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MÉSOPOTAMIE Les mathématiques

Le Proche-Orient ancien a livré aux archéologues des centaines de tablettes d’argile contenant des textes mathématiques notés en écriture cunéiforme. Les plus anciennes d’entre elles remontent au début du IIIe millénaire avant notre ère, et les plus récentes aux derniers siècles avant notre ère.

Lorsque l’assyriologue François Thureau-Dangin et le mathématicien Otto Neugebauer ont commencé, dans les années 1930, à publier ces écrits très anciens, la communauté scientifique découvrit que des traditions mathématiques extrêmement sophistiquées avaient devancé de plusieurs millénaires celles qui étaient connues jusque-là, notamment en langue grecque et en langue chinoise. Les débuts de l’ histoire des mathématiques reculaient de presque trois mille ans dans le passé. Les mathématiques du Proche-Orient ancien sont donc les plus anciennes dans l’histoire, et les plus récentes dans l’historiographie.

Plus de trois mille ans sont documentés par l’ écriture sur argile, qui fut pratiquée dans une vaste région allant de la Méditerranée orientale jusqu’à l’Iran d'aujourd'hui. Un tel pan d’histoire a produit des traditions mathématiques très différentes les unes des autres. En effet, les contextes sociaux, économiques et politiques se sont considérablement modifiés au cours de ce temps long. Dans cet espace immense, la technologie de l’écriture et du calcul s’est transformée au fil du temps, et les communautés intéressées par les spéculations mathématiques ont pu varier. Les élites politiques des grands États centralisés de la fin du IIIe millénaire, les maîtres des écoles de scribes du début du IIe millénaire et les prêtres des temples de Babylonie de la fin du Ier millénaire n’avaient ni les mêmes préoccupations, ni les mêmes technologies à leur disposition, ni les mêmes héritages culturels. Dans ces différents contextes, des mathématiques de contenu et de style différents ont émergé. En croisant les données fournies par les bases de données en ligne, notamment celle du Cuneiform Digital Library Initiative (CDLI), les inventaires des musées et les publications récentes, on peut estimer à environ deux mille cinq cents le nombre de tablettes mathématiques connues à ce jour. Cette production n’a été ni continue ni régulière pendant les trois mille ans de l’histoire du Proche-Orient ancien. L’immense majorité des tablettes mathématiques parvenues jusqu’à nous est datée de l’époque paléo-babylonienne. Certaines périodes, comme celles de la IIIe dynastie d’ Ur et de l’ Empire néo-assyrien, pourtant très prolifiques en textes écrits, n’ont livré que très peu de textes relevant de cette discipline. Les quelques textes datés des périodes situées entre le milieu du IIe millénaire et le milieu du Ier millénaire sont élémentaires, alors que la petite production des époques tardives (achéménide et séleucide) est d’un contenu mathématique très élaboré.

L’histoire de la Mésopotamie du Sud : périodisation

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Provenance et nombre approximatif des tablettes mathématiques parvenues jusqu’à nous

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Les textes archaïques

Les plus anciennes traces d’écriture apparaissent vers 3500 avant l’ère commune dans les cités d’ Uruk (Mésopotamie du Sud) et de Suse (ouest de l’Iran actuel). Deux thèses s’opposent concernant l’invention de l’écriture : l’une, défendue par Denise Schmandt-Besserat, met l’accent sur la continuité entre l’écriture et des systèmes de compte au moyen d’objets d’argile de formes variées, plus anciens, attestés dès le Ve millénaire au Proche-Orient ; l’autre, défendue par Jean-Jacques Glassner, met l’accent sur le caractère fondamentalement innovant, voire révolutionnaire, de l’écriture.

Les premiers écrits, qui ne sont pas encore complètement déchiffrés, sont essentiellement des signes numériques et métrologiques tracés sur des tablettes d’argile. Ils reflètent le plus souvent des systèmes d’enregistrement de biens tels que grain, bière ou bétail, ou fournissent[...]

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Écrit par

  • : docteure ès histoire des sciences, habilitée à diriger des recherches, directrice de recherche au CNRS, université Paris-VII-Denis-Diderot

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

L’histoire de la Mésopotamie du Sud : périodisation

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Provenance et nombre approximatif des tablettes mathématiques parvenues jusqu’à nous

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Notation sexagésimale positionnelle dans l’écriture cunéiforme

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Autres références

  • AKKAD

    • Écrit par Gilbert LAFFORGUE
    • 2 890 mots
    • 3 médias

    Akkad (du sémitique Akkadû, forme à laquelle le scribe préférait Agadé) désigne à la fois une « ville de royauté » du IIIe millénaire avant J.-C. et la partie nord de la Babylonie. Du nom de la cité dérive le terme akkadien, qui sert à qualifier la dynastie royale d'Akkad, la population...

  • ALEXANDRE LE GRAND (356-323 av. J.-C.)

    • Écrit par Paul GOUKOWSKY
    • 6 470 mots
    • 5 médias
    ...était nombreuse et de valeur, manquaient désormais les mercenaires grecs, décimés au cours des précédentes batailles ou perdus dans de vaines aventures. Les deux armées se rencontrèrent en Haute-Mésopotamie, près du village de Gaugamèles, non loin de la ville assyrienne d'Arbèles (Erbil). C'était une vaste...
  • AMORRITES ou AMORRHÉENS

    • Écrit par Gilbert LAFFORGUE
    • 728 mots

    Amorrites, ou Amorrhéen, est un nom de peuple que les orientalistes ont tiré du mot akkadien Amourrou, par lequel les Mésopotamiens désignaient la région située à l'ouest de leur pays et aussi ses habitants.

    Comme les Amorrites n'ont pas écrit leur langue, nous ne les connaissons que par...

  • ANTHROPOLOGIE ANARCHISTE

    • Écrit par Jean-Paul DEMOULE
    • 4 849 mots
    • 3 médias
    ...processus d’apparition de l’agriculture sédentaire à partir du IXe millénaire avant notre ère, du moins dans l’exemple qu’il a choisi, celui de la Mésopotamie. Lui-même éleveur en sus de ses fonctions universitaires, il décrit le processus de formation d’une nouvelle socialisation, la domus...
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Voir aussi