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OCCUPATION (FRANCE) Mémoires et débats

Le mythe du résistantialisme et la réception de « La France de Vichy » de Robert Paxton

Comme l'écrit Stanley Hoffmann, les Français n'ont jamais cru en leur for intérieur au mythe d'une France unanimement résistante. Toutefois, le fait que la Résistance ait été minoritaire durant toute la période ne signifie pas qu'elle ait été marginalisée, ni marginale. Il est clair qu'au printemps de 1944 la Résistance emporte l'adhésion de Français qui ne sont pas nécessairement enclins à prendre des risques mais sont gagnés à sa cause. Une fois retombée l'euphorie de la Libération, il est probable que les Français n'ont pas confondu ce qui s'était passé durant les années d'Occupation avec l'embrasement des semaines de la Libération.

La glorification de la Résistance ne doit pas conduire à penser que les Français se sont laissés abuser sur ce qu'avait été leur attitude durant la guerre. D'ailleurs, cette vision glorieuse dure peu. Comme l'a montré l'historienne Sylvie Lindeperg, le cycle des films héroïques inauguré par La Libération de Paris s'épuise dès la fin de l'année 1946. Parfait exemple du résistancialisme – un concept forgé par Henry Rousso pour désigner le mythe d'une France qui aurait été unanimement résistante –, Le Père tranquille de René Clément (1946), qui raconte l'histoire d'un homme semblant accepter l'Occupation tout en dirigeant un réseau de résistants, illustre surtout « la liquidation de la veine épique, preuve que l'exaltation des premiers mois commençait à retomber à la manière d'un soufflé ». Dix ans plus tard, le film Un condamné à mort s'est échappé, de Robert Bresson, montre la Résistance comme une aventure solitaire, spirituelle, mentale. De 1946 à 1958, la filmographie ne donne pas à voir une Résistance héroïque. Plus encore, la sortie en salle en 1959 de La Vache et le prisonnier de Henri Verneuil et de Babette s'en va-t-en guerre de Christian-Jaque révèle que les débuts de la Ve République s'annoncent propices aux comédies sur la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, La Grande Vadrouille (1966) s'éloigne encore plus du traitement compassé de la période. Puis, en 1983, la dérision fait irruption dans le cinéma sur les « années noires » avec Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré.

Robert Paxton - crédits : Stephane Klein/ Sygma/ Getty Images

Robert Paxton

Point de Résistance sacralisée donc sur les écrans. Mais alors comment expliquer que le livre de Robert Paxton soit présenté encore aujourd'hui comme la mise à mort d'un tabou ? D'abord, parce qu'il s'agit d'une étude inédite sur l'État français, ses dirigeants et leur politique. Ensuite, parce que l'historien propose un implacable réquisitoire qui entre en résonance avec les interrogations que la société française post-68 nourrit sur son passé. En effet, le roman de Joseph Kessel, L'Armée des ombres, porté à l'écran par Jean-Pierre Melville en 1969, intéressa moins que les analyses concernant les responsabilités propres de Vichy et de ceux qui avaient soutenu le régime.

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Écrit par

  • : membre senior de l'Institut universitaire de France, professeur des Universités en histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Lyon

Classification

Pour citer cet article

Laurent DOUZOU. OCCUPATION (FRANCE) - Mémoires et débats [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Procès d'Adolf Eichmann, 1961 - crédits : Bettmann/ Getty Images

Procès d'Adolf Eichmann, 1961

Combats pour la libération de Paris, 1944 - crédits : Hulton-Deutsch/ Corbis Historical/ Getty Images

Combats pour la libération de Paris, 1944

Robert Paxton - crédits : Stephane Klein/ Sygma/ Getty Images

Robert Paxton

Autres références

  • ABETZ OTTO (1903-1958)

    • Écrit par Jean BÉRENGER
    • 332 mots

    Important dignitaire nazi, artisan dès avant 1933 d'une réconciliation franco-allemande en particulier avec Jean Luchaire et Fernand de Brinon, Otto Abetz eut pour rôle essentiel d'occuper, de 1940 à 1944, le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Sa mission avait un double caractère qui dépassait...

  • AFFICHE ROUGE L'

    • Écrit par Stéphane COURTOIS
    • 2 508 mots
    • 2 médias

    En février 1944, une gigantesque affiche fut placardée dans les principales villes de France par les services de la propagande allemande. Sur un fond rouge se détachaient en médaillon les visages de dix hommes aux traits tirés, avec une barbe de plusieurs jours. En haut de l'affiche, on pouvait...

  • ARMISTICE DE 1940

    • Écrit par Guy ROSSI-LANDI
    • 935 mots
    • 1 média

    L'armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La « drôle de guerre » a pris fin le 10 mai 1940 avec l'invasion de...

  • ART SOUS L'OCCUPATION

    • Écrit par Laurence BERTRAND DORLÉAC
    • 7 408 mots
    • 2 médias
    Le 22 juin 1940, la convention d'armistice ratifiait la victoire de l'Allemagne nazie. Le 9 juillet 1940, le ministère de la Propagande du IIIe Reich donnait au vaincu un avant-goût du sort qu'il lui réservait : la France ne serait pas considérée comme une « alliée » mais jouerait en Europe...
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Voir aussi