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OCCUPATION (FRANCE) Mémoires et débats

La mémoire de la Résistance en retrait

Combats pour la libération de Paris, 1944 - crédits : Hulton-Deutsch/ Corbis Historical/ Getty Images

Combats pour la libération de Paris, 1944

En 1951, le Comité d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale (C.H.2.G.M.) qui succède à la C.H.O.L.F. est directement rattaché à la présidence du Conseil. Du fait de ce lien, on a souvent conclu que la Résistance aurait fait l'objet d'une écriture en quelque sorte officielle, propre à conforter le mythe d'une France unanimement résistante. Mais si le C.H.2.G.M. accorde la priorité aux thèmes de la Résistance et de la déportation, il constitue également des commissions qui étudient tous les aspects de la France des « années noires » : captivité de guerre, histoire militaire, histoire économique et sociale, collaboration, empire colonial, groupements religieux...

Surtout, les travaux sur la Résistance ne donnent pas lieu à publication avant ceux sur le régime de Vichy, probablement parce que cette histoire intimide par sa complexité et par les enjeux qu'elle suscite. Le premier ouvrage de la collection Esprit de la Résistance, qui est une recension de textes clandestins (H. Michel et B. Mirkine-Guetzevitch, Les Idées politiques et sociales de la Résistance, documents clandestins, 1940-1944) paraît en 1954. Prenant fait et cause pour une histoire conçue si près des événements qu'elle relate – alors que cela ne va pas de soi dans l'université à l'époque –, l'historien Lucien Febvre en rédige l'avant-propos, un plaidoyer argumenté en faveur de l'écriture de cette histoire à chaud.

En 1957, la première histoire d'un grand mouvement de Résistance, Combat, est écrite par Marie Granet et Henri Michel, membres du C.H.2.G.M. Alors que les historiens de la Résistance ont été pour la plupart des acteurs de celle-ci, leur circonspection est étonnante. En tant qu'historiens, ils sont pleinement conscients de la difficulté d'écrire dans le sillage des événements et, en tant qu'acteurs, ils savent la complexité de l'histoire qu'ils ont contribué à façonner. Certains refuseront pendant longtemps de publier leurs souvenirs au motif que leur action était minoritaire, que la Résistance des débuts était leur affaire et non celle de leurs concitoyens. Henri Frenay, le fondateur du mouvement résistant Combat, ne se résout à publier La nuit finira qu'en 1973, tandis que Claude Bourdet, résistant, déporté puis responsable politique, publiera deux ans plus tard L'Aventure incertaine. Une telle posture remet fortement en cause la thèse si facilement admise d'une France qui se serait crue unanimement résistante.

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Écrit par

  • : membre senior de l'Institut universitaire de France, professeur des Universités en histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Lyon

Classification

Pour citer cet article

Laurent DOUZOU. OCCUPATION (FRANCE) - Mémoires et débats [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Procès d'Adolf Eichmann, 1961 - crédits : Bettmann/ Getty Images

Procès d'Adolf Eichmann, 1961

Combats pour la libération de Paris, 1944 - crédits : Hulton-Deutsch/ Corbis Historical/ Getty Images

Combats pour la libération de Paris, 1944

Robert Paxton - crédits : Stephane Klein/ Sygma/ Getty Images

Robert Paxton

Autres références

  • ABETZ OTTO (1903-1958)

    • Écrit par Jean BÉRENGER
    • 332 mots

    Important dignitaire nazi, artisan dès avant 1933 d'une réconciliation franco-allemande en particulier avec Jean Luchaire et Fernand de Brinon, Otto Abetz eut pour rôle essentiel d'occuper, de 1940 à 1944, le poste d'ambassadeur d'Allemagne à Paris. Sa mission avait un double caractère qui dépassait...

  • AFFICHE ROUGE L'

    • Écrit par Stéphane COURTOIS
    • 2 508 mots
    • 2 médias

    En février 1944, une gigantesque affiche fut placardée dans les principales villes de France par les services de la propagande allemande. Sur un fond rouge se détachaient en médaillon les visages de dix hommes aux traits tirés, avec une barbe de plusieurs jours. En haut de l'affiche, on pouvait...

  • ARMISTICE DE 1940

    • Écrit par Guy ROSSI-LANDI
    • 935 mots
    • 1 média

    L'armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. La « drôle de guerre » a pris fin le 10 mai 1940 avec l'invasion de...

  • ART SOUS L'OCCUPATION

    • Écrit par Laurence BERTRAND DORLÉAC
    • 7 408 mots
    • 2 médias
    Le 22 juin 1940, la convention d'armistice ratifiait la victoire de l'Allemagne nazie. Le 9 juillet 1940, le ministère de la Propagande du IIIe Reich donnait au vaincu un avant-goût du sort qu'il lui réservait : la France ne serait pas considérée comme une « alliée » mais jouerait en Europe...
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Voir aussi