JAMAÏQUE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielJamaïque (JM)
Chef de l'Étatla reine Élisabeth II (Royaume-Uni), représentée par le gouverneur général Patrick Allen (depuis le 26 février 2009)
Chef du gouvernementAndrew Holness (depuis le 3 mars 2016)
CapitaleKingston
Langue officielleanglais
Unité monétairedollar jamaïcain (JMD)
Population2 740 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)11 424

La Jamaïque (2,8 millions d'habitants en 2009) a une situation singulière dans la Caraïbe : anglophone, elle est entourée de pays hispanophones (Cuba et Haïti). Même si elle partage avec ceux-ci des racines africaines communes, elle n'a pas la même culture. Par ses traditions politiques (calquées sur celles de Londres), ses pratiques religieuses (une majorité chrétienne – anglicans, catholiques et presbytériens – côtoie une minorité rasta, un mélange de messianisme biblique et de nationalisme noir inspiré par Marcus Garvey) et sa sociabilité spécifique, la Jamaïque se distingue des autres îles des grandes Antilles où la tonalité latine est plus forte. Même si le souvenir de l'esclavage a laissé des traces plus ou moins profondes selon l'importance de l'économie de plantation dans les pays de la Caraïbe, l'évolution de ces pays au cours des siècles a donné lieu à une différenciation marquée.

Île à sucre au temps de la colonisation, et encore longtemps après l'abolition de la traite puis de l'esclavage, la Jamaïque a, par la suite, expérimenté d'autres formes de mise en valeur de son territoire : diversification des cultures, développement de l'économie extractive, tourisme et zones franches. La Jamaïque déploie, au sein du Caricom (Communauté des Caraïbes fondée en 1973), une activité favorable au renforcement des relations économiques et culturelles entre les petites nations de la Caraïbe afin de surmonter le double handicap lié à leur émiettement et à leur taille réduite.

Jamaïque : carte physique

Carte : Jamaïque : carte physique

Carte physique de la Jamaïque. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher l'atlas

Jamaïque : drapeau

Dessin : Jamaïque : drapeau

Jamaïque (1962). Un sautoir doré partage le champ en quatre triangles : deux noirs à dextre et à senestre, deux vert sombre au chef et à la base. Selon des sources officielles, le symbole de ce drapeau peut se résumer ainsi : « En dépit des épreuves, la terre est verte et le soleil... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher l'atlas

Géographie

Une île tropicale

La Jamaïque appartient à l'archipel des Antilles. Avec une superficie de 10 991 kilomètres carrés, elle est la troisième plus grande île après Cuba et l'île d'Hispaniola. Sa géologie est complexe et prolonge les grands traits structuraux de la presqu'île du sud d'Haïti. On trouve une répartition zonale très contrastée : à l'est, un noyau fait de schistes et de roches métamorphiques datant du Crétacé, porté en altitude et qui culmine à 2 256 mètres au Blue Mountain Peak et, à l'ouest, une couverture sédimentaire de calcaires secondaire et tertiaire. Les plateaux calcaires ont été déformés par des phénomènes karstiques qui ont laissé un modelé de lapiés et de chicots rocheux au milieu de plaines de dissolution calcaire (cockpits). Le littoral est bordé d'une plaine alluviale formée avec les matériaux issus de l'érosion des hautes terres. Les terres planes ne prennent une ampleur significative que dans la partie méridionale de l'île, dans les régions de Savanna-la-Mar, St. Elisabeth, ou Kingston. L'île est bordée de fosses marines profondes, dans une zone traversée par une faille qui se prolonge sous la presqu'île sud d'Haïti d'un côté, et dans le golfe du Honduras de l'autre : les tremblements de terre sont donc fréquents. La ville de Kingston fut détruite en 1907.

