STEWART JAMES (1908-1997)

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Maigre, extraverti, adolescent attardé, souvent bafouillant et gesticulant, James Stewart ne correspondait pas à l'idée préconçue du séducteur hollywoodien, ni même du bon comédien. Il fut pourtant adulé par la critique autant que par le public, et Kim Novak le désigna comme son partenaire « le plus sexy ». Père de famille tranquille, il fut l'une des rares superstars à ne donner naissance à aucun mythe. À l'écran, on le vit se battre pour ses idées, tout en demeurant réfractaire à toute idéologie : James Stewart, c'est la pure Amérique telle qu'elle se rêve, malgré la conscience progressivement douloureuse d'une utopie contrariée.

James Stewart naît en 1908. Il est l'aîné d'une famille de commerçants aisés d'Indiana (Penn.). Après un diplôme d'architecture, il rejoint Joshua Logan dans une compagnie théâtrale du Massachusetts, University Players. En 1932, il débute à Broadway et, en 1935, déménage pour Hollywood, où sont déjà installés ses anciens camarades Henry Fonda et Margaret Sullavan.

Le premier (petit) rôle de Stewart à l'écran est celui d'un journaliste, face à Spencer Tracy, dans Murder Man (Tim Whelan, 1935). Ce sera la profession qu'il interprétera le plus fréquemment, comme si la recherche de la vérité était inhérente à son image. Il tient des rôles secondaires auprès de vedettes de la M.G.M. (huit films en 1936, avec Jeanette MacDonald, Jean Harlow ou Eleanor Powell), et Margaret Sullavan l'impose comme partenaire dans un délicat mélodrame, Épreuves (Next Time we Love, 1936, d'Edward H. Griffith ; ils tourneront trois autres films ensemble). 1938 est l'année décisive, celle de sa révélation comme acteur de comédie, face à Ginger Rogers dans Mariage incognito de George Stevens et à Jean Arthur dans Vous ne l'emporterez pas avec vous, sa première collaboration avec le réalisateur Frank Capra. Il y joue le rôle d'un jeune héritier capitaliste, reniant son milieu grâce à la famille bohème et loufoque de sa fiancée. Ce tempérament candide mais frondeur, à l'encontre de toute forme de corruption, est à nouveau exploité par Capra dans Monsieur Smith au Sénat (1939), où son marathon oratoire final fait sensation.

Monsieur Smith au Sénat , F. Capra

Photographie : Monsieur Smith au Sénat , F. Capra

Dans ce film du réalisateur américain Frank Capra, en 1939, Monsieur Smith au Sénat (Mr. Smith Goes To Washington), James Stewart est un éclaireur naïf devenu sénateur par hasard. M. Smith, ou la démocratie telle que la rêvent les Américains. 

Crédits : Hulton Getty

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Il alterne désormais avec succès les comédies et les drames, aux côtés de Claudette Colbert, Marlene Dietrich, Carole Lombard et, à nouveau, Margaret Sullavan, sa rivale professionnelle doublée d'une correspondante amoureuse dans le chef-d'œuvre doux-amer de Lubitsch The Shop around the Corner (1940). La même année, Stewart incarne le reporter éméché qui « dégèle » Katharine Hepburn à la veille de son second mariage, dans Indiscrétions de George Cukor, et remporte l'oscar du meilleur acteur.

Indiscrétions, de George Cukor

Photographie : Indiscrétions, de George Cukor

James Stewart, Katharine Hepburn et Cary Grant dans The Philadelphia Story (Indiscrétions, 1940), de George Cukor. 

Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Inc./ Collection privée

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Mobilisé comme pilote dès l'entrée en guerre des États-Unis, il revient à Hollywood en 1946, couvert de médailles. Créant un précédent, il refuse le renouvellement de son contrat avec la M.G.M. et devient free-lance. Désormais, il va choisir lui-même ses films avec discernement, n'hésitant pas à mettre son cachet en participation.

Après l'échec commercial immérité de La vie est belle de Frank Capra (1947), comédie fantastique dont la fêlure est apparente et qui restera son film favori, il perçoit la nécessité de modifier son registre de grand boy-scout naï•f ; il n'y reviendra qu'occasionnellement, par exemple dans Harvey de Henry Koster (1950). Deux genres inattendus viennent alors enrichir sa palette : le film criminel (Call Northside 777 de Henry Hathaway, 1949) et le western (La Flèche brisée de Delmer Daves, 1950). Dans ces genres respectifs, deux grands cinéastes à l'apogée de leur art vont croiser sa trajectoire : Alfred Hitchcock, qui l'emploiera quatre fois (dont Fenêtre sur cour, 1954, et Sueurs froides, 1958), et Anthony Mann (huit films, dont Les Affameurs, 1952, L'Appât, 1953, et L'Homme de la pla [...]

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Monsieur Smith au Sénat , F. Capra

Monsieur Smith au Sénat , F. Capra
Crédits : Hulton Getty

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Indiscrétions, de George Cukor

Indiscrétions, de George Cukor
Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Inc./ Collection privée

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  • : membre du comité de rédaction de la revue Positif, critique et producteur de films

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N.T. BINH, « STEWART JAMES - (1908-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/james-stewart/