BARRAGÁN LUIS (1902-1988)

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L'architecte mexicain Luis Barragán Morfin est né à Guadalajara le 9 mars 1902, il meurt à Mexico-City le 22 novembre 1988. Sa vie traverse le siècle sans l'épouser. Fils de propriétaire terrien, il passe de longues périodes de son enfance dans un ranch de la région montagneuse de Mazamitla dans l'État de Jalisco ; austérité des paysages, grands espaces, forte lumière, omniprésence de l'eau et naissance d'une vocation de cavalier, ces différentes composantes marquent durablement un architecte autodidacte dont l'œuvre sera qualifiée d'autobiographique par le critique américain Emilio Ambasz (1976), œuvre animée par la nostalgie, la constante recherche du temps perdu. Profondément catholique, cet aristocrate déclassé par la révolution mexicaine associe tradition locale et culture universelle.

Luis Barragán suit une formation d'ingénieur civil à Guadalajara (1920-1925) et, en parallèle, travaille avec des constructeurs. Cette période consacrée à apprendre à bien bâtir est aussi marquée par la naissance d'une complicité intellectuelle avec les architectes Rafael Urzua et Ignacio Diaz Moralès.

Au cours d'un voyage en Europe (1925-1927) il visite San Geminiano, l'Alhambra de Grenade et découvre Les Jardins enchantés l'ouvrage insolite de Ferdinand Bac. À son retour il réalise, dans un style éclectique « hispano-mauresque », du mobilier et des luminaires, et construit à Guadalajara la Casa Luna (1929), la Casa Cristo (1929). Cette période (1927-1936) sera interrompue par le décès de son père (1930), un voyage en France (1932) au cours duquel il rencontre Ferdinand Bac, assiste à des conférences du Corbusier et découvre l'architecture vernaculaire méditerranéenne. Après avoir vendu les affaires familiales, Barragán s'installe à Mexico (1936) où, sous l'influence des écrits du Corbusier, il réalise des immeubles de rapport et des maisons de ville dans le style « international », puis, en 1941, il décide de n'avoir d'autres clients que lui-même et oriente son activité vers le paysagisme, l'aménagement urbain. Il rencontre le peintre naïf Jesus « Chucho » Reyes Ferreira et le photographe de paysages Armando Salas Portugal avec lesquels il poursuivra une collaboration exemplaire.

En association avec le financier José Bustamante, il acquiert en 1945 à San Angel, au pied du volcan Xitle, plusieurs hectares de terrain volcanique inhospitalier qui deviendront Los Jardines del Pedregal de San Angel. Métamorphoser un site vierge en jardin propice à la méditation et pour jouir de la nature est pour lui une mission sacrée, proche de la conception qu'avaient les Perses anciens du jardin comme esprit de la maison. Barragán dicte soigneusement les règles d'urbanisme : tracé des routes suivant les formations de lave, places, fontaines, lots de 500 m2 au minimum, coefficient d'occupation du sol de 10 p. 100, hautes enceintes en lave extraite du site percées par des clôtures de fer phosphorescent, lignes droites, surfaces planes, volumes primaires. Il y construit la Casa Prieto (1948), la Casa Galvez (1955), approuve la conception de quelques autres maisons, puis se retire de l'opération et entreprend un voyage au Maroc.

La réalisation de sa propre maison-atelier à Tacubaya (1947) peut être considérée comme le début de la période de maturité. Ici, maison et jardin ne font qu'un mais le jardin est dédoublé. Un jardin, en pleine terre, accueille les arbres et les oiseaux ; un second, en terrasse, le vent et les nuages : c'est un patio ouvert sur le ciel, pour méditer.

Mathias Goeritz, le sculpteur d'origine allemande exilé en 1949 exerce alors une profonde influence philosophique sur Luis Barragán qui se traduit par une étroite collaboration au moment de la rénovation de la chapelle du couvent des Capucines à Tlalpan (1952-1955) dont il réalise les éléments essentiels du dispositif de traitement de la lumière : le vitrail et l'autel, un triptyque doré à la feuille. Avec Goeritz également il édifie les Tours Satellites (1957), monument qui marque la porte nord de Mexico sur l'autoroute de Queretaro. Dans une commune résidentielle voisine il réalise trois œuvres : la Fontaine de l'abreuvoir (1958) qui exprime la rencontre des Perses et des surréalistes : à l'extrémité d'une longue avenue d'eucalyptus, un bassin, miroir d'eau, prolongé d'un écran blanc en béton où frémissent les ombres mouvantes des arbres. Le Mur rouge (1958) objet poétique à deux faces, l'une dotée d'yeux et l'autre, voilée, qui su [...]

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Écrit par :

  • : architecte D.P.L.G., professeur à l'École spéciale d'architecture, scénographe inscrit à la Maison des artistes

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JARDINS - De la révolution industrielle à nos jours

  • Écrit par 
  • Hervé BRUNON, 
  • Monique MOSSER
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Pour citer l’article

Marc VAYE, « BARRAGÁN LUIS - (1902-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/luis-barragan/