JÉRUSALEM

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Les époques moderne et contemporaine

La conquête de Jérusalem par les Turcs en 1517 détermine un essor éphémère de la cité. Sous l'impulsion de Soliman le Magnifique, le juif Abraham Castro, la dote d'une enceinte rénovée ménageant des portes monumentales (dont celle dite de Damas) ; il y bâtit des fontaines protégées. Dès la seconde moitié du xvie siècle, la cité décline. Bien que siège d'un sanjak (gouverneur), elle est subordonnée à Damas et peu de Turcs s'y installent. Quelques familles musulmanes et chrétiennes y constituent une classe de notables. La stagnation de Jérusalem serait alors due, d'une part, à son éloignement des voies stratégiques du littoral, d'autre part, à son absence d'activité artisanale et d'arrière-pays agricole. La présence chrétienne y est assurée par des ordres religieux garantis par des capitulations de François Ier.

La population juive s'accroît avec l'immigration consécutive à l'expulsion d'Espagne : son essor spirituel, manifeste au xviie siècle, entraîne la venue de groupes de Ḥassidim en 1720. La communauté juive locale ne subsiste que grâce à l'aide extérieure collectée par des émissaires envoyés dans la diaspora, ses institutions étant prises en charge par la communauté de Constantinople. Juifs et chrétiens sont soumis à des mesures restrictives édictées par l'autorité islamique. Le Saint-Sépulcre est partagé entre franciscains, melkites, géorgiens, arméniens, abyssins, jacobites, syriens, nestoriens et coptes.

Au xixe siècle, les entreprises des puissances européennes pour s'assurer des droits de protection des chrétiens de Jérusalem progressent, tandis que la ville émerge lentement d'une situation qui restait semblable à celle du Moyen Âge. Vers 1865, elle atteint environ 18 000 habitants, dont 8 000 juifs. Les voyageurs européens lui donnent une nouvelle animation, mais les auteurs romantiques sont surtout sensibles à sa misère : « Je veux seulement essayer, écrit Pierre Loti, de noter les aspects actuels de sa désolation et de ses ruines » (Jérusalem). La cité sainte s'éveille pourtant : en 1837, on y imprime pour la première fois un livre, un rituel de prières en hébreu : en 1863 paraissent deux journaux hébreux, Halebanon et Ḥabaṣelet. Sous l'impulsion et avec l'appui financier du philanthrope anglais sir Moses Montefiore, des quartiers neufs sont élevés extra muros pour loger l'excédent d'une population juive qui étouffait dans un minuscule quartier. C'est aujourd'hui le site poétique de Mishkenot Sha'ananim et de Yemin Moshe, résidences d'artistes, centre musical, jardins de rocaille, et, entièrement rénové, le moulin-musée de Montefiore. Des écoles et des hôpitaux sont édifiés, ainsi que des ateliers. Une voie ferrée, construite par des Français, relie Jérusalem et Jaffa. En 1850, des archéologues européens commencent des fouilles à Jérusalem, tandis que se multiplient les constructions religieuses : synagogue Tif'eret Israël (1872), monastère Notre-Dame-de-France (1887), église russe de Gethsémani (1888). Les missions et consulats étrangers, en particulier allemands, deviennent plus nombreux. Guillaume II visite Jérusalem en 1898 et s'y entretient avec Théodore Herzl, fondateur du sionisme.

Mausolée de Theodor Herzl

Photographie : Mausolée de Theodor Herzl

Le mausolée où repose, à Jérusalem (Israël), Theodor Herzl (1860-1904), théoricien du mouvement sioniste. 

Crédits : Pickow/ Hulton Archive/ Getty Images

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L'entrée à Jérusalem du général Allenby en 1917 inaugure une nouvelle période pour Jérusalem, celle du mandat britannique. L'administration qui est alors mise en place accélère le réveil de la cité : y sont établis le gouvernement, la Cour suprême, le haut commissariat, l'Agence juive, reconnue par la Société des Nations ; un conseil municipal comprenant deux chrétiens, deux musulmans, deux juifs est institué. En 1925, est inaugurée sur le mont Scopus l'université hébraïque de Jérusalem. En 1931, commence à paraître un quotidien, le Palestine Post (aujourd'hui Jerusalem Post), tandis que se poursuivent constructions religieuses et laïques, notamment l'Institut biblique pontifical, le consulat de France, les églises catholiques des différentes nations.

Reddition de Jérusalem, 1917

Photographie : Reddition de Jérusalem, 1917

Hussein Husseini, le maire de Jérusalem (troisième à partir de la gauche), remet la reddition de la Ville sainte au sergent britannique Hurcomb (cinquième à partir de la droite), en décembre 1917. 

