Armée rouge, écrit l'extraordinaire chef-d'œuvre des aventures du Brave soldat Chvéïk (Švejk, 1921-1923), devenu type universel de résistant très particulier à la machine militaire, bureaucratique, broyeuse des hommes. Šrámek, Karel Konrád (1889-1957), Čestmír Jeřábek (1893-1981) témoignent des sentiments des soldats tchèques enrôlés dans l'armée autrichienne, et Vladislav Vančura (1891-1942) fait paraître un roman violemment antimilitariste, Champs de labour et de guerre (1925).

En pleine liberté

Alors que s'écrit ce chapitre de « littérature de guerre et de libération », la vie intellectuelle et artistique évolue dans le climat d'une démocratie libérale, pluraliste, tolérante.

Šalda reste le maître incontesté, sévère, stimulant, ouvert, de la critique ; le traditionaliste Arne Novák (1888-1939) domine l'histoire littéraire ; le théoricien Karel Teige (1900-1951) anime plusieurs mouvements (Association Devětsil, poésie « prolétarienne », « poétisme », surréalisme) ; Jan Mukařovský (1891-1975) élabore un « structuralisme littéraire », Roman Jakobson, venu de Russie, contribue grandement à la linguistique et à la poétique tchèque (École de Prague).

La poésie « prolétarienne », d'inspiration révolutionnaire et marxiste, conduite par Jiří Wolker (1900-1924), est de courte durée. Ses préoccupations sévères sont refoulées (1924) par un mouvement d'avant-garde, le « poétisme « : il affranchit les sens, l'imagination, incite au jeu, à la joie de vivre dans le monde moderne, et, en même temps, libère le langage. Inspirés surtout d'Apollinaire, ses chefs de file sont Jaroslav Seifert (1901-1986) et Vítězslav Nezval (1900-1958). Seifert trouve cependant, dès avant 1930, sa voie personnelle dans l'expression sensible des émotions, des joies et drames nationaux, des beautés de Prague, des évocations de Masaryk, de Němcová, de Mozart... Nezval, par contre, débouche logiquement sur le surréalisme (le groupe se constitue en 1934) pour rompre brutalement sur ordre de son parti (1938).

Dégagé de son « prolétarisme » tout moral, Josef Hora (1891-1945) fait entendre une poésie de plus en plus intériorisée, cosmique, immergée dans le flux bergsonien du temps (Cordes au vent [1927], Variations sur Mácha [1936]). František Halas (1901-1949) profite de la leçon « poétiste », mais il ressent douloureusement l'anxiété de l'existence humaine de ces années trente (Le coq effraie la mort, 1930). Le pessimiste Vilém Závada (1905-1982) suit un itinéraire similaire. La vocation du mélancolique Vladimír Holan (1905-1980) le conduit à une méditation métaphysique portée par une recherche osée sur le plan lexical, syntaxique et formel (Antre des mots, titre commun de ses premiers recueils). Dans la lignée de Březina, la spiritualité catholique retrouve sa haute expression avec Jan Zahradníček (1905-1960).

Si la poésie reste à l'honneur, incontestablement, la prose et le théâtre bénéficient plus encore des conditions nouvelles. Aux auteurs déjà cités – Hašek, Langer, Benešová, etc. –, d'autres s'ajoutent. Karel Čapek (1890-1938), considéré à juste titre (non seulement pour son amitié avec Masaryk) comme l'écrivain qui symbolise la première République humaniste, délivre une œuvre variée, brillante, souvent originale ; près de la moitié de ses romans et de ses pièces (certaines écrites avec son frère Josef) relèvent de la science-fiction et anticipent les problèmes angoissants de l'humanité (robots, énergie atomique, totalitarismes...). Tandis que Čapek rapproche son expression du langage parlé, le catholique Jaroslav Durych (1886-1962) fait valoir son art de styliste baroquisant pour renouveler le roman historique (Errances, 1929). À partir du langage médiéval et de la Renaissance, Vladislav Vančura forge son propre style archaïsant, majestueux et lyrique (Jan Marhoul, le boulanger, 1924). À l'inverse de Vančura, l'art narratif de Ivan Olbracht (1882-1952) réside dans sa singulière pénétration psychologique de destins individuels (Nikola Šuhaj, le brigand, 1933). Marie Majerová (1882-1967) s'intéresse aux problèmes des femmes, à l'anarchisme, à l'utopie révolutionnaire, à la vie ouvrière (Sirène, 1935). Jan Čep (1902-1974) nourrit ses proses d'une pure spiritualité (La Frontière de l'ombre, 1935). Proche de Kafka et de Dostoïevski, Egon Hostovský (1908-1973) sonde le psychisme des êtres marginaux (L'Incendiaire, 1935). Un cas à part reste Richard Weiner (1884-1937) qui, traumatisé par la guerre, plonge dans le subconscient et l'irrationnel. En outre, nombre d'auteurs sont sensibilisés aux problèmes sociaux nés de la dépression économique mondiale qui frappe durement les pays tchèques, très industrialisés. De même, les « ruralistes » (Josef Knap, etc.) tentent d'actualiser le traditionnel récit paysan.

