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ETHNOLOGIE Ethno-esthétique

Le terme « ethno- esthétique », emprunté à J. Delange, désigne un ensemble d'études consacrées aux arts dits primitifs, ethniques, traditionnels ou tribaux. Il semble composé afin d'exprimer la double idée d'une interdiscipline à dominante esthétique et préféré à « ethnologie de l' art », qui désigne une spécialisation de l'ethnologie. Par provision, l'ethno-esthétique peut être définie comme une discipline ayant pour objet l'esthétique des arts produits dans les groupes sociaux qu'étudie l'ethnologie. Cette définition n'est que provisoire, car elle enveloppe plusieurs équivoques.

D'abord, la préfixation de « ethno- » renvoie indifféremment à l'ethnologie ou à l'ethnographie. « Esthétique », de plus, est pris couramment en deux sens ; au sens étroit (étymologique), ce mot désigne l'étude de la relation esthétique (sensible) entre l'art et l'usager, distinguée de la théorie de la production artistique ; au sens large, l'ensemble unifié des deux théories précédentes.

Une équivoque encore plus grave engage la relation de l'ethnologie avec la philosophie. L'esthétique est une discipline philosophique. L'ethnologie se veut positive et, comme toute discipline positive, récuse la philosophie pour son caractère spéculatif, pour son indifférence à l'enquête de terrain, donatrice des faits. Notre définition implique donc une position épistémologique. Elle place l'esthétique du côté de l'objet et opte pour l'ethnologie, afin d'assurer à l'ethno-esthétique sa positivité. Il ne s'agit plus d'esthétique philosophique, mais de faits esthétiques, observables dans tels groupes sociaux : esthétique yoruba (R. F. Thompson), esthétique fang (J. W. Fernández)... « Ethno-esthétique » n'est plus alors préféré à « ethnologie de l'art » qu'afin d'insister sur la reconnaissance, imposée par l'enquête empirique, de l'existence et de la spécificité du fait esthétique dans les sociétés étudiées (M. Leiris & J. Delange, Afrique noire. La création plastique). L'ethno-esthétique entend ainsi se distinguer non seulement de l'esthétique philosophique, mais aussi des études ethnologiques antérieures qui méconnaissaient ou refusaient l'existence du fait esthétique dans les sociétés dites primitives.

Le fonctionnalisme et les arts primitifs

Un fait était ici en litige. Le rejet de ce fait, par des travaux sérieux, doit être imputé, le plus souvent, aux défaillances de l'ethnologie fonctionnaliste. Celle-ci, pendant quelques décennies, dominait l'ethnologie. Il faut comprendre pourquoi ses hypothèses se sont révélées moins adaptées aux arts qu'aux formes culturelles et incapables de rendre compte des faits artistiques en leur spécificité.

Il est commode, à cet égard, de distinguer deux aspects du fonctionnalisme : un rôle heuristique, d'orientation de l'enquête rendue plus ou moins féconde, et un rôle explicatif, en tant qu'il fournit les cadres théoriques permettant d'ordonner et de rendre intelligibles les faits recueillis. Quant à sa valeur heuristique, le fonctionnalisme a fait ses preuves. Mais les arts primitifs n'en ont guère bénéficié ; jusqu'aux années 1960, ils ne furent qu'exceptionnellement l'objet d'une enquête intensive de terrain. En tant que théorie explicative, le fonctionnalisme tend à opérer la réduction du fait artistique.

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Écrit par

  • : agrégé de philosophie, maître assistant à l'université de Rennes (U.E.R. de philosophie).

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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