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OCCUPATION (FRANCE) Mémoires et débats

Nouvelles approches au tournant des années 1970

Dans le sillage de Mai-68, la sortie du documentaire Le Chagrin et la pitié en 1971, réalisé par Marcel Ophüls, fait office de révélateur : le film insiste sur les turpitudes du régime de Vichy et pointe les petites lâchetés ordinaires qui l'accompagnent. Toutefois, Germaine Tillion, ethnologue de renom et pionnière de la résistance, signe le 8 juin 1971 dans Le Monde une tribune libre où elle affirme : « De cet ensemble se dégage le profil d'un pays hideux. Ce profil n'est pas ressemblant. » Faisant état de sa propre expérience, elle juge que « la majorité silencieuse ne mérite pas un mépris si souverain. » Il reste que le film ouvre une brèche pour la publication de nombreux livres et la réalisation de films qui peignent le tableau d'une France très majoritairement collaboratrice, veule et lâche.

À la même époque, une recherche approfondie et féconde commence pourtant à porter ses fruits grâce à trois historiens : Henri Michel et son ouvrage Vichy année 40 publié en 1966 ; l'Allemand Eberhard Jäckel avec La France dans l'Europe d'Hitler traduit en 1968 ; le Français Yves Durand avec Vichy 1940-1944 paru en 1972. En réalité, on est entré inopinément dans une nouvelle phase sur la perception du régime de Vichy. La parution du livre de l'historien américain Robert Paxton (La France de Vichy, 1973) fait également événement. Tous ces ouvrages restituent, pour la première fois, toute la part d'autonomie vis-à-vis de l'occupant nazi et donc de responsabilité du régime de Vichy dans la politique menée de 1940 à 1944.

Dès lors, le régime de Vichy est ausculté sous toutes ses coutures. Des allées du pouvoir, les historiens passent graduellement au pays vu d'en bas : de la France de Vichy aux Français sous Vichy, comme le souligne la parution, en 1992, des actes du colloque Vichy et les Français organisé par l'Institut d'histoire du temps présent. L'historien Henry Rousso analyse, quant à lui, le souvenir de Vichy (Le Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, 1987). Puis, de nouvelles recherches novatrices affinent encore notre connaissance de Vichy : avec des études montrant les responsabilités de la haute administration (Marc Olivier Baruch, Servir l'État français. L'administration en France de 1940 à 1944, 1997) ou des travaux sur la politique de moralisation de la société française (Marc Boninchi, Vichy et l'ordre moral, 2005), sans omettre le volet répressif du régime (Alain Bancaud, Une exception ordinaire. La magistrature en France, 1930-1950, 2002 ; Denis Peschanski, La France des camps. L'internement, 1938-1946, 2002), ni la politique coloniale de Vichy dans l'empire français (Jacques Cantier & Eric Jennings dir., L'Empire colonial sous Vichy, 2004).

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Écrit par

  • : membre senior de l'Institut universitaire de France, professeur des Universités en histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Lyon

Classification

Pour citer cet article

Laurent DOUZOU. OCCUPATION (FRANCE) - Mémoires et débats [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Procès d'Adolf Eichmann, 1961 - crédits : Bettmann/ Getty Images

Procès d'Adolf Eichmann, 1961

Combats pour la libération de Paris, 1944 - crédits : Hulton-Deutsch/ Corbis Historical/ Getty Images

Combats pour la libération de Paris, 1944

Robert Paxton - crédits : Stephane Klein/ Sygma/ Getty Images

Robert Paxton

Autres références

  • ABETZ OTTO (1903-1958)

    • Écrit par Jean BÉRENGER
    • 332 mots

    Important dignitaire nazi, artisan dès avant 1933 d'une réconciliation franco-allemande en particulier avec Jean Luchaire et Fernand de Brinon, Otto Abetz eut pour rôle essentiel d'occuper, de 1940 à 1944, le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Sa mission avait un double caractère qui dépassait...

  • AFFICHE ROUGE L'

    • Écrit par Stéphane COURTOIS
    • 2 508 mots
    • 2 médias

    En février 1944, une gigantesque affiche fut placardée dans les principales villes de France par les services de la propagande allemande. Sur un fond rouge se détachaient en médaillon les visages de dix hommes aux traits tirés, avec une barbe de plusieurs jours. En haut de l'affiche, on pouvait...

  • ARMISTICE DE 1940

    • Écrit par Guy ROSSI-LANDI
    • 935 mots
    • 1 média

    L'armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La « drôle de guerre » a pris fin le 10 mai 1940 avec l'invasion de...

  • ART SOUS L'OCCUPATION

    • Écrit par Laurence BERTRAND DORLÉAC
    • 7 408 mots
    • 2 médias
    Le 22 juin 1940, la convention d'armistice ratifiait la victoire de l'Allemagne nazie. Le 9 juillet 1940, le ministère de la Propagande du IIIe Reich donnait au vaincu un avant-goût du sort qu'il lui réservait : la France ne serait pas considérée comme une « alliée » mais jouerait en Europe...
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Voir aussi