Bam, bam, CHAKA DEMUS & PLIERS

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Avec Shabba Ranks (Rexton Rawlston Fernando Gordon), les Jamaïcains Chaka Demus, le DJ qui toaste, et le chanteur Pliers sont sans doute les artistes les plus populaires du reggae digital, une des formes actuelle du reggae, apparue vers 1985.

Chaka Demus (John Taylor) commence sa carrière au sein du Roots Majestic, un sound system de Kingston. Spécialiste des associations fructueuses, il obtient son premier succès avec Admiral Bailey (One Scotch, 1986), puis récidive avec Everybody Loves Chaka, un duo avec Yellowman. Pliers (Everton Banner) a, quant à lui, travaillé avec bon nombre de producteurs jamaïcains et il a déjà enregistré Bam Bam en solo avant de rejoindre Chaka Demus pour Murder She Wrote (1993), une chanson qu'il avait également déjà interprétée. Ce titre leur apporte une notoriété considérable, y compris en Grande-Bretagne. La production est signée Sly Dunbar et Robbie Shakespeare (Sly Robbie), un tandem qui avait commencé par être la rythmique basse-batterie du reggae – ils ont accompagné un nombre impressionnant de stars locales, mais aussi Serge Gainsbourg, Bob Dylan ou Grace Jones –, avant de se reconvertir dans la production et les arrangements sur ordinateur; les techniques utilisant la norme M.I.D.I. constituent en effet la base musicale du reggae digital, souvent appelé en France raggamuffin, ce qui signifie «mauvais garçon».

Dans la version de Bam Bam, issue de l'album Tease Me (1993), on n'entend pas le toast rauque de Chaka Demus: c'est Pliers qui interprète presque a cappella cette chanson de Frederick «Toots» Hibbert, un plus des grands chanteurs du reggae roots. Le sample de guitare utilisé est le même que celui de Murder she Wrote; il se déroule pendant toute la chanson pratiquement sans autre accompagnement qu'une batterie synthétique et programmée (il ne s'agit pas d'un loop tout fait). Le pattern représente un bon exemple de balancement de reggae digital. Le dessin se compose d'une grosse caisse sur les temps et de cinq coups de caisse claire placée sur la quatrième double croche ou le contretemps. La pédale charleston brode sur les doubles croches. Une grosse caisse plus grave vient souligner le début de chaque mesure. On utilise souvent un simple son sinusoïdal pour obtenir une tenue longue et profonde qui fera résonner les boomers des enceintes acoustiques. Le motif rythmique du synthétiseur en quarte suit presque la caisse claire.

Pourquoi avoir choisi une orchestration si réduite? Prenant le contre-pied du phénomène qui consiste à toujours surcharger les productions, les musiciens de ce projet ont décidé de jouer avec deux éléments essentiels de la musique populaire: le groove, c'est-à-dire ici l'aspect dansant, et la mise en valeur du timbre et de l'interprétation du chanteur. La rythmique a prouvé son efficacité sur les pistes de danse des dance halls. Le sample de guitare (souvent repris) a pour allié un beat classique, mais d'une grande efficacité quand il s'agit de provoquer une agitation corporelle. On peut ainsi apprécier à loisir l'interprétation de Pliers, laquelle, dégagée de toute contrainte harmonique, peut s'exprimer sur le mode majeur (donc avec une sensible) dans une monodie expressive s'appuyant sur une guitare qui joue pourtant une septième mineure. La tension musicale ainsi créée se retrouve dans bien des musiques populaires de rencontres, comme le blues.

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Pour citer l’article

Eugène LLEDO, « Bam, bam, CHAKA DEMUS & PLIERS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bam-bam-chaka-demus-et-pliers/