METTERNICH KLEMENS VON (1773-1859)

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Klemens Wenzel Nepomuk Lothar, comte, puis prince de Metternich en 1813, demeure l'un des repoussoirs les plus fameux de l'historiographie libérale, en général, et française, en particulier. Pour nombre de nos compatriotes il garde le visage de sinistre geôlier qu'Edmond Rostand lui a prêté dans L'Aiglon. Il est vrai qu'on ne reste pas aux affaires pendant près de quarante ans sans marquer profondément la politique de son pays et, dans ce cas précis, la politique de l'Europe tout entière.

Klemens von Metternich, dessin

Photographie : Klemens von Metternich, dessin

Metternich. Dessin au crayon lithographique réalisé vers 1803 par le portraitiste Anton Graff. 

Crédits : Courtesy of the Staatliche Kunstsammlungen, Dresde

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Metternich, en effet, fut, de 1809 à 1848, le chef de la diplomatie et, à partir de 1821, le chancelier de Cour et d'État de la monarchie autrichienne.

Après la mort de l'empereur François, il fut même, de 1835 à 1848, le véritable souverain puisqu'il dirigeait le conseil de régence qui assistait Ferdinand le Débonnaire, bien incapable de gouverner, même avec l'aide d'un Premier ministre, les affaires de l'Autriche. En fait, il tenait son pouvoir de la confiance que ne cessa de lui prodiguer son maître, l'empereur François, et il eut en cela une position beaucoup plus confortable que Richelieu vis-à-vis de Louis XIII, même si des divergences d'opinion les opposèrent parfois, le Premier ministre se montrant, à l'occasion, plus libéral que son souverain en matière de police ou d'institutions. C'est que Metternich, personnage central d'un cabinet restreint, aurait souhaité devenir le chef d'un véritable Conseil des ministres qui eût regroupé les responsables des principaux départements ministériels. Finalement ni l'un ni l'autre ne furent capables de doter l'Autriche d'institutions modernes, car l'empereur était aussi conservateur que son ministre qui avouait dans ses Mémoires : « Le premier élément moral en moi, c'est l'immobilité. »

L'héritier de fidèles serviteurs de l'Empire

Loin d'être un policier féroce ou un imbécile solennel, Metternich était un admirateur du passé ou, plus exactement, un aristocrate du siècle des Lumières qui n'admettait pas les idées de la Révolution française. C'est pourquoi il a voulu maintenir ou restaurer l'ordre européen d'avant 1789, qui lui paraissait le moins mauvais possible.

Metternich était un rationaliste et un aristocrate cosmopolite. Il appartenait à une vieille et illustre famille rhénane, lui-même était né à Coblence, mais il faut dire aussi que sa famille avait toujours été fidèle à l'empereur depuis la guerre de Trente Ans. Des Metternich avaient servi dans les armées impériales et reçu des domaines en Bohême. D'autres avaient empêché que les électorats de Trèves et de Mayence ne se transformassent en protectorats français.

Son père avait servi Joseph II comme diplomate, ce qui n'empêcha pas le jeune François de commencer ses études à l'université de Strasbourg, suivant en cela l'exemple de son compatriote Goethe, avant d'aller faire son droit à Mayence (1790-1792). À vingt ans, en 1793, il entrait au service de l'empereur comme diplomate et accompagnait son père à Bruxelles, mais il ne considéra jamais ses études comme terminées et consacra une bonne partie de ses loisirs à la lecture, et plus volontiers à des ouvrages scientifiques qu'à la littérature d'imagination, car il avait suivi, par curiosité, les enseignements des professeurs de science et de médecine et, en cela, il demeurait un homme du xviiie siècle. Comme les aristocrates allemands de son temps, il maîtrisait à la perfection, outre sa langue maternelle et le latin, le français, et se révéla, dans sa correspondance privée, un homme d'esprit ; en outre, il savait l'italien, l'anglais et les langues slaves, qu'il apprit plus tard. Sa conversation était brillante, son amour de la nature très profond et sa foi religieuse de bon ton.

Il pratiquait le catholicisme, mais n'avait rien d'un mystique, ni même d'un chrétien zélé comme il s'en trouvait maint exemple en Autriche. La religion était pour lui affaire de convenance et de gouvernement ; en vérité, il admirait beaucoup Joseph II qui avait su mettre au pas l'Église catholique. Au fond, Metternich apparaît comme un épigone de Joseph II, utilisant au mieux l'œuvre de ce dernier pour résister aux assauts de la Révolution française et faisant d'une Église catholique disciplinée un défenseur de l'ordre.

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean BÉRENGER, « METTERNICH KLEMENS VON - (1773-1859) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/klemens-von-metternich/