BOHÊME, géologie et géographie

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Čechy en tchèque, la Bohême est d'abord une unité naturelle, une cuvette entourée de toutes parts par un rempart de montagnes. Les Krušné Hory (monts Métallifères, Erzgebirge), au nord-ouest, dominent par un véritable abrupt l'intérieur du « quadrilatère ». Au nord, les Sudètes, succession de horsts et de grabens, sont hérissés de blocs cristallins élevés (Krkonoše, 1 602 m, Jeseníky, 1 492 m) et formés de l'alternance de plateaux tabulaires de grès crétacé, de cuestas successives (basaltes intercalés dans les schistes) et de fossés d'effondrement tapissés de grès rouge permien et de matériaux morainiques. Vers l'est, s'étend le plateau tchéco-morave, au relief confus, composé de hautes collines cristallines et d'amples vallées marécageuses. La limite sud de la Bohême est formée par l'ensemble Český Les-Šumava (Forêt de Bohême, Böhmerwald), composé d'une série de blocs basculés présentant une pente douce vers l'intérieur de la cuvette. L'érosion chimique qui attaque les roches granitiques est à l'origine des formes arrondies et des vallées évasées (Vltava). Le centre de la Bohême est une vaste dépression dissymétrique : la plaine de l'Elbe, le Polabí, où converge le réseau hydrographique. Le calme paysage ondulé de la cuvette est parfois interrompu par des accidents tectoniques ou lithologiques (fossé d'effondrement d'Ohře-Bilina, montagnes volcaniques de Doupov, de Středohořy, crêtes appalachiennes de Brdy, relief de côte de Polabí). Les rivières s'enfoncent dans les couches perméables et dessinent un paysage différencié, pittoresque comme l'Elbe dans la « Suisse saxonne ».

Les montagnes cristallines bordières, injectées de filons métalliques, sont à l'origine de l'activité minière. Sous les monts Métallifères, la dépression de l'Ohře-Bilina a depuis longtemps concentré hommes et capitaux. Au travail du cristal et de la porcelaine s'est ajoutée une puissante industrie chimique fondée sur le lignite exploité à ciel ouvert. Les sources chaudes, liées au volcanisme, sont à l'origine d'un thermalisme ancien et mondialement connu, comme Karlovy Vary (Karlsbad), Mariánské Lázně (Marienbad) ou Teplice. La vie urbaine est très intense, surtout entre Chomoutov et Děčin, avec la conurbation minière et industrielle de Most-Záluží-Litvínov et d'Ústí nad Labem, qui concentre les fonctions tertiaires et reste la ville maîtresse de cette zone. Au-delà de la vallée encaissée de l'Elbe, la Lusace tchèque et la région des Sudètes ont le même caractère d'urbanisation et d'industrialisation anciennes et intenses. Les nombreux bassins, densément habités, ont été longtemps animés par les industries du coton et du lin, du bois et du verre, puis par la chimie, comme c'est toujours le cas de Náchod, de Trutnov, de Vrchlabi et surtout celui du Nysa avec la conurbation de Liberec-Vratislavice-Jablonec. Confronté à la concurrence internationale (asiatique principalement), l'industrie textile, quoique toujours largement exportatrice, se reconvertit, depuis le début du xxie siècle, dans les produits à forte valeur ajoutée, comme les tissus médicaux ou techniques.

La large vallée de l'Elbe, le Polabí, est la région la plus riche de la Bohême du Nord. L'agriculture, d'un haut niveau technique, est associée très intimement à l'activité industrielle, dispersée et très variée. La campagne est largement urbanisée, surtout le long de l'Elbe. On y trouve les villes les plus importantes, anciennes, qui connaissent un second souffle grâce aux industries chimique et mécanique et qui sont très dynamiques en raison de la proximité de Prague : Melnik, Nymburk, Poděbrady, Kolin, mais surtout Pardubice et Hradec Králové.

Les nouvelles industries de pointe (équipements électriques, bureautique, instruments de précision) sont en bonne partie financées par des capitaux étrangers. La société taïwanaise Foxconn produit des ordinateurs depuis 2000 à Pardubice et envisage la construction d'une usine de fabrication de composants informatiques et numériques à Kutna Hora. Les productions sont entièrement destinées à l'exportation.

Le sud de la Bohême est beaucoup moins vivant. C'est une région de plateaux faiblement inclinés, boisés, parsemés de lacs, troués de tourbières que parcourt, du sud vers le nord, la Vltava dans une large vallée indécise. Les quelques clairières aux sols gris ou beiges sont vouées à une agriculture pauvre de seigle et de pomme de terre, associée à un petit élevage familial [...]

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres et sciences humaines, professeur de géographie à l'université Paul-Valéry, Montpellier

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Pour citer l’article

Joseph SCHULTZ, « BOHÊME, géologie et géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/boheme-geologie-et-geographie/