Occupation et Libération

Dans l'atmosphère d'un pays écrasé par les accords de Munich, le démembrement et l'occupation nazie, les poètes – de Hora et Seifert à Halas, Holan et Zahradníček – disent sobrement, avec dignité, les sentiments d'un peuple abandonné et piétiné, puis la recherche de nouvelles certitudes, de raisons d'espérer pour la nation et pour tous les hommes.

L'occupant, n'ignorant point le traditionnel « refuge des Tchèques dans leur culture », met en prison ou déporte dans les camps de concentration des dizaines d'écrivains (Palivec, K. J. Beneš, Z. Němeček, F. Peroutka, E. F. Burian, V. Černý...) dont certains ne reviennent pas (Josef Čapek, Karel Poláček, B. Václavek...) alors que d'autres sont exécutés, tels Vančura, Hanuš Bonn, Julius Fučík, etc.

De nombreux écrivains partent en exil, surtout en Occident, tels Langer, Hostovský, A. Hoffmeister, J. Mucha, les auteurs-acteurs Jiří Voskovec (1905-1981) et Jan Werich (1905-1980), animateurs d'avant-garde du fameux « Théâtre libéré » de Prague (1927-1938), etc.

Cette période crépusculaire ne manque toutefois pas de relief : Josef Palivec (1886-1975), ami de Valéry, surprend par ses seuls trois longs poèmes métaphysiques et symbolistes, d'un rare hermétisme ; le poète de l'angoisse existentielle et de l'aliénation reste Jiří Orten (1919-1941, écrasé par une voiture allemande) ; tout proche, Kamil Bednář (1912-1972) et son groupe (Josef Hiršal, etc.) reviennent à « l'homme nu » pour retrouver les « valeurs éternelles » ; une vision plus concrète de l'homme ordinaire, anonyme, mais qui décide du sort de l'histoire, se manifeste dans le « Groupe 42 », qui rassemble entre autres Jiří Kolář (1914-2002), Josef Kainar (1917-1971) ou Ivan Blatný (1919-1990) ; plusieurs poètes catholiques – Josef Kostohryz (1907-1987), Klement Bochořák (1910-1981), ou encore Josef Rotrekl – parviennent à maturité ; le drame du monde ne manque pas non plus de modifier l'évolution de František Hrubín (1910-1971 ; La Nuit de Job [1945], Hiroshima [1948]).

Les prosateurs réagissent par un repli sur la psychologie, observé dans les romans de Jan Weiss (1892-1972), Marie Pujmanová (1893-1958), Václav Řezáč (1901-1956), Miroslav Hanuš, Vladimír Neff (1909-1983), ou par le choix intentionnel de thèmes ou de personnages historiques, pratiqué par Vančura, Olbracht, Durych, Karel Schulz (1899-1943 ; Michel-Ange), František Kožík (Deburau)...

À la Libération de 1945, dans la République rétablie, la vie littéraire, terriblement meurtrie, reprend. L'Occident, notamment la France (Sartre, Camus, Anouilh...), retrouve sa place habituelle. L'héritier de Šalda, le critique Václav Černy̌ (1905-1987) et sa revue sont à la pointe de la défense des positions libérales et socialistes à l'occidentale. Car la pression idéologique communiste devient réelle : elle prône le « réalisme socialiste » et « l'orientation à l'Est ». Néanmoins, tous les écrivains de la république masarykienne et tous les courants formés sous l'Occupation se manifestent, enrichis de nouveaux venus, enflammés souvent sincèrement pour la réalisation d'une plus grande justice sociale.

