Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

FRANCE, archéologie

Ombres et lumières

L'Université n'était pas préparée à former rapidement autant de jeunes archéologues : ses cursus ne sont guère adaptés, l'archéologie nationale et les méthodes de fouilles n'y sont guère enseignées. Beaucoup de contractuels se sont, par force, formés sur le terrain. Faute de suivi universitaire, faute de formation permanente, faute aussi de moyens matériels, ils se trouvent souvent démunis pour étudier et publier le résultat des fouilles qu'ils ont conduites ou auxquelles ils ont participé. D'autre part, l'énorme masse de données qui s'est accumulée et qui demande à être analysée se heurte à la faiblesse insigne du réseau des laboratoires français dont le C.N.R.S. s'est à peu près désintéressé. Vaut-il donc la peine de conduire tant d'opérations, de mobiliser tant de jeunes chercheurs, de dépenser tant de crédits pour n'aboutir qu'à quelques expositions ou plaquettes destinées au grand public mais rarement à des publications scientifiques ?

Cette question appelle plusieurs réponses. Tout d'abord, la France paie un retard de trente à quarante années par rapport à ses voisins européens : prise de conscience tardive de son patrimoine, lenteur d'adaptation de ses « grandes » institutions, préférence donnée aux « grandes opérations » au détriment d'une politique de continuité.

En second lieu, l'archéologie de sauvetage a profondément transformé les problématiques et les méthodes. Elle a donné une vaste dimension spatiale à des recherches presque toujours fortement localisées : les fouilles de la vallée de l'Aisne, qui ont précédé sur 70 kilomètres la progression des gravières et découvert (à ce jour) près de 300 sites pré-et protohistoriques, nous donnent une vision de l'occupation du sol en Picardie jusqu'alors insoupçonnée. La fouille, dans une ville, de plusieurs hectares contigus (ou même discontinus) sur toute l'épaisseur des sédiments archéologiques, fait appréhender une histoire évolutive et non plus seulement un monument ou une maison ou les vestiges d'une époque. Les vastes prospections exigées par une autoroute, une ligne de T.G.V. donnent des renseignements que n'aurait fournis aucune fouille programmée. Du coup, les méthodes ont également évolué, par exemple la pratique des grands décapages, inconnus chez nous il y a encore quinze ou dix ans (découvrant des villages néolithiques ou du haut Moyen Âge, des traces de travaux agraires, etc.), ou encore un appel plus systématique (du moins pour les périodes historiques) aux techniques d'analyses visant à restituer l'environnement (la faune, la flore, les paysages, les cultures). La nécessité de fouiller de vastes espaces, les financements appropriés sont autant de stimulants qui ont bouleversé les conduites archéologiques.

Reste le problème des publications scientifiques. Il y en a eu, il y en aura d'excellentes, mais les lacunes risquent d'être nombreuses : elles représentent le prix à payer pour une progression anarchique. On peut admettre cette déperdition en considérant les autres acquis, mais on ne saurait accepter que la situation se pérennise. Aux institutions concernées de prendre leurs responsabilités et d'engager les actions qui s'imposent.

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Inventaire archéologique : un exemple pionnier

Inventaire archéologique : un exemple pionnier

Jacques Boucher de Perthes

Jacques Boucher de Perthes

Autres références

  • LA FRANCE ARCHÉOLOGIQUE (dir. J.-P. Demoule)

    • Écrit par Laurent-Jacques COSTA, Universalis
    • 800 mots

    Ouvrage collectif, réunissant quelque cent soixante contributeurs sous la direction de Jean-Paul Demoule, alors président de l'Institut national de recherches archéologiques préventives, La France archéologique. Vingt ans d'aménagements et de découvertes (Hazan-INRAP, Paris) dresse,...

  • ACHEULÉEN

    • Écrit par Michèle JULIEN
    • 123 mots

    L’Acheuléen est une civilisation de la préhistoire ; son nom vient du gisement de Saint-Acheul, faubourg d'Amiens, où fut découvert un outillage du Paléolithique inférieur dont la pièce caractéristique est le biface. Cette culture apparaît en France vers — 700 000, mais en Afrique...

  • ALÉSIA

    • Écrit par Michel REDDÉ
    • 1 046 mots
    • 2 médias

    Premier site de l'histoire de la nation française, Alésia a été rendu célèbre par le fameux passage de la Guerre des Gaules (VII, 68-89) dans lequel César met en scène la défaite de Vercingétorix en 52 avant J.-C. Devenu « lieu de mémoire » et symbole national de la résistance à...

  • ANGOULÊME, histoire de l'art

    • Écrit par Pierre DUBOURG-NOVES
    • 920 mots
    • 1 média

    Angoulême, érigée en civitas à la fin du iiie siècle ou au début du ive, conserve de cette époque les restes d'un soubassement de rempart aux parements en gros appareil régulier. Le blocage intérieur, constitué de vestiges de monuments (colonnes, blocs sculptés, inscriptions...),...

  • ARCHÉOLOGIE MÉDIÉVALE

    • Écrit par Luc BOURGEOIS
    • 4 883 mots
    • 5 médias
    ...ces institutions n’envisage d’étendre l’archéologie à l’ensemble de la période médiévale, l’abondance des textes et des monuments en élévation semblant rendre inutile un tel effort.En France, l’archéologie médiévale de terrain demeure donc pour longtemps encore l’affaire d’amateurs locaux.
  • Afficher les 81 références

Voir aussi