CRANACH L'ANCIEN LUCAS (1472-1553)

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Grâce à ses relations avec les milieux humanistes, Cranach a été comblé d'éloges par quelques écrivains qui ont sauvé son nom de l'oubli à l'époque classique (la première monographie qui lui a été consacrée date de 1726). Aussi a-t-il été longtemps tenu pour le plus grand peintre allemand de la Renaissance après Dürer. On apprécie mieux aujourd'hui la distance qui le sépare de Dürer, ainsi que de Grünewald. Si l'on excepte les œuvres de la période viennoise, découvertes à la fin du xixe siècle, et qui sont depuis lors l'objet d'une admiration jamais démentie, la place qu'on lui assigne relève en grande partie d'une appréciation subjective. On peut seulement constater qu'à partir de 1505 sa production est moins variée, moins complexe et plus sûrement identifiable que celle d'un Altdorfer ou d'un Baldung, ses contemporains.

La carrière de Cranach se divise en deux périodes inégales et très distinctes : un séjour à Vienne, d'environ 1500 à 1504, et son activité comme peintre de la cour des princes électeurs de Saxe, à Wittenberg, de 1505 à sa mort. Il y fut l'ami de Luther. Le changement de résidence s'accompagna d'un profond changement de style : à la vitalité, au pathétique violent des œuvres exécutées à Vienne s'oppose la froideur de sa production ultérieure, aux élégances sophistiquées, où l'on a vu tantôt un retour au gothique tantôt un des aspects du maniérisme international. Ces sujets, païens ou tirés de l'Ancien Testament, et prétextes à des nus d'un érotisme recherché, sont répétés à l'envi par un atelier devenu une véritable fabrique.

Son œuvre actuellement connue comprend plusieurs centaines de tableaux dispersés dans toutes les collections du monde, parmi lesquels il est souvent difficile de distinguer les œuvres de son atelier de celles de son fils Lucas Cranach le Jeune (1515-1586). À cela s'ajoute une centaine de gravures, dont seulement six sur cuivre, et presque autant de dessins.

Le Christ et la Femme adultère, L. Cranach l'Ancien

Photographie : Le Christ et la Femme adultère, L. Cranach l'Ancien

Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553), Le Christ et la Femme adultère. Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte, Naples. 

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Le séjour viennois

Cranach, né à Kronach (Franconie), était le fils d'un peintre dont nous ignorons l'œuvre aujourd'hui. Sa formation reste obscure et ses œuvres antérieures à 1500 ont disparu. Sa présence à Vienne entre 1500 et 1504 est attestée par les portraits qu'il fit de deux universitaires de cette ville et de leurs épouses ; ces toiles, plus particulièrement Le Docteur Cuspinian (env. 1502-1503, coll. Reinhart Winterthur) sont remarquables par l'intensité psychologique, l'importance du fond de paysage et la couleur chaleureuse, ainsi que par le dessin libre et souple, qui contraste avec celui, sec et pointu, des œuvres de la fin du xve siècle. Les mêmes qualités se retrouvent dans les autres tableaux de cette époque, en particulier le Saint Jérôme au désert (1502, musée d'Histoire de l'art, Vienne) et la grande Crucifixion de 1503, dite « de Schleissheim » (Munich, alte pinakothek). Par l'originalité de sa composition (la disposition inhabituelle des croix suggérant la profondeur), par le dépouillement de la mise en scène et par la vigueur expressive du dessin, cette œuvre compte parmi les plus remarquables de l'époque. Un an après cette page tragique, Cranach donnait avec le Repos pendant la fuite en Égypte (musée de Berlin-Dahlem) la plus célèbre idylle de la peinture allemande : la sainte Famille a fait halte dans un vallon, à l'orée d'un bois, auprès d'une source ; trois anges la récréent d'un concert, tandis que des putti papillonnent alentour.

La présence de Cranach à Vienne a incité les historiens à rechercher dans l'art de cette région une explication de sa première manière ; mais Cranach y arriva déjà formé puisqu'il avait, alors, presque trente ans. Certains ont trouvé des analogies entre les œuvres que Cranach fit à cette époque et celles laissées en Basse-Autriche par R. Frueauf le Jeune et Jörg Breu l'Ancien, qui y travaillèrent vers 1500 : même lyrisme tantôt véhément et tantôt idyllique, même passion du paysage, qui ont fait imaginer une communauté de style, le « style du Danube », repris quelques années plus tard par Altdorfer, et dont Cranach aurait été le principal représentant jusqu'à son départ pour la Saxe.

Cette thèse communément admise de l'origine de l'école du Danube doit être entièrement révisée. D'une part, le style de Frueauf est sans rapport avec elle et Breu, peintre médiocre et influençable, n'a rien d'un initiateur [...]

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Le Christ et la Femme adultère, L. Cranach l'Ancien

Le Christ et la Femme adultère, L. Cranach l'Ancien
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Saint Georges et le Dragon, L. Cranach l'Ancien

Saint Georges et le Dragon, L. Cranach l'Ancien
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La Chute, L. Cranach l'ancien

La Chute, L. Cranach l'ancien
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La Mélancolie, L. Cranach l’Ancien

La Mélancolie, L. Cranach l’Ancien
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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Genève

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Pour citer l’article

Pierre VAISSE, « CRANACH L'ANCIEN LUCAS - (1472-1553) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lucas-cranach-l-ancien/