OPHÜLS MARCEL (1927- )

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Cinéaste français d'origine allemande, fils du cinéaste Max Ophüls, Marcel Ophüls est également à l'aise dans trois cultures, la française, l'allemande et l'anglo-américaine, ce qui lui vaut de partager son activité entre plusieurs pays et de s'intéresser à certains aspects de la Seconde Guerre mondiale. Après un passage par la fiction, il fit une entrée remarquée dans le documentaire avec Le Chagrin et la Pitié (1971), longtemps interdit d'antenne, malgré son énorme succès dans le circuit des cinémas d'art et d'essai. À la légende rose d'une France résistante, Marcel Ophüls opposait la légende noire d'une France largement ralliée à la collaboration, montrant que les juifs français ou résidant en France avaient été déportés avec la participation active de la police française. Il s'agissait là d'une remise en cause de l'imaginaire historique français, procédant à l'inversion d'une légende par le documentaire. La technique du cinéaste, très efficace, consiste à pousser chacun dans ses retranchements, et, au montage, à le mettre face à ses contradictions éventuelles. Les anciens résistants, paysans ou petit peuple citadin, sont des antithèses de l'image traditionnelle du héros ; ceux qui ont assisté de loin à l'occupation, sans collaborer ni résister – en général de petits notables de Clermont-Ferrand, ville de référence du film –, tiennent un discours vague que la vigilance du cinéaste n'a pas de peine à prendre en défaut ; les vrais collaborateurs, enfin, responsables politiques ou administratifs encore en fonctions, usent avec aisance de la rhétorique pour se décharger de toute culpabilité. Après ce coup de maître, Marcel Ophüls, inspirant désormais quelque méfiance en France, réalisa en 1976 aux États-Unis un film de même inspiration sur le procès de Nuremberg et ses séquelles (The Memory of Justice). Il tourna ensuite un film tout aussi implacable sur le procès Barbie (The Life and Time of Klaus Barbie / Hôtel Terminus, 1985-1988, États-Unis), puis un documentaire enquête sur la réunification allemande (November Days, 1990, Grande-Bretagne). En 1994, il consacra un film de trois heures et demie au conflit de Bosnie et au métier de correspondant de guerre : Veillée d'armes, histoire du journalisme en temps de guerre (France). La première partie est consacrée à Sarajevo ; la seconde au métier de correspondant de guerre. Ophüls utilise un matériel composite, fait d'entretiens avec des journalistes (sur le front ou à l'arrière) et avec des personnalités médiatiques, d'extraits de films romanesques (dont De Mayerling à Sarajevo de Max Ophüls), de films documentaires, d'émissions télévisées. Le film balance entre le plaidoyer pour la cause bosniaque et l'analyse du rôle et du comportement des journalistes de terrain, pris entre le goût du risque et la peur, entre leur sympathie pour la cause bosniaque et leur devoir de relater la vérité. Il donne la parole à la « piétaille » (le mot est de l'un d'entre eux) obligée de prendre des risques, alors que d'autres restent tranquillement à l'abri. Les allusions à la guerre du Golfe permettent de mieux définir les risques du métier et les barrières sournoises qui privent l'information de ce qu'elle doit parfois au courage (ou à la bravade) des professionnels, se transformant ainsi en information spectacle. Cette manière de poser des questions volontiers provocatrices, de pousser les interviewés dans leurs retranchements, de souligner les contradictions, de parodier les réticences (très utilisée dans Jours de novembre), de recourir à un matériel disparate, de prendre parti sans dissimulation, est très significative du cinéma de Marcel Ophüls.

Marcel Ophüls

Photographie : Marcel Ophüls

Français d'origine allemande, le cinéaste Marcel Ophüls, auteur du très célèbre Le Chagrin et la Pitié., interroge aujourd'hui l'histoire depuis les États-Unis. 

Crédits : Moenkebild/ ullstein bild/ Getty Images

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Avec Un Voyageur (2012), le cinéaste livre une manière d’autoportrait dans lequel il revient sur les lieux qui l’ont marqué et évoque ses maîtres : Max Ophüls, bien sûr, mais aussi Bertolt Brecht, Ernst Lubitsch, Otto Preminger et François Truffaut.

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Écrit par :

  • : écrivain et critique de cinéma, ancien chargé de cours à l'université de Paris-VII-Denis-Diderot, docteur de troisième cycle, université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Guy GAUTHIER, « OPHÜLS MARCEL (1927- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-ophuls/