CONSTANT MARIUS (1925-2004)

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Chef d'orchestre et compositeur français d'origine roumaine, Marius Constant est un indépendant qui a trouvé sa voie entre les chapelles et les courants à la mode. La nouveauté l'attirait par passion et par curiosité, comme moyen d'expression mais non comme une fin en soi.

Né à Bucarest le 7 février 1925, il fait ses études musicales au Conservatoire de sa ville natale, dont il sort diplômé en 1944 après avoir remporté le prestigieux prix de composition Georges-Enesco un an plus tôt. Il reçoit à la même époque les conseils du grand musicien roumain puis vient travailler à Paris au Conservatoire (premier prix de composition en 1949) et à l'École normale de musique, où il est l'élève d'Olivier Messiaen, de Nadia Boulanger, de Tony Aubin et d'Arthur Honegger pour l'écriture et la composition, et de Jean Fournet pour la direction d'orchestre (1945-1949). La première partie de sa carrière est étroitement liée à la Radiodiffusion française, d'abord au Club d'essai en compagnie de Jean Tardieu (1952-1954) et au Groupe de recherches musicales (G.R.M.) avec Pierre Schaeffer et Pierre Henry ; puis, à l'époque de la R.T.F. et de l'O.R.T.F., il est à l'origine du programme de modulation de fréquence qui allait devenir France Musique sous sa direction (1963-1967).

Parallèlement, il développe une activité de compositeur prolifique dans le domaine chorégraphique et devient directeur musical des Ballets Roland Petit (1956-1966). Le chef d'orchestre se passionne pour la musique de son temps et fonde l'ensemble Ars nova, qu'il dirige de 1963 à 1986. De 1973 à 1978, il est directeur musical de la danse à l'Opéra de Paris dans l'équipe de Rolf Liebermann. En 1978, il est nommé professeur d'instrumentation et d'orchestration au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il meurt à Paris le 15 mai 2004.

Curiosité et diversité sont les deux qualificatifs qui peuvent s'appliquer à l'œuvre de Marius Constant. Dès 1952, il remporte le prix Italia pour une partition radiophonique, Le Joueur de flûte. Il s'exprime alors dans un langage néo-impressionniste et fait montre en matière d'orchestration d'une grande habileté qui s'affirme dans le poème symphonique Turner (1961), où il parvient à restituer l'atmosphère du peintre anglais. Pour Maurice Béjart, il compose le ballet Haut-Voltage (1956) ; pour Roland Petit, Cyrano de Bergerac (1959), Éloge de la folie d'après Érasme (1966), Septentrion (1975), Nana d'après Zola (1976) et L'Ange bleu (1985) ; pour Rudolf Noureev, Paradis perdu (1967) ; pour le mime Marceau, Candide (1970), dont il fera une adaptation pour clavecin et orchestre ; c'est avec Les Chants de Maldoror, sur des poèmes de Lautréamont, pour récitant, danseur-chef d'orchestre et orchestre (1962), qu'il affirme son originalité en confiant aux vingt-trois musiciens le soin d'improviser en fonction de leur réaction au texte. Il s'essaye également à l'écriture sérielle sans jamais se soumettre à un procédé exclusif. L'homme est trop indépendant, son imagination débordante. Le jazz l'attire également.

Au concert, il a donné un Concerto pour piano, créé par Geneviève Joy en 1956 au festival d'Aix-en-Provence, un Concerto pour tuba et orchestre à cordes (1958), 24 Préludes pour orchestre dont Leonard Bernstein dirige la première audition en 1959, à Paris, Chaconne et marche militaire pour orchestre (1968), Quatorze Stations pour quatre-vingt-douze instruments à percussion (1969-1970), première partition de ce genre (son exécution occupe une soirée entière), écrite pour Sylvio Gualda, une Symphonie concertante pour six pianos et orchestre (1995), toutes œuvres à la recherche de nouvelles couleurs et de nouveaux dialogues. Le théâtre lyrique l'attire aussi, autre domaine dans lequel son sens de l'invention peut expérimenter de nouvelles formes, notamment dans une collaboration avec Jean Tardieu pour un opéra improvisé, La Serrure (1969), et pour Le Souper (1969), opéra sans orchestre pour baryton et chœur (en coulisse). Plus tard, c'est un manuscrit du xive siècle qui donne lieu à un cérémonial d'église chanté et parlé en provençal, Le Jeu de sainte Agnès (1974) : l'orchestre se réduit à un orgue Hammond, une guitare électrique, un trombone, quelques percussions. La contribution la plus originale de Marius Constant au répertoire lyrique est La Tragédie de Carmen (1981), adaptation conjointe avec Peter Brook du chef-d'œuvre de Bizet, créée à Paris, aux Bouffes du Nord, avant de faire le tour du monde.

Passionné par le travail d'adaptation, il compose Pelléas et Mélisande-symphonie d'après les interludes de l'ouvrage de Debussy (1983), puis il signe une orchestration de Gaspard de la nuit de Ravel (1990), avant de récidiver (avec une moindre réussite) en compagnie de Peter Brook pour Impressions de Pelléas (1992). Son dernier travail scénique le voit se tourner vers le marquis de Sade avec un mélodrame fantastique, Sade-Teresa (1995).

Son œuvre est parsemé de pièces écrites souvent au hasard des circonstances et qui ont fait carrière, parfois grâce à la notoriété de leurs créateurs : Par le feu, 5 chants et une vocalise pour soprano et orchestre (créés à Venise en 1968 par Régine Crespin), Moulin à prière pour deux clavecins (1969), écrit pour Elisabeth Chojnacka, Stress avec Martial Solal.

Le chef d'orchestre n'a jamais cherché à faire carrière. Il servait les compositeurs de son temps délaissés par les courants officiels, de Barraud à Jolivet et Xenakis ou Ballif. Il a toujours gardé une grande fidélité à son maître Honegger et a su partir à la découverte de nouveaux talents, comme Pascal Dusapin. C'est dans le même esprit qu'il a longtemps présidé le jury du concours international de jeunes chefs d'orchestre de Besançon. Avec l'ensemble Ars nova, formation à géométrie variable, il s'est adonné souvent à l'improvisation, tant dans le domaine de la musique aléatoire que du jazz.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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PERCUSSION, musique

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Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « CONSTANT MARIUS - (1925-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marius-constant/