Entre l'Occident et l'Est

La prise du pouvoir par les communistes en février 1948 réduit une littérature pluraliste à un instrument d'éducation du peuple pour une société « socialiste », coupée d'un Occident « condamné par l'histoire ». Ce cours dogmatique brutal (1948-1953) laisse place à un relatif dégel (1953-1958) qui, insuffisamment jugulé, débouche sur la libéralisation et le Printemps de Prague (1963-1968). L'occupation soviétique impose une pesante normalisation, marquée par l'acte de révolte de la Charte 77. Le régime totalitaire s'écroule lors de la « révolution de velours » (nov. 1989). Durant ces quarante et un ans, la vie littéraire évolue sur trois plans : officiel, avec des auteurs tolérés, parallèle (clandestin), en exil.

Tous les critiques et théoriciens non conformistes éliminés (Černý, J. Chalupecký, les structuralistes...), les idéologues du réalisme socialiste L. Štoll, Z. Nejedlý... investissent la critique-censure. Sur la défensive dans les années 1960, les normalisateurs M. Blahynka, H. Hrzalová... reviennent avec un appareil théorique appauvri. Cependant, presque tous les jeunes critiques et analystes, souvent structuralistes, qui animent la libéralisation choisissent, après 1968, soit la clandestinité (M. Červenka, J. Lopatka, M. Jungmann, A. Stankovič, J. Brabec...), soit l'exil (K. Chvatík, L. Doležel, S. Richterová...) où ils rejoignent les expatriés d'après 1948.

Certains poètes exaltent la victoire du communisme : anciens avant-gardistes comme V. Nezval (Staline, 1949) et K. Biebl (1898-1951), ralliés tels que Kainar et, pour un temps, le jeune P. Kohout (né en 1928). Une première fronde, au nom d'un réalisme du quotidien, surgit avec le groupe de la revue Květen (1955-1959). La jeune génération des années 1960, qui ignore l'idéologie, se disloque après 1968 entre l'illégalité et l'exil. De rares poètes rallient la génération de la normalisation, sous la houlette de K. Sýs et de M. Černík.

La continuité profonde de la poésie tchèque est maintenue par les clandestins, les exilés. Jaroslav Seifert élève sa voix en 1956, signe en 1968 la Charte 77 et reste fidèle à sa veine intimiste, devenue existentielle (Être poète, 1983) ; il reçoit en 1984 le prix Nobel de littérature. Vladimir Holan s'enferme dans un silence assourdissant, sauf dans les années 1960 (Une nuit avec Hamlet, 1964). Le troisième poète phare, Jan Zahradníček, alors en prison (La Maison Peur), devient le symbole de tous les catholiques emprisonnés ou exclus. Jiří Kolář publie tardivement, dans son exil parisien ses poésies, surtout « visuelles ». Les surréalistes, avec Teige, puis V. Effenberger, sont très actifs dans l'illégalité après 1948 et 1968. La poésie, officiellement condamnée, des disparus Halas et Orten, de l'emprisonné Palivec ou du « silencieux » Holan marque les débuts des méditatifs I. Diviš (1924-1999) et de J. Skácel (1922-1989), et surtout d'une grande partie de la génération des années 1960 (Z. Hejda, I. Wernisch, P. Kabeš, J. Zábrana, J. Kuběna, P. Šrut, M. Topinka), tous passés dans la clandestinité après 1968. Nombre des débutants de la normalisation préfèrent également la liberté du samizdat. Il en est de même avec le fort courant de poésie underground, lié à la musique rock, dominé par E. Bondy (1930-2007), et avec les courants de folksong et protest song (K. Kryl, J. Hutka, K. Třešňák).

Toutes les tendances poétiques se manifestent en exil avec Blatný, J. Heisler, I. Jelínek, M. Součková... La vague d'après 1968 est plus forte, avec Diviš, Kolář, J. Vladislav, les membres de la génération des années 1960 tels A. Brousek, P. Král, I. Machulková.

