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NATURE PHILOSOPHIES DE LA

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La « Naturphilosophie »

Les thèmes de la Naturphilosophie se mettent donc en place, et l'on peut aussitôt donner l'une des définitions qui ont été proposées de ce type de philosophie. Elle est due à Heinrich Schmidt, dans son Philosophisches Wörterbuch : « Ensemble des tentatives philosophiques d'interprétation et d'explication de la nature, que ce soit directement à partir de la vie de la nature, ou bien à l'aide des connaissances fondamentales des sciences de la nature, en vue d'une conception globale et d'une unification de l'ensemble de notre savoir de la nature, d'une élucidation des concepts fondamentaux des sciences de la nature (substance, matière, force, espace, temps, vie, évolution, lois de la nature) et de la connaissance des relations et de la légalité du devenir total de la nature. »

Dans cet énoncé, on remarque que deux tendances sont indiquées : l'une, que l'on peut qualifier d'intuitive, voire de poétique (et la Naturphilosophie est en effet poésie pour Schlegel, Hölderlin et surtout Novalis) ; l'autre, qui cherche à intégrer dans la philosophie de la nature les données de la science, ce qui correspond très directement à l'ambition de Schelling lorsqu'il écrit : « De la sorte, la philosophie fournissant les idées et l'expérience les faits, nous pourrons enfin parvenir à cette physique supérieure que j'attends d'une époque plus lointaine. »

Le nom de Schelling a été déjà plusieurs fois mentionné, et c'est bien lui qui est habituellement considéré comme le fondateur de la Naturphilosophie. Mais, même si les questions de priorité sont souvent tenues pour oiseuses, on peut cependant apporter ici quelques précisions. Jacques Rivelaygue, se référant à Ernst Cassirer, écrit qu'il faut en chercher les origines « chez Hölderlin dès 1795 ». De plus, il faut tenir compte d'une certaine lecture de Leibniz par Novalis, à travers Herder, lequel invoque « la marche de l'analogie, la marche grandiose de la création ». En 1778, dans Connaître et sentir dans l'âme humaine, Herder souligne l'unité du microcosme et du macrocosme, autre thème de la Naturphilosophie romantique : « Ce que nous ne sommes pas, nous ne pouvons absolument pas le connaître et le sentir. » Quels que soient les différents thèmes de recherche ou d'exposé de ce que Georges Gusdorf a pu appeler le « savoir romantique », on peut déjà énoncer son caractère essentiel : la Naturphilosophie romantique est en quête d'une unité de la nature et de l'esprit (pour Schelling, la nature doit être « l'esprit visible, et l'esprit, la nature invisible » et « la nature n'est que l'organisation visible de notre entendement ») et, pour reprendre une autre expression de Georges Gusdorf, d'une « science totale » ; sciences, poésie et philosophie s'y trouvent associées ; le sentiment, l'imagination et l'intuition n'y sont pas séparés de la spéculation et de ce que Schelling nomme la « construction » de la nature.

On n'est évidemment pas surpris de constater que l'aspect affectif et poétique de l'entreprise apparaisse d'abord chez des poètes tels que Friedrich Schlegel, Hölderlin ou Novalis. En ce sens, la Naturphilosophie commençante est une véritable poétique de la nature, au double sens du terme, comme expression et comme création, mais aussi une poétique du divin, de l'absolu. Dans La Genèse du romantisme allemand, Roger Ayrault cite un hommage rendu par Friedrich Schlegel à Franz Xaver von Baader : « Quel signe favorable que même un physicien, le profond Baader, se soit élevé du milieu de la physique jusqu'à pressentir la poésie, à vénérer les éléments en tant qu'individus organiques et à montrer le divin au centre de la matière. » De même, Novalis[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences de philosophie, université de Nice

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Pour citer cet article

Maurice ÉLIE. NATURE PHILOSOPHIES DE LA [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • NATURE, notion de

    • Écrit par
    • 1 484 mots

    La nature constitue l'une des notions originelles de la philosophie occidentale, peut-être l'objet initial de l'étonnement philosophique. Les premiers philosophes ont été appelés physiologues et ont écrit plusieurs Peri Phuseôs (Sur la Nature), malheureusement perdus.

    En grec comme...

  • ADORNO THEODOR WIESENGRUND (1903-1969)

    • Écrit par
    • 7 899 mots
    • 1 média
    ...de la domination. Mais avant même d'envisager cette critique, encore faut-il creuser plus profond, vers la préhistoire de la raison, et revenir sur la liaison de la raison et de la nature exprimée au mieux dans un passage de Dialectique négative : « Le fait que la raison soit autre chose que la nature...
  • ALAIN DE LILLE (1128-1203)

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    • 1 036 mots

    Né à Lille, élève de Bernard Silvestre à Chartres, Alain étudie dans la mouvance de Gilbert de la Porrée ; il devient maître ès arts, puis maître en théologie à Paris, avant d'enseigner à Montpellier ; parvenu au sommet de la gloire, il suit l'exemple de son ami Thierry...

  • ARISTOTE (env. 385-322 av. J.-C.)

    • Écrit par
    • 23 786 mots
    • 2 médias
    S'il est vrai que l'ontologie d'Aristote est une élucidation de l'être-en-mouvement du monde sublunaire, s'il est vrai d'autre part que sa théologie, dans ce qu'elle a du moins d'humainement réalisable, pense Dieu négativement à partir de l'expérience du mouvement, on se convaincra que la frontière entre...
  • ARISTOTÉLISME

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    Aristote fait dela nature elle-même le principe du mouvement, que ce soit dans le ciel (où le mouvement des astres est circulaire et uniforme) ou sur la Terre (où ont lieu le changement substantiel, et le changement selon le lieu, la qualité ou la quantité). D'où les deux compartiments de la nature...
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