EXPLORATIONS

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Motifs d'exploration, mobiles d'explorateurs

L'exploration est toujours exaltée nominativement, à travers l'exploit d'un homme en qui elle s'incarne, de Vasco de Gama à Cook, de Bougainville à René Caillié, de Heinrich Barth à Roald Amundsen. L'histoire des grandes découvertes est le triomphe de la biographie.

Amundsen au pôle Sud

Photographie : Amundsen au pôle Sud

L'explorateur Roald Amundsen (1872-1928) vient de planter le drapeau norvégien au pôle Sud, le 14 décembre 1911, devançant le Britannique Scott de plus d'un mois. 

Crédits : Illustrated London News/ Hulton Archive/ Getty Images

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L'exploration : une aventure personnelle

Les motivations d'une époque, l'état de l'opinion publique, les forces profondes religieuses, économiques, politiques ou militaires qui sous-tendent le voyage, qui l'expliquent, qui en font un élément dans une chaîne continue passent à l'arrière-plan de la légende dorée des grandes explorations, alors que toutes ces données en sont l'essentiel, le plus souvent, mais pas toujours. L'individu, avec sa personnalité, reprend parfois tous ses droits, et alors l'exploration n'est, dans ses mobiles mêmes, qu'assouvissement des désirs de l'explorateur, accomplissement de sa volonté, affirmation de son caractère. Et elle vaut ce qu'ils valent.

Les motivations personnelles courent ainsi tout au long de l'histoire de la découverte du monde, tantôt en constituant une partie de la trame même, tantôt en fournissant les plus belles broderies. Elles percent dès les premiers récits, avec, au premier rang, le goût de l'aventure. L'aventure est à elle seule un puissant moteur d'exploration. Elle possède, d'abord, et entièrement, « les voyageurs errants » décrits par l'abbé Prévost dans son Histoire générale des voyages, qui en remonte la piste jusqu'aux premiers conquistadores de l'Amérique espagnole. « Les voyageurs errants, comme j'aime à pouvoir les nommer, ne s'attachent point à suivre une route et se laissent tantôt guider par la seule curiosité, tantôt par le hasard des événements ; il arrive souvent qu'ils visitent des pays ignorés et des parties de monde connues qui n'avaient jamais été visitées par d'autres voyageurs » (Histoire générale des voyages, t. XI, p. 263).

L'aventure est à la fois désir puissant du départ et attrait de l'inconnu, ou des inconnus : partir moins pour trouver que pour rompre et, chérissant les hasards, s'ébrouer aussi bien dans les bonnes fortunes – dans tous les sens du terme – que dans les périls. Fernão Mendes Pinto, dans sa Pérégrination, racontant ses voyages sur terre et sur mer jusqu'en Chine et au Japon, se flatte d'avoir été treize fois esclave, onze fois naufragé, dix-sept fois vendu aux Indes, en Arabie, en Tartarie et à Sumatra ; et de tant d'aventures et d'avatars, il conclut au désir demeuré de nouveaux départs et de nouveaux émerveillements, sans oublier, encore, en bon Portugais du xvie siècle, de rendre grâce à Dieu.

L'exploration divaguante – dont le flibustier devient l'ambigu héros poussé jusqu'à la caricature – n'a pas été sans apporter beaucoup à la science réelle, d'une part, à l'idéologie des voyages, d'autre part, comme par raccroc, et surtout par l'œuvre seconde, patiente, des fourmis de l'érudition qui engrangent, comparent, trient, additionnent toutes les informations désordonnées rapportées par les cigales de l'aventure.

Le flibustier William Dampier, ami du naturaliste Hans Sloane, avec son New Voyage around the World (Londres, 1699, traduit à Amsterdam en 1701-1705, republié, augmenté et mis à jour en 1712), illustre la relation de l'aventurier et du scientifique, et « annonce l'esprit de connaissance encyclopédique de l'Europe des Lumières ».

Les récits de voyage : mythe et/ou réalité

Ainsi, la littérature de voyage, les récits de vie ne cessent d'être interrogés depuis le Livre des merveilles de Marco Polo et la Pérégrination de Fernão Mendes Pinto, jusqu'aux Mémoires d'Alexandre-Olivier Exquemelin. Même lorsque, manifestement, l'imagination emporte les narrateurs et noie le réel, ses fantaisies romanesques informent sur les mythes liés aux régions parcourues, mythes qui seront à leur tour motifs d'exploration « rationnelle », et sur les fantasmes d'un homme, et, à travers eux, sur la mentalité collective d'une époque et les pulsions profondes d'une société. Aussi bien cette littérature permet – paradoxalement – d'établir une typologie de cet inclassable que semble être l'aventurier [...]

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Pour citer l’article

Jean-Louis MIÈGE, « EXPLORATIONS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/explorations/