La prose appartient d'abord à ceux qui glorifient l'édification du socialisme (Pujmanová, Řezáč, J. Marek...) et à ceux qui réinterprètent le passé (M. V. Kratochvil...). Le doute et la déception s'emparent cependant des jeunes espoirs, J. Otčenášek, I. Kříž ou J. Procházka. Les auteurs tolérés se réfugient surtout dans les thèmes historiques, tels Neff, Kožík, J. Loukotková, V. Erben. L'occupation du pays provoque également une formidable vague de romans historiques d'où émergent ceux du sceptique Šotola et du jeune V. Körner. Parmi d'autres, O. Pavel touche avec ses récits juifs, tandis que le jeune Z. Zapletal (né en 1951) traduit prudemment l'insatisfaction existentielle de ses contemporains des années 1980.

La libéralisation des années 1960 permet une prise de conscience de certains prosateurs et l'émergence d'une jeune génération lucide. La reprise en mains après 1968 les rejette dans la dissidence ou les accule à l'exil. Les premiers, plus ou moins engagés, tirent les conséquences des promesses socialistes dénaturées : Kohout (passé à la dramaturgie et au roman), Jan Trefulka (né en 1929), Ludvík Vaculík (né en 1926 ; La Clef des songes, 1981, et aussi le plus efficace des éditeurs clandestins) et, surtout, Arnošt Lustig (1926-2011) et Ivan Klíma (né en 1931) ou, enfin, Milan Kundera (né en 1929 ; poète, dramaturge et romancier mondialement célèbre depuis La Plaisanterie, 1967).

Parmi les non-engagés, le narrateur hors de pair Josef Škvorecký (1924-2012) fait sensation avec Les Lâches (1958), le premier des romans sur l'expérience de sa génération du nazisme au stalinisme. Bohumil Hrabal (1914-1997) peut enfin publier ses singuliers récits (Les Palabreurs, 1964), puis, en samizdat et à l'étranger, ses romans (Une trop bruyante solitude, 1980). À côté de J. Stránský, J. Beneš..., Karel Pecka (né en 1928) se révèle un grand témoin des victimes du stalinisme (Le Grand Solstice, 1968). A. Kliment et K. Sidon renouvellent la prose psychologique. J. Gruša ouvre de nouvelles voies au roman. V. Linhartová et I. Vyskočil innovent au niveau du langage. Seuls deux auteurs importants, Ladislav Fuks (1923-1994) et Vladimir Páral (né en 1932), se plient à la normalisation. Lors de cette période, bien des débutants préfèrent, par contre, la liberté de la clandestinité, tels J. Kratochvil, I. Matoušek, P. Placák, Z. Brabcová, D. Hodrová ou V. Jamek (en français : Traité des courtes merveilles, 1989).

La vague des exilés d'après 1948 comptait dans ses rangs le grand romancier Egon Hostovský (Conspiration générale, 1969), le catholique méditatif Čep, les débutants J. M. Kolár, J. Kovtun... La vague d'après 1968 est plus nombreuse et significative : Škvorecký (aussi, avec sa femme romancière, le plus important éditeur d'auteurs exilés et du pays), Kundera, Lustig, Linhartová, Kohout, Gruša, Beneš, Sidon, O. Filip..., les débutants Richterová, J. Křesadlo, I. Kraus, J. Vejvoda.

Le théâtre officiel, privé du répertoire moderne (Čapek, Langer, Renč...) et occidental, présente des pièces éducatives et optimistes. Alors que la plupart des jeunes engagés – Kohout, V. Blažek, F. Pavlíček et surtout J. Topol – abandonnent peu à peu la norme idéologique, le renouveau s'esquisse, après 1955, avec les petites formes théâtrales (notamment J. Suchý, I. Vyskočil) qui raniment la tradition de l'ancien cabaret et du « Théâtre libéré ». Parallèlement, plusieurs poètes et prosateurs, tels Hrubín, Milan et Ludvík Kundera, Klíma, peuvent faire jouer leurs pièces. La libéralisation permet aussi les représentations des premières pièces de Václav Havel (né en 1936 ; La Fête en plein air, 1963) et de M. Uhde, créateurs de la variante tchèque du théâtre de l'absurde. La normalisation met fin à ce développement.

