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CONTES, Charles Perrault Fiche de lecture

Les Histoires, ou Contes du temps passé avec des moralités, de Charles Perrault (1628-1703), parurent tous les huit (La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe-Bleue, Le Maître Chat, ou le Chat botté, Les Fées, Cendrillon, ou la Petite Pantoufle de verre, Riquet à la houppe, Le Petit Poucet) sous le nom de son fils, Pierre Darmancour – il avait alors dix-neuf ans –, le 11 janvier 1697. D'abord publiés séparément, La Marquise de Salusses, ou la Patience de Griselidis (1691), Les Souhaits ridicules (1693) et Peau d'Âne (1694) furent ajoutés par la suite dans l'édition Lamy de 1781. L'autre titre parfois donné au recueil, Contes de ma mère l'Oye (allusion aux fées aux pieds palmés, les fées « pédauques » médiévales, et aux nourrices qui parlent en cacardant comme des oies), a seulement figuré sur un exemplaire manuscrit de 1695.

Un art du naturel

Tenant de ceux (les Modernes) qui revendiquaient une liberté de la littérature par rapport aux modèles antiques contre ceux (les Anciens) qui en prônaient l'imitation, académicien depuis 1671, bon politique sous Colbert, chef de file et champion de la dramaturgie moderne, du nouvel art chrétien, des auteurs contemporains du siècle de Louis XIV, de la langue, de la littérature et de la nation française, Charles Perrault se lançait dans une entreprise pédagogique et mondaine. En redécouvrant les contes populaires français – où l'on pourrait retrouver l'écho de nombreuses histoires folkloriques, retravaillées par l'auteur, racontées peut-être à ses propres enfants, et certainement lues dans les salons –, en les traduisant – en collaboration, comme pour tout art de salon – en langage galant et moderne, en vers ou en prose, en leur donnant une nouvelle légitimité, Perrault démontrait qu'on peut écrire avec clarté et enjouement, tout en mélangeant les styles. Sous le couvert du divertissement léger et enfantin, il faisait aussi œuvre de théoricien.

Ce qui compte avant tout, c'est l'effet : il s'agit de donner une allure populaire, traditionnelle et naïve, naturelle en un mot, à ce qui a été longuement travaillé, et d'ajouter au canonique « il était une fois » un esprit ironique qui fasse penser et sourire, simultanément. En même temps, Perrault renvoie à une autorité traditionnelle donnée comme française (le fond des âges, sa sagesse proverbiale, distincte de l'Antiquité convenue). En cela, il se place dans le sillage de L'Astrée (1607-1627) de Honoré d'Urfé, et des pratiques de salon qui lui sont bien connues. Les jeux mondains des moralités et des énigmes, voire des bouts-rimés, parcourent ces contes qui sont aussi destinés aux cercles aristocratiques et bourgeois, dominés par les femmes, et très présents à la ville : il s'agit d'y cultiver l'esprit, sans prétention ni pédantisme, de renoncer aux références antiques, d'introduire un peu de doute et de profondeur, mais sans ostentation, bref de se distinguer des partisans des Anciens, et surtout de se situer loin de la cour dévote et de son roi déclinant.

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Écrit par

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CONTE

    • Écrit par Bernadette BRICOUT
    • 5 807 mots
    • 2 médias
    Le frontispice de l'édition originale des Contes du temps passé de Perrault (1697) représente une paysanne filant au coin du feu et faisant de beaux contes aux enfants qui l'entourent. Contes de vieilles, contes de servantes ou de nourrices, disait-on pour désigner ce que Cicéron appelait déjà...
  • FOLKLORE

    • Écrit par Nicole BELMONT
    • 12 229 mots
    • 1 média
    ...entier, comme c'est encore le cas pour l'actuelle école finlandaise. Paradoxalement la France, qui avait été la première à s'intéresser aux contes grâce à Charles Perrault, dès la fin du xviie siècle, fut une des dernières parmi les nations européennes à en entreprendre une collecte sur des bases scientifiques....
  • PERRAULT CHARLES (1628-1703)

    • Écrit par Marc SORIANO
    • 1 757 mots
    • 1 média
    Charles Perrault est-il le créateur de la littérature pour la jeunesse, comme on le dit souvent ? Il faut noter d'abord qu'au xviie siècle les enfants ne constituent pas un public distinct ; la littérature enfantine n'est pas un genre attesté, sauf peut-être dans le secteur de l'art oral,...
  • SORIANO MARC (1918-1994)

    • Écrit par Bernadette BRICOUT
    • 650 mots

    Marc Soriano est né au Caire en 1918. Après la mort de son père, sa famille se rend en Italie. Il séjourne à Pise entre 1921 et 1927, puis il vient vivre à Paris. Il est reçu à l'École normale supérieure en 1939. Mobilisé en 1939, blessé en avril 1940, il entre dans la Résistance en 1942 Premier de...

Voir aussi