Crédits : Hulton Getty

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La mosquée Al-Aqsa est entièrement rénovée entre 1938 et 1942. Les institutions nationales juives : Agence juive pour la Palestine, Fonds national juif, Fonds de colonisation s'installent à Jérusalem. Périodiquement, les troubles ralentissent le processus, particulièrement lors des attaques arabes contre les Juifs en 1920, 1929, 1936.

Occupation britannique de Jérusalem

Photographie : Occupation britannique de Jérusalem

Les troupes britanniques et les forces de la police palestinienne qui occupent Jérusalem vivent dans la crainte permanente du terrorisme. 

Crédits : Hulton Getty

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Après la Seconde Guerre mondiale, à la suite des heurts entre la résistance juive et l'armée britannique, l'O.N.U. prévoit, dans le cadre d'un partage de la Palestine un corpus separatum pour Jérusalem (29 nov. 1947 ; résolutions 181 II, 194 III du 11 décembre 1948, et résolution 303 IV du 9 décembre 1949). Accepté par les Juifs, le plan est rejeté par les Arabes (conférence du Caire du 17 décembre 1947). Après le départ des troupes anglaises (mai 1948) et la proclamation de l'État d'Israël, Jérusalem est le théâtre de durs combats entre la Haganah et la Légion arabe de Transjordanie, qui reste maîtresse de la Vieille Ville. La Nouvelle Ville ne reste entre les mains des Juifs que grâce au percement à travers la montagne d'une route la reliant au littoral.

Création de l'État d'Israël, 1948

Vidéo : Création de l'État d'Israël, 1948

À partir de la fin du XIXe siècle, de nombreux juifs européens viennent s'installer en Palestine. Cette immigration massive est le fruit de l'idéologie sioniste qui prône l'établissement d'un foyer national juif. Ce mouvement se traduit par la mise en valeur agricole du territoire, grâce... 

Crédits : The Image Bank

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L'armistice du 3 avril 1949 entérine la coupure de Jérusalem : Israël conserve la Nouvelle Ville, la Transjordanie la Vieille Ville ; l'accès du mont Scopus et des Lieux saints est garanti aux Juifs, mais cette disposition n'est pas appliquée, et toutes les antiques synagogues de la Vieille Ville sont détruites, le cimetière juif du mont des Oliviers dévasté et le Mur occidental interdit aux pèlerins et aux orants. Le 13 décembre 1949, la Knesset, parlement d'Israël, déclare Jérusalem capitale et y transfère les services gouvernementaux, mais nombre de pays, considérant Jérusalem comme un corpus separatum, maintiennent leurs légations et ambassades à Tel Aviv.

Les 5 et 7 juin 1967, lors de la guerre de Six Jours, après des bombardements jordaniens, l'armée d'Israël s'empare de la Vieille Ville et, le 27 juin, la Knesset déclare Jérusalem unifiée sous la souveraineté d'Israël, et vote, le 30 juillet 1980, la Loi fondamentale déclarant (titre Ier) « Jérusalem entière et réunifiée est la capitale d'Israël. » Les Arabes et nombre d'États se refusent à reconnaître ce qu'ils tiennent pour une annexion illégitime. Cependant, c'est à Jérusalem que sont reçus les chefs d'État américains Richard Nixon et Jimmy Carter, le chef d'État égyptien Anouar el-Sadate, le chef d'État français François Mitterrand. Le problème des Lieux saints s'ajoute au problème politique : ils sont actuellement placés sous la juridiction des autorités reconnues des diverses confessions : Conseil musulman, Grand Rabbinat, Églises.

Guerre de Six Jours, 1967

Vidéo : Guerre de Six Jours, 1967

Le 10 juin 1967, la troisième guerre israélo-arabe, appelée guerre de Six Jours en raison de sa durée, s'achève par une victoire foudroyante de l'armée israélienne et la déconfiture totale des pays arabes. Les gains territoriaux d'Israël sont considérables : au sud, Gaza et la... 

Crédits : National Archives

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Jérusalem reste aujourd'hui une c [...]

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Israël : carte administrative

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Le triomphe de Titus

Le triomphe de Titus
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Jérusalem au temps des croisés

Jérusalem au temps des croisés
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Église du Saint-Sépulcre, Jérusalem

Église du Saint-Sépulcre, Jérusalem
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  • : directeur de recherche au C.N.R.S., Centre d'études et de recherches internationales-Sciences Po
  • : directeur d'études émérite à l'École pratique des hautes études (Ve section, sciences religieuses)

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Pour citer l’article

Alain DIECKHOFF, Gérard NAHON, « JÉRUSALEM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jerusalem/