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ORDRES, architecture

Il n'est guère d'autre domaine de l'art occidental où l'héritage grec se soit pérennisé autant qu'en architecture : les ordres progressivement mis au point par les Grecs se sont transmis – tour à tour enrichis, mêlés, simplifiés, abâtardis, puis apurés et combinés de nouveau – jusqu'au seuil du xxe siècle, en sorte que toute l'architecture monumentale de pierre de l'Occident a, pendant vingt-cinq siècles, parlé peu ou prou ce langage clairement articulé, auquel elle a su faire dire des choses bien différentes. Il aura fallu la mutation technique de la fin du xixe siècle, liée à l'apparition d'autres matériaux : les métaux, le béton, le verre, pour que l'architecture contemporaine s'éloigne de cette sempiternelle grammaire formelle. Encore son esprit semble-t-il hanter les tentatives actuelles du « postmodernisme ».

L'Antiquité gréco-romaine

La notion d'ordre

Ordre dorique - crédits : Kristoffer Trolle

Ordre dorique

Dans l'architecture grecque, un ordre est un ensemble cohérent d'éléments dont la syntaxe fixe le plan, mais surtout l'élévation d'un bâtiment. En fait, seul l'ordre dorique répond pleinement à cette définition : l'ordre ionique, plus souple, présente toutes sortes de variantes régionales, qui ont eu un champ d'application plus ou moins vaste et durable ; quant aux ordres romains, ce sont des adaptations des ordres grecs, simplifiés ou combinés.

L'existence des deux ordres fondamentaux est attestée par l'archéologie dès le début du vie siècle avant J.-C. ; nous savons d'autre part grâce à Vitruve que des architectes grecs avaient très tôt consigné les résultats de leurs recherches : Chersiphron de Cnossos avait écrit un commentaire du temple ionique d'Éphèse qu'il avait construit (vers 550 av. J.-C.) ; Silénos était l'auteur d'un traité sur l'ordre dorique (fin du ve s. av. J.-C. ?). Mais il ne reste rien de cette littérature spécialisée : nous ignorons jusqu'aux termes qu'employaient les Grecs pour désigner les ordres. Le premier texte conservé qui les définisse est le traité en latin dédié à Auguste par Vitruve, vers 25 avant J.-C. Ingénieur hydraulicien et architecte militaire, celui-ci ne semble guère avoir construit qu'une basilique dans une petite ville d'Italie. Son traité n'est donc pas le fruit d'une expérience personnelle, mais une synthèse fondée sur les ouvrages des grands architectes grecs, qu'il vulgarise avec plus ou moins de bonheur, proposant ainsi des recettes commodes pour les bâtisseurs romains. Il traduit le terme grec, qui nous reste inconnu, par genus, dont le sens est moins normatif que celui d'ordre, qui s'est imposé depuis la Renaissance. Pour Vitruve, les deux « genres », dorique et ionique, ne correspondent pas seulement à des distinctions géographiques et ethniques : l'un reproduit les proportions du corps masculin, l'autre celles du corps féminin ; au dorique la force robuste, à l'ionique l'élégance et la grâce. Cette métaphore éloquente mais schématique remonte probablement, sous une forme plus subtile, aux traités d'architectes grecs qu'influencèrent les recherches de formalisation du corps humain menées par certains sculpteurs comme Polyclète.

Quoi qu'il en soit, c'est par ce texte de Vitruve, écho tardif et déformé d'écrits théoriques disparus, que s'est transmise à l'Occident la notion d'ordre. Mais, pour en saisir la genèse, l'évolution et le sens, ce sont plutôt les données archéologiques qu'il convient d'interroger et d'interpréter.

Le problème de la genèse des ordres

Après la chute de la civilisation mycénienne (1200-1100 av. J.-C.), la Grèce connaît trois siècles d'une vie très fruste, presque autarcique, qui n'a guère laissé de vestiges architecturaux[...]

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Écrit par

  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre
  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : maître assistant en histoire de l'art médiéval, université de Paris-IV- Sorbonne

Classification

Pour citer cet article

Bernard HOLTZMANN, Claude MIGNOT et Éliane VERGNOLLE. ORDRES, architecture [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

Ordre dorique - crédits : Kristoffer Trolle

Ordre dorique

Temple d'Apollon, Corinthe - crédits : G. Sioen/ De Agostini/ Getty Images

Temple d'Apollon, Corinthe

Ordre dorique - crédits : Encyclopædia Universalis France

Ordre dorique

Autres références

  • ALBERTI LEON BATTISTA (1404-1472)

    • Écrit par
    • 3 110 mots
    • 8 médias
    Le De re aedificatoria est aussi le premier texte moderne à parler clairement des ordres d'architecture. La notion d'ordre n'est pas encore bien précise pour l'humaniste ; certes, il traite successivement des bases, des chapiteaux et des entablements de chaque ordre, mais les formes décrites sont assez...
  • ARCHITECTURE (Thèmes généraux) - Notions essentielles

    • Écrit par
    • 4 952 mots
    ...l'univers tout entier se trouvait réglé. Correspondances anthropomorphiques et proportions trouvaient leur expression la plus achevée dans le système des ordres d'architecture hérité de l'Antiquité gréco-romaine. Par leurs détails ainsi que par les rapports de proportionnalité unissant leurs différentes...
  • BLONDEL JACQUES-FRANÇOIS (1705-1774)

    • Écrit par
    • 3 057 mots
    ...chez l'ingénieur Amédée Frézier, le carme vénitien Lodoli, le jésuite Marc-Antoine Laugier. La valeur universelle accordée par l'âge humaniste aux ordres gréco-romains pouvait être contestée. Ce langage architectural ignorait la variété des climats et des matériaux, l'évolution des sociétés ; consacré...
  • BULLANT JEAN (1520 env.-1578)

    • Écrit par
    • 954 mots
    • 1 média

    À la Renaissance, Jean Bullant est, avec Philibert Delorme et Pierre Lescot, le troisième acteur de l'introduction en France des formes classiques. Issu d'une famille de maçons, il se forma au langage de l'architecture à l'antique grâce à la lecture du Quarto Libro...

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