BULLANT JEAN (1520 env.-1578)

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À la Renaissance, Jean Bullant est, avec Philibert Delorme et Pierre Lescot, le troisième acteur de l'introduction en France des formes classiques. Issu d'une famille de maçons, il se forma au langage de l'architecture à l'antique grâce à la lecture du Quarto Libro, partie du traité de Sebastiano Serlio, dont l'influence fut capitale en France à cette époque. Il compléta cette culture par un voyage à Rome effectué aux alentours des années 1540. Sa carrière se déroula d'abord au service du connétable de Montmorency, dont à partir de 1550 il mit les châteaux au goût du jour. À Écouen, il dota la façade extérieure de l'aile nord d'ordres superposés et d'un avant-corps à deux niveaux couvrant l'escalier. Il appliqua sur les côtés de la cour deux grands avant-corps décoratifs. Il construisit le petit château de Chantilly et le très spectaculaire pont de Fère-en-Tardenois, avec ses deux galeries superposées et son pavillon d'entrée. À la mort de Philibert Delorme, Bullant, devenu le principal architecte français, lui succéda dans ses charges et à la tête des grands chantiers royaux : il continua les Tuileries, dessina probablement les galeries du pont de Chenonceaux, et entreprit la rotonde des Valois, gigantesque mausolée prévu à Saint-Denis et jamais achevé.

À cette importante œuvre construite, il faut ajouter des écrits théoriques concernant l'architecture et l'horlogiographie (technique des horloges solaires). Le plus significatif de ces traités est la Règle générale des cinq manières de colonnes, éditée à Paris en 1564 et en 1568, quelques années après la Regola de Vignole, mais avant le traité de Philibert Delorme. Il s'agit d'un manuel des cinq ordres, dont le texte est constitué d'un collage des traductions françaises de Vitruve et d'Alberti publiées par Jean Martin en 1547 et en 1553, avec quelques emprunts à Daniele Barbaro. Bullant n'y a ajouté de sa main, en 1568, qu'un commentaire des planches qu'il a gravées. Ces planches représentent d'une part les modèles théoriques des cinq ordres, fidèlement repris à Serlio, et d'autre part des modèles tirés des plus célèbres monuments romains : théâtre de Marcellus, temple de la Fortune virile, Panthéon, temple des Dioscures et arc de Titus. La présentation est très systématique : Bullant use d'un système très géométrique (échelles de modules, portions de cercles) qui lui permet d'indiquer de manière pratique les proportions internes. Ce système, parfaitement adapté à des modèles théoriques, pose problème quand il s'agit de monuments antiques, dont les dimensions ne correspondent pas à la perfection géométrique ; Bullant est donc obligé de tricher, modifiant les dimensions de certains éléments des ordres pour plier la diversité archéologique aux impératifs de la doctrine vitruvienne. Ce faisant, il prend le contre-pied parfait de Philibert, qui au contraire souligne avec délectation la fantaisie de la réalité antique.

L'emploi des ordres dans l'œuvre construite révèle un même académisme dans le langage. Bullant copie fidèlement les modèles théoriques de Serlio (à Écouen, dorique et corinthien de l'avant-corps sur cour de l'aile nord, toscan et dorique de la façade extérieure nord) et les exemples antiques les plus prestigieux (basilique Aemilia et temple de la Fortune virile sur l'avant-corps extérieur de l'aile nord à Écouen, composition des ordres corinthiens du Panthéon et du temple des Dioscures sur l'avant-corps de l'aile sud à Écouen, temple de Sérapis, jadis sur le Quirinal, à Chantilly). Cette timidité de l'invention morphologique s'oppose encore à la grande imagination manifestée par Delorme en ce domaine.

En revanche, Bullant fait preuve d'une surprenante audace dans la syntaxe. L'avant-corps intérieur de l'aile nord d'Écouen, avec son trumeau central et ses colonnes jumelées sur les côtés, est une composition unique. L'ordre géant de l'aile sud est l'une des premières réalisations de ce type en France. L'avant-corps extérieur de l'aile nord combine, pour la première fois dans notre pays à l'échelle monumentale, la disposition des colonnes, empruntée à l'arc de triomphe, et le fronton triangulaire du temple. Surtout, Bullan [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art moderne à l'université de Tours, Centre d'études supérieures de la Renaissance

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Yves PAUWELS, « BULLANT JEAN (1520 env.-1578) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-bullant/