PHONOLOGIE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Phonologie et sociolinguistique

Les phonologies structurales reposent sur un postulat, plus ou moins explicité, selon lequel les différents sujets d'une communauté ne peuvent espérer se comprendre qu'en possédant le même système linguistique et, notamment, le même système phonologique. Ce dernier est donc conçu comme un ensemble organisé d'invariants. De leur côté, les générativistes ont formulé des règles devant correspondre à la pratique linguistique d'un locuteur-auditeur idéal. Ce faisant, les uns et les autres ont travaillé sinon sur des objets mythiques, tout au moins sur des simplifications particulièrement sévères des réalités du fonctionnement linguistique.

Les sociolinguistes américains, à l'origine d'une telle critique, constatent qu'une langue implique hétérogénéité et variation. Si les sujets d'une même communauté parviennent à se comprendre, alors que leur langue évolue sans cesse, s'ils peuvent revendiquer l'utilisation de la même langue, alors qu'ils n'en possèdent ni les mêmes usages, ni les mêmes habitudes, ni les mêmes représentations, c'est que la structuration de cette langue ne saurait être aussi rigoureuse et homogène que le pensaient les linguistes.

Certes, des phonologues comme Martinet ou Jakobson avaient signalé, incidemment, la variabilité et la non-homogénéité des systèmes phonologiques, mais ces remarques étaient restées marginales face aux pressions de l'idéologie structurale. Partant du postulat selon lequel la langue est un phénomène social, les diverses phonologies avaient fini par constituer des structures, ou des séquences de règles, homogènes, dont le fonctionnement et le dynamisme ne pouvaient provenir que des dispositions internes à la langue, reproduisant en cela l'idéologie « animiste » de la linguistique historique du xixe siècle.

La sociolinguistique a donc porté son attention sur la variation des faits linguistiques. Cette variation n'est pas un phénomène externe, occasionnel, marginal ou extrastructurel, mais la traduction directe dans le langage de sa nature et de sa fonction soci [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Écrit par :

  • : professeur de sciences du langage à l'université de Provence, Aix-Marseille-I
  • : linguiste, maître de conférences en sciences du langage, directeur du département des sciences du langage, Aix-en-Provence, université de Provence-Aix-Marseille-I
  • : docteur d'État, professeur de linguistique générale à l'université de Provence-Aix-Marseille-I

Classification

Autres références

«  PHONOLOGIE  » est également traité dans :

PHONOLOGIE ARTICULATOIRE

  • Écrit par 
  • Ioana CHITORAN, 
  • Pierre HALLÉ
  •  • 1 039 mots
  •  • 2 médias

La phonologie articulatoire est une théorie phonologique, proposée dans les années 1980 par Cathy Browman et Louis Goldstein, qui s’appuie sur des observations empiriques. Elle a été influencée par les idées de Sven Öhman et de Carol Fowler sur la coproduction (production simultanée) des consonnes et des voyelles. La phonologie articulatoire propose une d […] Lire la suite

ANALYSE & SÉMIOLOGIE MUSICALES

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques NATTIEZ
  •  • 5 121 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les modèles linguistiques dans l'analyse musicale »  : […] À l'époque du structuralisme triomphant, la sémiologie musicale rencontre les modèles d'analyse linguistique pour des raisons à la fois épistémologiques et esthétiques. Le structuralisme conçoit le signe moins comme l'union d'un signifiant et d'un signifié que comme un élément intégré à un système, entretenant avec ses voisins des rapports « oppositifs et négatifs ». Paul Ricœur l'énonce très cla […] Lire la suite

ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Langue

  • Écrit par 
  • Guy Jean FORGUE, 
  • Hans KURATH
  •  • 6 440 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les consonnes »  : […] L'anglais possède des consonnes occlusives (ou momentanées) et fricatives (ou continues), sourdes (comme p ou f ) ou sonores (comme b ou v ), et des consonnes résonnantes sonores (nasales, latérales et semi-voyelles). Toutes ces consonnes se trouvent en position d'initiales de mots, à l'exception de la fricative sonore ž dans measure , de la nasale vélaire ŋ dans sing , et de la semi-voyelle ə […] Lire la suite

