LESCOT PIERRE (1510 env.-1578)

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Parmi les trois grands architectes français de la Renaissance classique, Pierre Lescot occupe une place à part, dans la mesure où, contrairement à Delorme et à Bullant, il n'est pas issu d'une famille de maçons. Bourgeois aisé à la vie sans heurts, Lescot fut un amateur éclairé et savant, féru de théorie architecturale, mais aussi peintre et dessinateur. Loué par Du Bellay, ami de Ronsard, il fut familier de la cour et des souverains français. Cet esprit universel a laissé une œuvre limitée en quantité, mais déterminante pour l'art français. Du jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois, il ne reste que des vestiges sculptés par Goujon et un dessin identifié par Henri Zerner. Le château de Vallery est demeuré incomplet ; l'hôtel Carnavalet, traditionnellement attribué à Lescot, a été considérablement modifié, en particulier par François Mansart au xviie siècle.

Le Louvre suffit à la gloire de Lescot. La construction du palais a fait l'objet de nombreuses recherches ; Jean Guillaume doit publier la première étude d'ensemble sur le Louvre de Lescot, qui mettra en évidence l'importance du bâtiment. Le dessin du nouveau château royal fut commandé par François Ier en 1546, et l'architecte, confirmé dans ses fonctions par Henri II, conserva la responsabilité du chantier jusqu'à sa mort. Sur l'emplacement du vieux Louvre de Charles V (c'est-à-dire le quart sud-ouest de l'actuelle cour Carrée : le quadruplement de la cour ne fut réalisé qu'au xviie siècle), il fit construire le corps de logis, l'aile gauche et le pavillon d'angle, dit pavillon du roi. Ce pavillon, visible de la rive gauche, révélait une très nette influence de l'architecture italienne contemporaine, en particulier celle du palais Farnèse : les niveaux superposés nettement différenciés par des corniches continues et les bossages d'angles (tous éléments que l'on retrouve à Vallery) étaient inspirés de l'œuvre d'Antonio da Sangallo le Jeune, de même que l'opposition entre ce traitement et celui de la cour. L'élévation de la façade sur cour est en effet l'élément le plus remarquable et le plus significatif de cet ensemble. On y voit apparaître les ordres d'architecture dessinés avec une perfection que seul Delorme peut égaler à l'époque. Ces ordres témoignent d'une profonde connaissance de l'architecture antique et des recherches théoriques les plus modernes. L'influence de Sebastiano Serlio se manifeste dans l'emploi d'un ordre composite superposé à un ordre corinthien (réalisé à la même époque au château bourguignon d'Ancy-le-Franc) et dans le traitement très orthodoxe des entablements (en refusant la superposition du denticule et des modillons, Lescot suit davantage les leçons de l'Italien que celles de la réalité antique). La morphologie de ce langage architectural à l'antique est donc très marquée par l'Italie. Mais, en même temps, la façade du Louvre est « un des parangons de l'architecture à la française » (J.-M. Pérouse de Montclos, L'Architecture à la française, Paris, 1982). La syntaxe des ordres est en effet typique : emploi d'un rythme triomphal, avec des colonnes en fort relief, jeux subtils d'interruption des entablements. D'autres éléments apparaissent, qui sont ou deviendront caractéristiques : les croisées, les fenêtres segmentaires (à la partie supérieure en arc de cercle) et le toit brisé, qu'on appellera plus tard toit « à la Mansart ». Toute l'architecture française du xviie siècle en sera marquée.

La très haute qualité architecturale de l'œuvre de Lescot est valorisée en outre par la collaboration de Jean Goujon. Les deux hommes, qui avaient déjà travaillé ensemble au jubé de Saint-Germain, ont réalisé au Louvre un ensemble remarquable, autant du point de vue de la symbolique iconographique traduisant les aspirations de Henri II au trône impérial (comme l'a montré Volker Hoffmann, « Le Louvre de Henri II. Un palais impérial », in Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, 1982) que de l'organisation formelle, avec une savante gradation du décor sculpté dans les différents étages. La tribune des Cariatides est un autre extraordinaire résultat de cette collaboration exemplaire.

Tout en sachant rester dans l'esprit de l'architecture à [...]

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  • : professeur d'histoire de l'art moderne à l'université de Tours, Centre d'études supérieures de la Renaissance

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Pour citer l’article

Yves PAUWELS, « LESCOT PIERRE (1510 env.-1578) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-lescot/