Audience, V. Havel

Audience, V. Havel

photographie

De «Rapport dont vous êtes l'objet» à «Audience», Václav Havel n'a cessé de soumettre la triste réalité des pays socialistes au feu roulant de la satire. 

Crédits : C. Niedenthal/ Time&Life Pictures/ Getty

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Dans la situation difficile de l'exil, plusieurs auteurs-acteurs font valoir leur talent au cinéma, ou leur verve satirique à travers les radios libres. Après 1968, ils seront plus nombreux et plus actifs sur les scènes occidentales (Kundera, Kohout, A. Radok) et contribuent à la diffusion des pièces de Havel ou Klíma.

Retour à la liberté et à l'Europe

La longue période de dévastation culturelle terminée, le traumatisme sera long à se résorber. Un fait fondamental demeure : la part essentielle des lettres tchèques refusa l'idéologie totalitaire. C'est aussi cette part qui s'est largement imposée dans le monde libre. La première tâche, après la Libération de 1989, reste l'assimilation des œuvres de ces dissidents et exilés par une couche suffisante de lecteurs, tâche difficile aux temps de la transformation économique et sociale.

—  Vladimir PESKA

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Écrit par :

  • : directrice d'études à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : directrice de recherche au C.N.R.S.
  • : chargé d'études à la Documentation française, Paris
  • : chargé de cours (littérature tchèque, littérature comparée) à l'Institut national des langues et civilisations orientales

Classification


Autres références

«  TCHÈQUE RÉPUBLIQUE  » est également traité dans :

TCHÈQUE RÉPUBLIQUE, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

Tous les événements politiques (élections, conflits, accords, …) et les faits économiques et sociaux qui ont marqué l’histoire contemporaine du pays jusqu’à aujourd’hui. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/chronologie/republique-tcheque/#i_19106

BOHÊME, géologie et géographie

  • Écrit par 
  • Joseph SCHULTZ
  •  • 925 mots

Čechy en tchèque, la Bohême est d'abord une unité naturelle, une cuvette entourée de toutes parts par un rempart de montagnes. Les Krušné Hory (monts Métallifères, Erzgebirge), au nord-ouest, dominent par un véritable abrupt l'intérieur du « quadrilatère ». Au nord, les Sudètes, succession de horsts et de grabens, sont […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/boheme-geologie-et-geographie/#i_19106

BRNO

  • Écrit par 
  • Gyorgy ENYEDI
  •  • 138 mots
  •  • 1 média

Jadis capitale de la Moravie, Brno, avec ses 370 500 habitants en 2004, est la deuxième ville de la République tchèque, et la capitale de la région de Jihomoravský, dans le sud-est du pays. Elle est située au confluent de la Svratka et de la Svitava (affluents de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/brno/#i_19106

DÉMOCRATIES POPULAIRES

  • Écrit par 
  • Michel LESAGE, 
  • Henri MÉNUDIER
  •  • 8 420 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « Tchécoslovaquie »  : […] de souveraineté, Václav Havel démissionne de la présidence de la République. Václav Klaus et Vladimír Mečiar décident de mettre fin à la Fédération tchécoslovaque dont les origines remontent à 1918. Ainsi naît, le 1er janvier 1993, la République tchèque, dont Václav Havel sera le président et Václav Klaus (un libéral) le chef du gouvernement […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/democraties-populaires/#i_19106

DIENSTBIER JIRI (1937-2011)

  • Écrit par 
  • Melinda C. SHEPHERD
  •  • 256 mots

Jiri Dienstbier était un journaliste et un homme politique tchèque, dissident du Parti communiste tchécoslovaque […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jiri-dienstbier/#i_19106

DOLNI-VESTONICE

  • Écrit par 
  • Marie-Thérèse BOINAIS
  •  • 304 mots

Fouillé méthodiquement depuis 1924, d'abord sous la direction de K. Absolon, puis d'A. Bohmers (1939-1942) et, enfin, de B. Klima à partir de 1947, le gisement de Dolni-Vestonice, près de Hustopeče, au pied des monts Pavlov en Moravie (région de Brno en République tchèque), est un site particulièrement représentatif du type […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dolni-vestonice/#i_19106

