ROGERS GINGER (1911-1995)

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Pour le public comme pour les historiens du cinéma, le nom de Ginger Rogers reste associé à la dizaine de films musicaux qu'elle tourna avec Fred Astaire, et qui firent d'elle une superstar des années 1930 et 1940. Mais elle fut par ailleurs l'une des reines de la comédie loufoque américaine, genre dans lequel sa blondeur piquante se doublait d'une merveilleuse aptitude au sarcasme et à la bouffonnerie. Elle fut également à l'aise dans le mélodrame, où elle incarnait volontiers la perte de l'innocence, accompagnée d'irrépressibles aspirations romanesques ou sociales.

Née en 1911, à Independence (Missouri), Ginger Rogers, de son vrai nom Virginia Katherine MacMath, est élevée, après le divorce de ses parents, par une mère énergique, Lela Rogers, qui conduira la carrière de Ginger avec une autorité devenue légendaire. Dès l'âge de seize ans, Ginger Rogers gagne un concours de charleston et, très vite, est engagée dans des tournées de music-hall, qui la mèneront à Broadway. À dix-neuf ans, elle crée un spectacle des frères Gershwin, Girl Crazy, qui connaît un grand succès, et fait ses premières apparitions à l'écran : de petits rôles dans des longs-métrages tournés aux studios Paramount de la côte est (Young Man of Manhattan, de Monta Bell, 1930).

Lorsqu'elle arrive à Hollywood, en 1931, elle n'est qu'une starlette parmi d'autres, ce qui ne l'empêche pas de tourner une douzaine de films. Son ami Mervyn LeRoy, alors réalisateur à la Warner, lui permet de décrocher deux rôles, brefs mais marquants, de chorus girl dans 42e Rue (de Lloyd Bacon, 1933) et Chercheuses d'or (de Mervyn LeRoy, 1933). Ce dernier film s'ouvre sur un morceau d'anthologie réglé par Busby Berkeley : We're in the Money, où on la voit entièrement vêtue de pièces d'or. C'est alors qu'on lui demande de jouer les faire-valoir auprès de Dolores del Río et Gene Raymond dans Carioca (Flying Down to Rio, de Thornton Freeland, 1933) ; à cette occasion, on lui adjoint comme partenaire un autre transfuge de Broadway : Fred Astaire. Le film est laborieux, mais le couple enflamme l'écran en dansant quelques secondes pendant le grand numéro central. La R.K.O. leur donne donc la vedette dans La Joyeuse Divorcée (de Mark Sandrich, 1934). De triomphe en triomphe, le tandem Astaire-Rogers va pratiquement sauver le studio de la faillite.

Lloyd Bacon et Busby Berkeley

Photographie : Lloyd Bacon et Busby Berkeley

Une scène de 42e Rue, comédie musicale américaine du réalisateur Lloyd Bacon et de son chorégraphe habituel Busby Berkeley, en 1933. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Dans La Joyeuse Divorcée, les péripéties vaudevillesques du scénario sont littéralement transcendées par l'alchimie du couple, qui, déjà patente dans les séquences de comédie, se révèle pleinement lorsqu'ils dansent Night and Day de Cole Porter. Le jeu du désir et de la séduction, l'attitude hautaine de la jeune femme qui se “dégèle” au cours du pas de deux, la griserie de l'envolée finale seront désormais des icônes du romantisme hollywoodien. Cette magie amoureuse sera portée à son apogée dans Top Hat (de Mark Sandrich, 1935 ; musique d'Irving Berlin) et Swing Time (de George Stevens, 1936 ; musique de Jerome Kern).

Fred Astaire et Ginger Rogers dans Le Danseur du dessus

Photographie : Fred Astaire et Ginger Rogers dans Le Danseur du dessus

Fred Astaire (1899-1987) et Ginger Rogers (1911-1995), un couple de danseurs légendaires, ici dans Le Danseur du dessus (Top Hat, 1935) de Mark Sandrich, musique d'Irving Berlin. 

Crédits : John Miehle/ John Kobal Foundation/ Getty Images

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En revanche, Roberta (de William Seiter, 1935) et Suivons la flotte (de Mark Sandrich, 1936) font de Fred Astaire et Ginger Rogers un couple de camarades complices, plutôt que d'amants, une relation amicale assurément plus proche de celle qu'entretenaient les deux vedettes dans la vie (les rumeurs sur leur mésentente, colportées par la publicité du studio, ont été largement contredites par les témoins de l'époque comme par leurs autobiographies respectives). Mais, même dans ces films, le romanesque reprend ses droits dans de magnifiques duos amoureux, détachés du récit principal.

Après le succès mitigé de L'Entreprenant M. Petrov (Shall We Dance ?, de Mark Sandrich, 1937 ; musique de George Gershwin), Ginger Rogers obtient de la R.K.O. des rôles plus consistants. Elle aiguise ainsi son sens de la comédie dans l'excellent Pension d'artistes (de Gregory LaCava, 1937), où elle est la sardonique compagne de chambrée de Katharine Hepburn, et dans Mariage incognito (Vivacious Lady, de George Stevens, 1938), où son charme séduit la famille très collet-monté de James Stewart. C'est une comédienne plus mature, plus sûre de ses effets, qui tourne auprès de Fred Astaire les deux derniers films de la série, l'un comique, Amanda (Carefree, de Mark Sandrich, 1938), l'autre plus [...]

Fred Astaire et Ginger Rogers dans Amanda

Photographie : Fred Astaire et Ginger Rogers dans Amanda

Fred Astaire (1899-1987) et Ginger Rogers (1911-1995), dans Amanda (Carefree), comédie musicale de Mark Sandrich (1938). 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Lloyd Bacon et Busby Berkeley

Lloyd Bacon et Busby Berkeley
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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Fred Astaire et Ginger Rogers dans Le Danseur du dessus

Fred Astaire et Ginger Rogers dans Le Danseur du dessus
Crédits : John Miehle/ John Kobal Foundation/ Getty Images

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Fred Astaire et Ginger Rogers dans Amanda
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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  • : membre du comité de rédaction de la revue Positif, critique et producteur de films

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ASTAIRE FRED (1899-1987)

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  • Écrit par 
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N.T. BINH, « ROGERS GINGER - (1911-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ginger-rogers/