Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ENGRAIS

Malgré une augmentation continue de la production alimentaire et des progrès certains dans sa distribution et son utilisation, la situation mondiale de l'alimentation est préoccupante, l'expansion restant globalement inférieure à l'accroissement de la population. Pour nourrir la population mondiale en l'an 2020, il faudrait, si elle atteint alors comme on le prévoit 8 milliards d'habitants, que la production agricole soit accrue de 50 p. 100. La situation est même angoissante dans les pays en voie de développement, aux sols souvent ingrats, et qui sont en pleine explosion démographique.

La mise en valeur des terres inexploitées, qui nécessite souvent d'énormes investissements (drainage, irrigation), ne peut être envisagée qu'à long terme et ne devrait se faire qu'avec de grandes précautions si l'on veut que leur fertilité se maintienne et que l'environnement soit respecté. À court terme, l'un des moyens les plus efficaces d'augmenter fortement la production agricole réside certainement dans une utilisation rationnelle et généralisée des engrais minéraux. Le retour à des systèmes de culture où l'« engrais de ferme » (fumier, légumineuse...) est dominant n'est envisageable que pour des secteurs très restreints et des populations riches.

Parmi les éléments fertilisants que les plantes puisent dans le sol, trois sont déterminants : l'azote, le phosphore et le potassium. On les trouve à l'état naturel : nitrates, guano, phosphates d'os, apatites, phosphorites, différents sels de potassium, mais ils ne sont généralement pas directement utilisables comme engrais. C'est la raison pour laquelle l'industrie produit toute une gamme d'engrais dont la consommation s'accroît régulièrement chaque année.

Pour la campagne agricole 2006-2007, la demande mondiale était estimée, d'après la F.A.O., sur la base des statistiques de l'I.F.A. (International Fertilizer Industry Association), à 98 millions de tonnes d'azote (en N), 39 de phosphore (en P2O5) et 37 de potassium (en K2O).

Historique

Dès le début du Ier millénaire avant avant J.-C., l'emploi des déjections animales et humaines, additionnées ou non de déchets végétaux, de pailles, de chaumes et de terre, représenta la contribution humaine à la fertilité du sol. La Bible, L'Odyssée, des ouvrages babyloniens du viie siècle avant J.-C. montrent une certaine connaissance des propriétés de ces apports, ainsi que de celles des cendres et de la pratique de l'écobuage. Perfectionnées par les Romains dans leurs applications et leurs conjugaisons avec les engrais verts pourvoyeurs d'azote, lupins et fèves, ces méthodes de fertilisation, après un déclin au Moyen Âge, restèrent les mêmes jusqu'à la Renaissance, où, simultanément en Italie, en Angleterre et en France, parurent des ouvrages sur la fertilisation. Certains, comme ceux de Bernard Palissy, sont une remarquable anticipation des découvertes faites deux cents ans plus tard, dans le domaine de la nutrition des plantes, par Lavoisier, Saussure, Dumas, Boussingault en France, et particulièrement par leur contemporain Liebig en Allemagne (nutrition minérale des plantes vertes).

Ces travaux à peine divulgués se traduisirent par d'actives recherches industrielles tendant à fournir au moindre prix à l'agriculture les trois principes essentiels qui utilisent l'azote, l'acide phosphorique et la potasse. Déjà, au début du xixe siècle, certains déchets d'industrie, tels que les os et les « noirs » de raffinerie, étaient employés en France pour combattre la déficience phosphatée des sols acides ; bientôt, en Angleterre, en Belgique et en France, les craies et sables phosphatés étaient utilisés en l'état, les cendres de varech, les cendres de tourbe fournissaient de la potasse, et, en 1840, parvenaient en[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ingénieur agronome, secrétaire général honoraire de l'Association nationale professionnelle pour les engrais et les amendements
  • : responsable agriculture environnement et statistiques
  • : directeur de recherche honoraire à l'Institut national de la recherche agronomique
  • : ingénieur agronome (I.N.A. Seris), membre de l'Académie d'agriculture de France, ingénieur-conseil

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Engrais : consommation mondiale - crédits : Encyclopædia Universalis France

Engrais : consommation mondiale

Consommation d'engrais dans le monde - crédits : Encyclopædia Universalis France

Consommation d'engrais dans le monde

Engrais : action de doses croissantes - crédits : Encyclopædia Universalis France

Engrais : action de doses croissantes

Autres références

  • AGRICULTURE - Histoire des agricultures depuis le XXe siècle

    • Écrit par Marcel MAZOYER, Laurence ROUDART
    • 9 998 mots
    • 2 médias
    ...biologiques : tracteurs et machines de puissance, de capacité et de complexité croissantes, permettant de réduire la force de travail humaine et animale ; engrais minéraux pour les plantes et aliments concentrés pour les animaux, permettant d'augmenter leurs rendements ; produits de traitement phytosanitaires...
  • AGRICULTURE - Agriculture et industrialisation

    • Écrit par François PAPY
    • 7 421 mots
    • 3 médias
    Maisla question de l'usage des engrais constitue la principale préoccupation des agronomes au cours de cette période. Pour nourrir une population croissante, une fois cultivées les terres qui peuvent l'être, il faut augmenter les rendements et, par conséquent, compenser les exportations d'éléments...
  • AGRICULTURE DURABLE

    • Écrit par Jean-Paul CHARVET
    • 5 444 mots
    • 10 médias
    ...eux, les systèmes agronomiques (agrosystèmes) retenus doivent tenir compte davantage des spécificités des sols et des conditions climatiques aux échelons régional et local et limiter le plus possible le recours aux produits de synthèse ( engrais, produits phytosanitaires) d’origine industrielle.
  • AGRONOMIE

    • Écrit par Stéphane HÉNIN, Michel SEBILLOTTE
    • 9 202 mots
    • 1 média
    ...doctrine de Liebig, confirmée par de nombreux auteurs, les techniques de la fertilisation prennent naissance et se développent dans la mesure où l'on découvre des sources nouvelles d'éléments fertilisants et des techniques industrielles permettant de rendre ces substances plus solubles, condition nécessaire...
  • Afficher les 19 références

Voir aussi