ELBE

  • Écrit par 
  • Pierre RIQUET
  •  • 618 mots

Mis à part le Rhin, qui a une origine alpestre, l'Elbe (en tchèque le Labe) est le plus important des fleuves d'Europe centrale coulant des massifs hercyniens en direction de la mer du Nord, ou de la Baltique, à travers la grande plaine germano-polonaise (Ems, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/elbe/#i_19106

HAVEL VÁCLAV (1936-2011)

  • Écrit par 
  • Jacques RUPNIK
  •  • 1 163 mots

juin 1990. Il est alors maintenu à son poste, mais démissionne en juillet 1992 pour ne pas être associé au divorce tchécoslovaque qui devient inéluctable. Malgré cet échec, Václav Havel accepte, au lendemain de la division du pays le 1er janvier 1993, de devenir le président de la République tchèque, poste qu'il conservera jusqu'en février 2003 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/havel-v/#i_19106

ODER

  • Écrit par 
  • Pierre RIQUET
  •  • 457 mots
  •  • 1 média

L'Oder (Odra en polonais et en tchèque) est un fleuve de 854 kilomètres de longueur, au bassin versant de 124 700 kilomètres carrés. À l'instar de la Vistule à l'est, de la Weser, de l'Ems et du Rhin à l'ouest, l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/oder/#i_19106

OLOMOUC

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 428 mots

Ville de République tchèque en Moravie du Nord, Olomouc (en allemand Olmütz) est située au centre-est du pays, à la confluence de la Morava et de la Bystčrice, à l'extrémité nord de la plaine fertile et agricole de Haná […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/olomouc/#i_19106

OSTRAVA

  • Écrit par 
  • Gyorgy ENYEDI
  •  • 206 mots
  •  • 1 média

Chef-lieu de la Moravie-Silésie, Ostrava est la troisième ville de la République tchèque par l'importance de sa population (309 500 hab. en 2006). Née de la révolution industrielle, comme siège d'extraction de la houille, elle s'est développée grâce à l' […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ostrava/#i_19106

O.T.A.N. (Organisation du traité de l'Atlantique nord)

  • Écrit par 
  • André FONTAINE, 
  • Pierre MELANDRI, 
  • Guillaume PARMENTIER
  • , Universalis
  •  • 16 045 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre « L'élargissement géographique »  : […] Volker Ruehe, puis relayé par le secrétaire général de l'O.T.A.N., Manfred Wörner, sur l'élargissement rapide de l'O.T.A.N. à trois nouveaux pays, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie. Le PpP, pourtant conçu pour permettre aux partenaires d'adapter leurs relations avec l'O.T.A.N. à leurs besoins, fut désormais perçu comme une solution […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/organisation-du-traite-de-l-atlantique-nord/#i_19106

PLZEŇ, all. PILSEN

  • Écrit par 
  • Gyorgy ENYEDI
  •  • 222 mots
  •  • 1 média

Grand centre industriel de la Bohême occidentale, en République tchèque, Plzeň, capitale de la région homonyme, comptait 164 000 habitants en 2003. Fondée au xiiie siècle, la ville se développe surtout à partir du […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/plzen-pilsen/#i_19106

PRAGUE

  • Écrit par 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Victor-Lucien TAPIÉ
  • , Universalis
  •  • 5 212 mots
  •  • 5 médias

heureuse la vocation de Prague, ville d'art. Par royaume, entendons l'État, sous la forme du duché, du royaume de Bohême, de la République tchécoslovaque et de la République tchèque, mais aussi la société renouvelée à travers les âges, qui a toujours garanti une place éminente à cette cité mère. Pendant le haut Moyen Âge, les Tchèques se […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/prague/#i_19106

TCHÉCOSLOVAQUIE

  • Écrit par 
  • Marie-Elizabeth DUCREUX, 
  • Michel LARAN, 
  • Jacques RUPNIK
  •  • 12 876 mots
  •  • 11 médias