Le climat est dominé par l'influence des alizés qui soufflent du nord-est et qui sont à l'origine des deux saisons pluviométriques : une saison sèche de novembre à mai, une saison humide de mai à novembre. Les versants au vent reçoivent plus de 5 000 millimètres de précipitations par an (Blue Mountains), et les régions sous le vent présentent une sécheresse très marquée : 735 millimètres par an à Kingston. La forêt recouvre encore 16 p. 100 du territoire national, mais la formation la plus courante est une savane sèche dont la végétation caractéristique est le gaïac. Par sa position en latitude, la Jamaïque est sous la menace (d'août à octobre) des cyclones qui dévastent régulièrement plantations et habitations, comme ce fut le cas en 1988.

Baie de Port Antonio, Jamaïque

Photographie : Baie de Port Antonio, Jamaïque

Le magnifique et célèbre lagon bleu dans la baie de Port Antonio, un trésor touristique de l'île de la Jamaïque, souvent surnommée le «joyau des Antilles». 

Crédits : R. Elliott/ Getty

Afficher

Une nation métisse

Conséquence de l'esclavage et de la colonisation, la population est culturellement composite, avec une majorité d'origine africaine (77 p. 100), une catégorie intermédiaire de mulâtres et de métis (17 p. 100) et une minorité constituée de Blancs (2 p. 100), de Syro-Libanais (moins de 1 p. 100), d'Indiens d'Inde (3 p. 100) et de Chinois (1 p. 100). Les densités de population sont élevées : 245 habitants par kilomètre carré en moyenne. Dans un pays caractérisé par une armature urbaine assez diversifiée, la plupart des Jamaïcains (53 p. 100) vivent en ville. On compte, ainsi, 700 000 habitants à Kingston, 400 000 à Spanish Town, 94 000 à Portmore (près de Kingston) et 82 000 à Montego Bay. L'espérance de vie moyenne à la naissance compte parmi les plus élevées de la Caraïbe (74 ans). Avec un P.I.B. par habitant de l'ordre de 8 300 dollars par an (2009), une transition démographique bien avancée (2,4 enfants par femme), la Jamaïque est assez bien classée parmi les autres pays en voie de développement.

Les mutations du système agraire

Comme la plupart des Antilles, la Jamaïque fut une île à sucre, ce qui caractérisa durablement son économie et ses paysages. Les grandes plantations esclavagistes produisaient, en vue de l'exportation vers la métropole, du sucre, du rhum et accessoirement du café, grâce à l'utilisation de la main-d'œuvre servile constituée des Africains importés par le biais de la traite. Il existe encore aujourd'hui une dizaine de sucreries disséminées dans le pays.

La prohibition de la traite (1807) et l'abolition de l'esclavage (1834-1838) donnèrent lieu à la formation d'une nouvelle paysannerie de producteurs libres qui se dispersa dans les montagnes grâce aux Églises protestantes. Celles-ci aidèrent, en effet, les anciens esclaves à acquérir des terres vacantes pour les cultiver. Cette pratique se retrouve, au début du xxie siècle, dans les systèmes fonciers très contrastés entre, d'une part, les plaines où subsistent les grandes plantations de plusieurs milliers d'hectares, dont les méthodes de production n'ont pas changé, sauf que la main-d'œuvre n'est plus esclave, mais salariée ; et, d'autre part, les régions montagneuses où se trouvent généralement les petites propriétés paysannes de moins de deux hectares. Les premières sont responsables de l'essentiel de la production sucrière (pour l'exportation) et du riz (pour la consommation intérieure). Les secondes s'orientent principalement vers la production de la banane, du piment, du gingembre. Les plantations et l'agriculture paysanne ne représentent plus que 5,7 p. 100 du P.I.B. en 2009.

Mais l'agriculture souffre des ravages occasionnés par le passage des cyclones : en 1988, par exemple, Gilbert fit plus de quarante victimes, laissa plus de 50 000 personnes sans abri, et les récoltes furent aux trois quarts détruites.

