FONDA HENRY (1905-1982)

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Né à Grand Island (Nebraska), Henry Fonda a vu sa carrière grandir à l'unisson d'autres mythes, portés par la période la plus féconde du cinéma hollywoodien : les années 1930 et 1940. En ce temps-là, les comédies brillaient de l'éclat du propre, le réalisme était tamisé, les bons sentiments glorifiés. C'est dans cette atmosphère de fantaisie légère et de tranches de vies poétisées qu'Henry Fonda, peu à peu, a imposé sa silhouette de chevalier.

Transparent et profond, son regard scrute simultanément l'interlocuteur, le paysage et l'infini. Il n'intimide pas, il fait baisser les yeux, par sa vertu naturelle. La présence d'Henry Fonda inverse les règles du jeu social, elle instaure les lois d'un univers enchanté, anormal, improbable, où le droit prime la force, où la générosité résiste vaillamment et victorieusement aux infâmes manœuvres des lâches et des méchants. Fonda est le symbole d'un monde « de cinéma », d'un antimonde, qui soulage les braves et pauvres gens du poids de leurs misères.

La grande affaire entre Henry Fonda et nous, le vrai procès qui oppose cet homme exemplaire à « la société », c'est la dialectique de la justice, le combat entre l'immanence et la transcendance. Dès une de ses premières apparitions sur les écrans, Henry Fonda s'est posé en héros innocent, injustement traqué : c'était dans le beau film de Fritz Lang, J'ai le droit de vivre (1937). Il porte au front la malédiction sociale des ex-détenus, qui préfigure la situation initiale des Raisins de la colère de John Ford (1940). Par la suite, dans une œuvre au titre semblable, Laissez-nous vivre (1939) et en 1956, dans Le Faux Coupable, d'Alfred Hitchcock, Fonda connaîtra les mêmes angoisses fondées sur le même principe de l'erreur judiciaire.

Les Raisins de la colère, J. Ford

Photographie : Les Raisins de la colère, J. Ford

John Carradine, Henry Fonda, et John Qualen dans Les Raisins de la colère, film réalisé par John Ford d'après le roman de Steinbeck (1940). 

Crédits : Henry Guttmann/ Moviepix/ Getty Images

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Variante de la même figure symbolique, l'homme en blanc de Douze Hommes en colère, de Sydney Lumet (1957), s'acharne à défendre un repris de justice que toutes les apparences désignent comme coupable : situation que Fonda connaît bien pour l'avoir vécue dans tant de films, et pour avoir tenu des rôles de justicier dans des westerns aussi fameux que L'Étrange Incident (1943), Jessie James (1940), Le Retour de Frank James (1941) ou La Poursuite infernale (1946).

Tout gravite toujours, avec Henry Fonda, autour d'une nécessité morale. Il n'est pas étonnant que John Ford, le plus sentimental des cinéastes californiens et le plus attaché aux vieilles traditions, lui ait confié quelques-uns de ses rôles les plus radieux. Une curieuse exception : Le Massacre de Fort Apache (1948) ; une éclatante confirmation : le personnage de Lincoln (Vers sa destinée, 1939). Et une incongruité remarquable : Il était une fois dans l'Ouest (1968). L'utilisation faite par Sergio Leone du héros légendaire y confine au scandale. C'est le contre-emploi total, l'horrible grimace de Mr. Hyde. Peut-être Henry Fonda l'a-t-il fait exprès, afin de démontrer — l'espace d'une incartade — qu'à toutes les qualités qu'on lui prêtait il fallait ajouter tout simplement son talent professionnel. Car, contrairement à d'autres monstres sacrés qui font dans l'outrance, Henry Fonda n'a jamais cherché à nous provoquer ni à nous émouvoir par des crises de larmes ou de rire. S'il s'est livré au petit plaisir du cabotinage, c'est une fois en passant, et en fin de carrière, dans La Maison du lac (1981). La profession reconnaissante a sanctionné l'événement en décernant in extremis le premier oscar de sa carrière au comédien parfait que fut Henry Fonda.

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IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST, film de Sergio Leone

  • Écrit par 
  • Michel CHION
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Dans le chapitre « Une mise en scène proche de l'opéra »  : […] On retrouve dans Il était une fois dans l'Ouest tous les caractères des films précédents de Leone, mais avec une ampleur nouvelle : personnages traités comme des masques (le réalisateur dit avoir été fortement influencé par les marionnettes napolitaines, ou Burattini ), déplacements lents et stylisés, comme sur une scène d'opéra, accompagnés de la musique de Morricone, qui souligne l'apparition d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Gilbert SALACHAS, « FONDA HENRY - (1905-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henry-fonda/