MADRASA

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Le terme de madrasa désigne d'abord tout lieu d'enseignement puis plus spécialement un édifice ou un local aménagé pour les cours. Des madrasas privées au domicile des professeurs se multiplient dans la partie orientale de l'Empire ‘abbāsside dès le xe siècle. L'idée d'utiliser cette institution comme instrument de propagande politique et religieuse est due à Nizam al-Mulk (mort en 1092), vizir des grands Seldjoukides. Il transforme l'école privée en une institution d'État dont les professeurs sont nommés par le gouvernement et dont le but est, outre la formation de fonctionnaires dévoués, l'application du programme de renaissance de l'orthodoxie musulmane, qui s'intensifie à partir du xie siècle, à la veille des croisades. La fondation des Nizamiyas dans les principales villes de l'État seldjoukide marque un tournant du système d'éducation en Islam. Aucune de ces madrasas n'a survécu et l'on ne connaît que le plan restitué de celle de Khargird (1087). Il s'agit d'une madrasa à quatre iwans autour d'une cour rectangulaire. Le plan cruciforme des madrasas a soulevé au début du xxe siècle de nombreuses controverses quant à son origine. Une meilleure connaissance des monuments musulmans de l'Iran oriental permet d'en retrouver le modèle dans le plan de la maison d'habitation (dar) du Khorasan et dans les édifices à cour centrale, courants en Asie centrale. Les Seldjoukides en importent l'institution et le plan en Asie antérieure. De nombreuses madrasas sont construites en Syrie, au xiie siècle, par les princes et les hauts dignitaires, dans le cadre de la politique de réarmement moral musulman face aux croisés. Le plan s'organise autour d'une spacieuse cour centrale sur laquelle s'ouvrent les portes et les baies, tandis que dans les angles se trouvent les dépendances, l'élément essentiel de l'édifice restant le grand iwan. L'ensemble constitue un plan cruciforme inscrit dans un carré ordonné autour d'une cour dallée avec un bassin. Cette ordonnance, qui varie selon les dimensions des iwans, subsiste dans l'Orient méditerranéen jusqu'à l'époque ottomane.

Au xiie siècle apparaît un nouveau type d'édifice : la madrasa-mausolée, qui connaîtra une grande diffusion aux xiiie et xive siècles. L'exemple est donné à Damas par la madrasa Nuriya. Désormais, le fondateur se réserve dans un des coins extérieurs, généralement au sud-est, une salle à coupole qui abritera sa sépulture ; des fenêtres grillagées sont ouvertes sur le chemin afin que le cénotaphe soit bien visible et que le défunt puisse bénéficier des prières des passants. Le mausolée est intégré dans le programme architectural, où il se combine à la madrasa et à la mosquée comme à la madrasa Zahiriya de Damas (xiiie s.). On doit à Saladin l'introduction au Caire de la madrasa de type syrien à plan cruciforme. Certains ont voulu voir dans ce plan des dispositions prévues pour permettre l'enseignement simultané des quatre rites ; en fait, la madrasa à plan cruciforme ne fut à l'origine réservée qu'à l'un des rites musulmans. L'installation des quatre rites dans un même édifice n'est qu'une manière d'utiliser les angles du carré où s'inscrivent les quatre iwans (c'est le cas de la madrasa du sultan Hassan au Caire). En Anatolie, la madrasa à quatre iwans subit quelques modifications : la cour reste rectangulaire, mais les iwans latéraux sont de plus en plus petits. Dans certains cas, la rigueur du climat amène à couvrir la cour centrale d'une coupole avec oculus, comme à la madrasa Karatay de Konya (1251). Les Ottomans bâtissent sur le prototype classique de la cour ouverte ; ils entourent celle-ci d'un portique sous lequel s'ouvre une succession de pièces dotées de cheminées. En Asie centrale, la madrasa connaît un essor particulier à l'époque timouride (fin xiiie-déb. xive s.). On construit alors à Samarqand une des plus vastes madrasas du monde : la madrasa de Bibi Hanum.

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Nikita ELISSÉEFF, « MADRASA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/madrasa/