Dans le chapitre «  Rupture entre deux nations »  : […] er septembre 1992, la Constitution tchèque est votée le 16 décembre. Le 1er janvier 1993, sans qu'il y ait eu consultation populaire, la République fédérale tchèque et slovaque cède la place à deux États distincts : la République tchèque (10 323 690 habitants en 1993) et la Slovaquie (5 296 768 habitants […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/tchecoslovaquie/#i_19106

UNION EUROPÉENNE : ÉLARGISSEMENT VERS L'EST - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Edith LHOMEL
  •  • 609 mots

1993-1995 Les accords d'association sont ratifiés avec la Hongrie et la Pologne (décembre 1993), la Bulgarie, la Roumanie, la République tchèque, la Slovaquie (décembre 1994), les […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/union-europeenne-reperes-chronologiques/#i_19106

Voir aussi

RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D'ALLEMAGNE depuis 1990    LANGUE ALLEMANDE    ALLIANCE ATLANTIQUE    INDUSTRIE AUTOMOBILE    AUTRICHE histoire jusqu'en 1945    EMPIRE AUSTRO-HONGROIS    CONCILE DE BÂLE    PETR BEZRUC    TRADUCTIONS DE LA BIBLE    BOHÊME histoire    BOÏENS    BOLESLAV Ier    SVATOPLUK CECH    FRANTISEK LADISLAV CELAKOVSKY    CHARLES IV DE LUXEMBOURG roi de Bohême sous le nom de CHARLES Ier    CHARLES VII ALBERT    CHARTE 77    POLITIQUE DU COMMERCE EXTÉRIEUR    CROISSANCE ÉCONOMIQUE    DENSITÉ DE POPULATION    DISSIDENTS U.R.S.S. et Europe de l'Est    JOSEF DOBROVSKY    VICTOR DYK    ÉCONOMIE MÉDIÉVALE    es origines au concile de Trente    HISTOIRE DE L'ÉGLISE du concile de Trente à nos jours    ÉGLISE & ÉTAT    KAREL JAROMÍR ERBEN    ERZGEBIRGE ou MONTS MÉTALLIFÈRES    EUROPE histoire    FRÉDÉRIC V roi de Bohême    ALPHABET GLAGOLITIQUE    GRANDE-MORAVIE    STANISLAV GROSS    GUERRES HUSSITES    HISTOIRE DU PEUPLE JUIF    JOSEF JUNGMANN    VÁCLAV KLAUS    PAVEL KOHOUT    LABE République tchèque    LITTÉRATURE LATINE CHRÉTIENNE    LITTÉRATURE LATINE MÉDIÉVALE    LÉGENDES    LOUIS II JAGELLON    JOSEF SVATOPLUK MACHAR    VLADIMÍR MECIAR    LITTÉRATURE MÉDIÉVALE    MIGRATIONS Union européenne    MORAVA    MORAVIE    BOZENA NEMCOVÁ    OTOKAR Ier ou OTAKAR Ier PREMYSL    OTOKAR II ou OTAKAR II PREMYSL    FRANTISEK PALACKY    PARTIS COMMUNISTES    PARTITION POLITIQUE    POLABÍ    POLOGNE histoire de 1945 à nos jours    PRIVATISATION    RÉFORME ÉCONOMIQUE    RESSOURCES MINIÈRES    RÉVOLUTIONS DE 1848    ROMANTISME littérature    ROSTISLAV    FRANTISEK XAVER SALDA    SECTEUR AGRICOLE    SECTEUR INDUSTRIEL    SILÉSIE TCHÈQUE    JOSEF VÁCLAV SLÁDEK    VLADIMÍR SPIDLA    TCHÈQUE langue    LITTÉRATURE TCHÈQUE    TOMÁS DE STÍNÉ    JIRI TRANOVSKY    JOSEF KAJETÁN TYL    UNION EUROPÉENNE - Politique de la recherche    VENCESLAS ou WENCESLAS    VIEILLISSEMENT démographie    VIEUX SLAVE    VLTAVA ou MOLDAU    MILOS ZEMAN    JULIUS ZEYER    JAN ZIZKA

Pour citer l’article

Marie-Claude MAUREL, Marie-Elizabeth DUCREUX, Jaroslav BLAHA, Vladimir PESKA, « TCHÈQUE RÉPUBLIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/republique-tcheque/