APPRENTISSAGE DE LA LECTURE

  • Écrit par 
  • Jonathan GRAINGER, 
  • Johannes ZIEGLER
  •  • 1 842 mots

Dans le chapitre « Les mécanismes de l’apprentissage de la lecture »  : […] Pour apprendre à lire, l’enfant dispose de deux mécanismes. Le premier c’est l’apprentissage « par cœur » de la forme visuelle des mots. Ce mécanisme est limité car, dans la majorité des systèmes d’écriture, les mots sont composés d’un petit nombre d’éléments – les lettres dans les systèmes alphabétiques – ce qui rend les mots visuellement peu distincts. Apprendre par cœur nécessiterait la mémoris […] Lire la suite

APPRENTISSAGE DES LANGUES ÉTRANGÈRES

  • Écrit par 
  • Daniel GAONAC'H
  •  • 1 239 mots

Les recherches sur l’apprentissage des langues étrangères ont d’abord été liées au domaine de la psycholinguistique, puis à celui du bilinguisme. Elles prennent actuellement davantage en compte les concepts de la psychologie cognitive : modalités d’apprentissage, automatisation, coût cognitif. En lien avec la psycholinguistique, on a montré que la structuration progressive du système de la langue […] Lire la suite

AVESTA

  • Écrit par 
  • Jean de MENASCE, 
  • Georges PINAULT
  •  • 1 929 mots

Dans le chapitre « L'avestique »  : […] L'avestique, dialecte oriental de l'iranien ancien, fournit un matériel linguistique important pour l'histoire de l'indo-iranien et de l'indo-européen. Au stade de l'iranien ancien, deux dialectes seulement ont donné des textes : l'avestique et le vieux-perse. Des autres dialectes, comme le mède, le scythe et les ancêtres du parthe, du sogdien, du saka, de l'ossète et du paštō, les vestiges, quan […] Lire la suite

BAUDOUIN DE COURTENAY JAN (1845-1929)

  • Écrit par 
  • Louis-Jean CALVET
  •  • 770 mots

Après des études à Prague, Berlin, et Iéna, le linguiste polonais Jan Baudouin de Courtenay enseigna à Kazan, Cracovie et Saint-Pétersbourg ; son influence sur la linguistique russe fut considérable ; il est considéré comme le précurseur de la phonologie. Le centre de ses réflexions et de son enseignement était l'hiatus entre les progrès, évidents à l'époque, de la phonétique expérimentale et l'in […] Lire la suite

BULGARIE

  • Écrit par 
  • Roger BERNARD, 
  • André BLANC, 
  • Christophe CHICLET, 
  • Nadia CHRISTOPHOROV, 
  • Jack FEUILLET, 
  • Vladimir KOSTOV, 
  • Edith LHOMEL, 
  • Robert PHILIPPOT
  •  • 26 974 mots
  •  • 12 médias

Dans le chapitre « Phonologie »  : […] Le bulgare littéraire possède six phonèmes vocaliques en syllabe accentuée : deux palatales i et e [ɛ], deux vélaires u et o [ɔ], et deux centrales a et ǎ , cette dernière étant proche de [ə]. En dehors de l'accent, les voyelles les plus ouvertes a , e , o ont tendance à se rapprocher respectivement de ǎ , i , u , voire à se confondre comme pour le a . Ce phénomène de réduction vocalique se re […] Lire la suite

CERVEAU ET LANGAGE ORAL

  • Écrit par 
  • Jean-François DÉMONET
  •  • 2 863 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Bases cérébrales du développement du langage oral »  : […] L’étude des bases fonctionnelles et cérébrales de l’ontogénie du langage s’est effectuée à l’aide de paradigmes issus de la psychologie expérimentale adaptés au comportement du tout jeune enfant, de méthodes de neurophysiologie (potentiels évoqués, imagerie optique) et d’imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, IRMf). Ces travaux ont permis de montrer, à des âges de pl […] Lire la suite

CHUINTANTE CONSONNE

  • Écrit par 
  • Louis-Jean CALVET
  •  • 110 mots

On appelle consonnes chuintantes des fricatives dont le point d'articulation est compris entre les alvéoles et le début du palais (de postalvéolaire à prépalatal) : la sourde, [∫], apparaît en français à l'initiale de chat , et la sonore, [ž], à l'initiale de jeu . Phonologiquement, en allemand, dans la paire minimale bresche-breche , il y a opposition chuintante/palatale, et, en français, dans la […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Jean Léonce DONEUX, Véronique REY, Robert VION, « PHONOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 janvier 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/phonologie/