DANNECKER JOHANN HEINRICH (1758-1841)

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Parmi les plus importants sculpteurs des années 1800, époque que l'on appelle, dans la culture allemande, le classicisme romantique, Johann Heinrich Dannecker développa son art dans le climat éclairé mais insulaire de la cour de Wurtemberg pour laquelle il travailla presque exclusivement pendant près d'un demi-siècle. Paradoxalement, un grand nombre de ses œuvres, destinées à des ensembles jamais réalisés, ne furent pas exécutées dans un matériau durable. En 1783, à vingt-cinq ans, Dannecker passa plus d'un an à Paris dans l'atelier de Pajou avant de se rendre à Rome où il séjourna quatre ans : comme pour beaucoup d'artistes de cette période, ces années de formation sont mal connues de même que les rapports artistiques précis qu'il entretint avec ses contemporains. L'intérêt qu'il porte à la redéfinition de la sculpture, entreprise dans le milieu néo-classique international, particulièrement actif à Rome pendant les années 1790, est néanmoins indiscutable. Dannecker a vu les œuvres gravées de Flaxman : ses dessins au trait souple, l'arrangement en frise qu'il donne aux compositions des reliefs et les profils lisses et accusés de ses figures en témoignent ; comme tous les sculpteurs de sa génération, il connaît parfaitement l'art de Canova. Il en retiendra ce qui rattache l'art canovien à l'art du xviiie siècle, une thématique néo-antique particulièrement à l'aise dans l'allégorie (projet pour L'Amour et Psyché, 1787). Dans la composition et dans l'exécution de l'esquisse et du modèle, il met en œuvre une gestuelle délicate, un canon de proportions graciles, une manière chiffonnée et sensible que ses marbres ne possèdent pas.

L'originalité de Dannecker s'exprime pleinement à partir des années 1790 dans les trois genres majeurs de la statuaire : la sculpture funéraire, le portrait et la grande figure ou « sujet ». Dans le premier, Dannecker semble avoir moins travaillé que ses contemporains sous la dictée des architectes ou dans une situation conflictuelle avec eux (projet d'un Monument à Schiller, 1805). Cela est inhabituel, bien que les nombreux programmes qu'il conçut — et dans lesquels, fait remarquable, la sculpture domine — ne purent aller au-delà de dessins et de modèles. Dans ceux d'un caractère plus architectural et qui furent réalisés (Mausolée Zeppelin, Louisbourg, 1802), les effets sont nettement classiques. Il exprime une conception monumentale large et une exécution pleine qui veut rappeler la sculpture grecque du ve siècle.

Son Autoportrait (1796) et le portrait de Schiller (1805), qui fut son ami, sont des œuvres connues de tous en Allemagne. Ils restent des illustrations exemplaires et attachantes du genre du portrait idéalisé tel que le comprit la théorie néo-classique. Le portrait est ressemblant, mais ses particularités trop individuelles sont atténuées au bénéfice du « type ».

Dans les figures, le néo-classicisme de Dannecker est déjà formulé dans l'intéressante statue de Sapho (1797) ; ses effets seront infléchis dans le purisme de l'Amour gracieux, lissé et aux aplombs contrôlés qu'il réalise vers 1810-1815 (Neuwied). Ce sculpteur que l'on connaît mal, qui produisit peu, car les structures de production dans lesquelles il travailla l'empêchèrent pratiquement de rayonner hors d'Allemagne et de s'adonner à une exploitation sérielle de son œuvre, sut se renouveler dans des œuvres importantes. Le Christ colossal et élancé, auquel il travaille après 1815 (musée de l'Ermitage), traduit une réflexion avancée et originale sur la statuaire religieuse au moment où s'impose en Europe un art chrétien suave à vocation évangélique. Mais le nom de Dannecker resta surtout lié à une œuvre au sensualisme franc dont la renommée européenne fut immense. Dans Ariane sur la panthère (1804-1814, musée de Francfort), une œuvre pleine aux contours gras pour laquelle son propriétaire fit construire un temple à Francfort (détruit aujourd'hui), Dannecker sut adapter l'imagerie fatiguée du thiase (le cortège de Bacchus) à une évocation de la femme dont tous, au xixe siècle, ressentirent la modernité. Cette œuvre laissait loin derrière elle les rêves érudits de l'imagination archéologique ; elle lançait dans le siècle un de ses poncifs les plus durables, la rencontre de la femme et de l'animal, celle du Beau et du Féroce, u [...]

Urania, J. H. Dannecker

Photographie : Urania, J. H. Dannecker

Johann Heinrich Dannecker, «Urania, muse de l'astronomie», 1785-1789. Marbre, hauteur: 87 cm. Grand Palais, Pavlovsk, Russie. 

Crédits : AKG

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Californie, Berkeley (États-Unis)

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Pour citer l’article

Jacques de CASO, « DANNECKER JOHANN HEINRICH - (1758-1841) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johann-heinrich-dannecker/