L'élevage connaît, depuis les années 1980, un progrès notable. Grâce à [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Jamaïque : carte physique

Jamaïque : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Jamaïque : drapeau

Jamaïque : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Baie de Port Antonio, Jamaïque

Baie de Port Antonio, Jamaïque
Crédits : R. Elliott/ Getty

photographie

Esclaves dans une plantation de canne à sucre

Esclaves dans une plantation de canne à sucre
Crédits : Bridgeman Images

photographie

Afficher les 5 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur d'histoire, directeur du Centre de recherches Caraïbes-Amériques
  • : agrégé de géographie, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  JAMAÏQUE  » est également traité dans :

AMÉRIQUE LATINE - Les religions afro-américaines

  • Écrit par 
  • Roger BASTIDE
  •  • 3 190 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le dynamisme des religions afro-américaines »  : […] Les religions africaines sont non seulement toujours vivantes en Amérique, mais encore elles rayonnent. Les candomblés de Bahia ont des succursales à Rio et aujourd'hui à São Paulo ; la pagelance nègre, venue du Maranhão, s'étend en Amazonie. Les exilés de Cuba et de Haïti ont apporté leurs cultes aux États-Unis, et des Noirs nord-américains, mais aussi parfois des Blancs y adhèrent ; on compte de […] Lire la suite

Bam, bam, CHAKA DEMUS & PLIERS

  • Écrit par 
  • Eugène LLEDO
  •  • 612 mots

Avec Shabba Ranks (Rexton Rawlston Fernando Gordon), les Jamaïcains Chaka Demus, le DJ qui toaste, et le chanteur Pliers sont sans doute les artistes les plus populaires du reggae digital, une des formes actuelle du reggae, apparue vers 1985. Chaka Demus (John Taylor) commence sa carrière au sein du Roots Majestic, un sound system de Kingston. Spécialiste des associations fructueuses, il obtient s […] Lire la suite

BENNETT LOUISE (1919-2006)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 245 mots

Folkloriste et poète, Louise Bennett fut considérée par beaucoup comme la «  mère de la culture jamaïcaine » en raison de ses efforts pour mieux faire connaître la langue créole et la vie des gens ordinaires de son île natale. Louise Bennett naît le 7 septembre 1919 à Kingston (Jamaïque). Elle écrit et récite des poèmes en créole à partir des années 1930 et, en 1942, publie son premier recueil, D […] Lire la suite

DEKKER DESMOND (1942-2006)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 158 mots

Chanteur jamaïcain de reggae. De son véritable nom Desmond Dacres. Leslie Kong, un des propriétaires du label jamaïcain de reggae, de ska et de rocksteady Beverley, lui fait enregistrer en 1968 le morceau de ska Israelites , qui connaît un succès mondial. La mort de Kong, en 1971, le conduit à chercher de nouveaux producteurs, les Britanniques Bruce Anthony et Bruce White, avec lesquels il grave […] Lire la suite

DJ (disc-jockey)

  • Écrit par 
  • Raphaël RICHARD
  •  • 3 614 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Les sound system de la Jamaïque »  : […] Le phénomène du remplacement des musiciens par des DJ va prendre une ampleur toute particulière à la Jamaïque dans les années 1950 avec des personnalités qui élaborent d’imposants systèmes de sonorisation mobiles équipés de puissants haut-parleurs appelés sound system . Ces discothèques ambulantes, principalement caractérisées d’un point de vue sonore par la mise en valeur du rythme grâce à l’acc […] Lire la suite

ELLIS ALTON (1938-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 250 mots

Le chanteur Alton Ellis, l'un des plus expressifs de l'histoire de la musique jamaïcaine, fut surnommé le « parrain du rock steady », style de musique populaire né en Jamaïque, après le ska et avant le reggae. Né le 1 er  septembre 1938 à Kingston, capitale de la Jamaïque, Alton Nehemiah Ellis débute sa carrière en 1959 dans un duo avec Eddie Perkins. En solo, il enregistre pour deux géants de l'i […] Lire la suite

GARVEY MARCUS (1887-1940)

  • Écrit par 
  • Nelly SCHMIDT
  •  • 934 mots

Leader d'un des mouvements noirs les plus déterminants du début du xx e siècle, tant aux Amériques — États-Unis et Caraïbes notamment — qu'en Afrique et en Europe, à l'époque de la Black Renaissance et des débuts du panafricanisme, le Jamaïcain Marcus Garvey fut qualifié par certains de ses biographes de « Black Moses » (Moïse noir). Marcus Moziah Garvey naquit en 1887 à Saint Ann's Bay, petit vi […] Lire la suite

