JARDINSDe la révolution industrielle à nos jours

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Les approches postmodernes

Le regain de la commande publique, mais aussi privée, depuis les années 1980 s'est accompagné d'un renouvellement du vocabulaire formel dans des directions si multiples qu'il est difficile d'en esquisser une typologie esthétique. Néanmoins, une attitude apparaît commune au travail de nombreux concepteurs pourtant très dissemblables, celle qui consiste à réinterpréter des traditions anciennes et pourrait en cela être qualifiée de « postmoderne ». À la suite de Mirei Shigemori, le Japonais Shodo Suzuki accorde aux matériaux minéraux une importance apprise du jardin sec (kare sansui) du bouddhisme zen. Le Belge Jacques Wirtz utilise les potentialités de l'art séculaire des topiaires (arbustes « sculptés » par la taille) pour structurer l'espace par de simples haies végétales. Au Mas de les Voltes en Catalogne (1995-1997), dont les parterres réguliers de blé sont bordés de cyprès et d'oliviers, Fernando Caruncho puise ses références dans le paysage agraire méditerranéen, les jardins de l'Andalousie mauresque et ceux de la Renaissance italienne. L'Américain Peter Walker revendique Le Nôtre comme l'une des sources du minimalisme qu'il cultive dans des compositions fortement géométriques, souvent destinées à des sièges d'entreprises, pour lesquelles le jardin se fait désormais image de marque. Ces relectures plurielles du passé coexistent avec des imitations plus littérales de modèles historiques, dérivant vers le collage de citations pour forger de faux jardins « de style » : en témoigne la vogue tenace dans les années 1990 du jardin « pseudo-médiéval ».

Jardin zen

Photographie : Jardin zen

Un jardin zen au Japon. 

Crédits : Robert Stahl/ Getty Images

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D'autres créateurs manifestent en revanche une volonté de rupture radicale, telle Martha Schwartz, dont les projets provocateurs, proches de l'art conceptuel, affichent une artificialité délibérée par la répétition d'objets incongrus et colorés. Cette tendance à « accessoiriser » l'espace, traité comme une installation, s'est même singulièrement affirmée dans les festivals de jardins éphémères comme à Chaumont-Sur-Loire, depuis 1992, ou à Grand-Métis (Québec) à partir de 2000, opérations à caractère médiatique – et commercial – qui se voudraient aussi une vitrine des formules d'avant-garde.

Bien au-delà de la recherche d'effets plastiques, le jardin personnel, à dimension plus ou moins autobiographique, se fait moyen d'expression à part entière chez des artistes qui, à l'instar de Monet, en font leur atelier en plein air, une « œuvre ouverte » poursuivie avec le temps, où ils souhaitent donner forme à une vision du monde. De 1966 jusqu'à sa mort en 2006, l'Écossais Ian Hamilton Finlay a transformé un terrain marécageux des Pentland Hills en un poème philosophique en trois dimensions, baptisé Little Sparta, dont de multiples inscriptions invitent à méditer le sens en accumulant les références mythologiques, historiques et politiques. Charles Jencks, architecte et critique américain, et Maggie Keswick, historienne spécialiste des jardins chinois, ont conçu à partir de 1988 le jardin de la Spéculation cosmique de Portrack House (Dumfriesshire), qui associe la vieille tradition chinoise du feng shui et les nouveaux paradigmes de la science contemporaine. Directement modelés dans la terre, des tertres aux courbes monumentales matérialisent ainsi les mouvements que les physiciens étudient dans les phénomènes de turbulence des fluides. Cette manière de sculpter les mouvements du sol emprunte aux earthworks de certains artistes du Land Art, tel Robert Smithson, une influence que l'on retrouve chez la paysagiste Kathryn Gustafson ou l'artiste Maya Lin, auteur du mémorial de la guerre du Vietnam à Washington (1982). Enfin, la formule muséale du parc de sculptures, expérimentée dès les années 1960 au Kröller-Müller Museum d'Otterlo aux Pays-Bas, est renouvelée par le principe de l'art environnemental comme à la collection de Giuliano Gori à Celle en Toscane, où depuis 1981 des artistes sont invités à intervenir directement sur un site du domaine pour en exalter les potentialités poétiques ou en modifier la perception.

Charles Jencks : «Landform Ueda»

Photographie : Charles Jencks : «Landform Ueda»

Landform Ueda, imaginé par Charles Jencks et Terry Farrell & Partners en 2002, au Scottish National Gallery of Modern Art, Édimbourg (Écosse). Critique et théoricien de l'architecture, Charles Jencks a reçu le prix Gulbenkian en 2004 pour cette réalisation. 

Crédits : Arcaid/ Universal Images Group/ Getty Images

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Parc des Buttes-Chaumont, Paris

Parc des Buttes-Chaumont, Paris
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Jardin zen

Jardin zen
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Charles Jencks : «Landform Ueda»

Charles Jencks : «Landform Ueda»
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Jardinage

Jardinage
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Écrit par :

  • : chargé de recherche au C.N.R.S., centre André-Chastel, Paris
  • : ingénieur au C.N.R.S., enseignante à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles

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Pour citer l’article

Hervé BRUNON, Monique MOSSER, « JARDINS - De la révolution industrielle à nos jours », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jardins-de-la-revolution-industrielle-a-nos-jours/