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ETHNOLOGIE Ethno-esthétique

Le recours à la philosophie

L'emploi de la méthode comparative et le passage à l'histoire de l'art que nous avons pris pour exemples nous semblent cependant exiger une réflexion épistémologique. La reconnaissance de la spécificité des arts primitifs a pour conséquence méthodologique l'adaptation à ces arts de procédés antérieurement mis au point sur des objets différents. On connaît, par exemple, l'importance des documents écrits dans les procédures d'attribution ; mais, dans les sociétés sans écriture, les données de la tradition orale soulèvent des difficultés spécifiques. Plus généralement, les méthodes d'attribution ne font pas l'objet d'étude systématique. Une mise au point et une discussion méthodologique semblent aujourd'hui nécessaires. De même, le problème de la classification des objets soulève des difficultés (J. Laude) qui sont loin d'être toutes résolues. Tout un courant d'interprétation, qu'on peut nommer symboliste, exigerait, comme le courant fonctionnaliste, un examen critique.

L'ethnologie se méfie toutefois de la philosophie. Peut-elle cependant en faire l'économie ? Le rejet de la philosophie a souvent pour conséquence son usage implicite ; on peut estimer préférable son usage déclaré, conscient et, par suite, critique (R. P. Armstrong).

La reconnaissance effective de la spécificité artistique et, déjà, la simple traduction des données de l'enquête de terrain entraînent l'usage d'un vocabulaire artistique emprunté à la critique, à l'histoire et à la philosophie de l'art. On emploie ainsi couramment des termes comme « classique », « baroque », « expressionniste », « cubiste », ou encore « symbole » et ses dérivés, « image », « représentation », etc. Mais tous ces termes sont loin d'une définition à la fois précise et couramment acceptée. Or, il existe au moins un courant philosophique qui s'est attaché aux difficultés du langage de l'art, c'est la philosophie analytique. Un ouvrage aussi important que Languages of Art, de N. Goodman, nous semble une référence indispensable. Les exigences de rigueur de la philosophie analytique devraient au moins atténuer la méfiance des ethnologues. Le vocabulaire artistique, enfin, est utilisé en vue d'une certaine fin, qui reste le plus souvent implicite et ambiguë : évocation d'une expérience esthétique et référence au vécu, description ou analyse esthétique – le lecteur n'est pas en mesure de trancher. Une clarification méthodologique est nécessaire.

Il faut souligner que nous ne plaidons pas en faveur d'un usage hégémonique de la philosophie de l'art, mais seulement, et dans l'état actuel des recherches, en faveur d'un recours à ses capacités critiques.

— Lucien STÉPHAN

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Écrit par

  • : agrégé de philosophie, maître assistant à l'université de Rennes (U.E.R. de philosophie).

Classification

Pour citer cet article

Lucien STÉPHAN. ETHNOLOGIE - Ethno-esthétique [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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