ISLAND RECORDS

  • Écrit par 
  • Charlie GILLETT
  • , Universalis
  •  • 378 mots

Chris Blackwell grandit à la Jamaïque mais fait ses études en Angleterre. De retour dans son île natale, il fonde Island Records en 1959, mais trois ans plus tard déplace son studio au Royaume-Uni afin d'y distribuer des albums jamaïcains conçus pour la communauté émigrée en Grande-Bretagne. Toujours dépourvu des capacités de distribution qui lui permettraient d'atteindre les sommets des ventes, […] Lire la suite

KINGSTON, Jamaïque

  • Écrit par 
  • Jean Marie THÉODAT
  •  • 485 mots
  •  • 1 média

Le site de la capitale jamaïcaine, sur la côte méridionale de l'île, est celui de la vaste plaine de Liguanea, adossée à une rade magnifique aux qualités portuaires excellentes. La ville de Kingston proprement dite, dont le territoire est limité à une étroite bande littorale, fut fondée en 1692. La ville dut sa croissance au développement de l'agriculture de plantation : les exportations de sucr […] Lire la suite

LLEWELLYN BARRY (1947-2011)

  • Écrit par 
  • Jennifer SALE
  •  • 285 mots

Le musicien jamaïcain Barry Llewellyn est le créateur, avec Earl Morgan, du trio vocal reggae The Heptones. Ce groupe, l'un des plus populaires de l'île dans les années 1960 et 1970, a joué un rôle clé dans l'évolution du ska vers le rock steady jamaïcain. Barrington Llewellyn naît le 24 décembre 1947, à Kingston, dans le bidonville de Trench Town, où Bob Marley avait vu le jour deux ans plus tôt […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

3 septembre 2020 Jamaïque. Élections législatives.

Le Parti travailliste jamaïcain du Premier ministre Andrew Holness progresse fortement aux élections législatives en remportant 57 p. 100 des suffrages et 49 sièges sur 63. Le Parti national populaire de Peter Phillips subit un revers avec 42,8 p. 100 des voix et 14 élus. Le taux de participation est de 37,9 p. 100.  […] Lire la suite

25 février 2016 Jamaïque. Victoire de l’opposition aux élections législatives.

Le Parti travailliste jamaïcain (conservateur) de l’ancien Premier ministre Andrew Holness remporte les élections législatives avec 50,1 p. 100 des suffrages et 32 sièges sur 63. Il devance de peu le Parti national populaire (social-démocrate) du Premier ministre sortant Portia Simpson-Miller, qui obtient 49,7 p. 100 des voix et 31 élus. Le taux  […] Lire la suite

18 mai - 22 juin 2010 Jamaïque. Émeutes à Kingston et arrestation d'un chef de gang

Le 18, le Premier ministre Bruce Golding signe l'acte d'extradition de Christopher « Dudus » Coke, parrain de la drogue et du trafic d'armes et chef du gang Shower Posse, laquelle est réclamée par les États-Unis depuis août 2009. Le Parti travailliste jamaïquain (J.L.P.) au pouvoir était jusqu'alors réticent à consentir l'extradition du chef d'un […] Lire la suite

5-14 mars 2007 États-Unis. Tournée du président George W. Bush en Amérique latine

Jamaïque. Au Mexique, le président Felipe Calderón appelle George W. Bush à une réforme de la loi américaine sur l'immigration, réforme à laquelle ce dernier se dit personnellement favorable mais que rejette une partie de sa majorité.  […] Lire la suite

1er-15 mars 2004 Haïti. Désarmement des rebelles et désignation d'un Premier ministre provisoire

Jamaïque, pays qui, tout comme la Communauté des Caraïbes (Caricom), n'a pas reconnu le nouveau gouvernement haïtien.  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Oruno D. LARA, Jean Marie THÉODAT, « JAMAÏQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jamaique/