CLARKE KENNETH SPEARMAN dit KENNY (1914-1985)

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« J'ai cassé la prison et les menottes de la batterie. » Personne ne contestera à « Klook » – surnom en forme d'onomatopée qu'il hérite de l'une de ses figures rythmiques – le titre envié de libérateur de l'instrument. C'est en effet sous ses balais que la batterie moderne s'affranchit du carcan de la rythmique à deux, puis à quatre temps. C'est grâce à lui qu'elle n'accepte plus de n'être que le vigilant gardien du tempo et accède enfin au rôle de soliste à part entière. Ni Art Blakey ni Max Roach n'auraient esthétiquement vu le jour sans Kenny Clarke.

Kenneth Spearman Clarke – qui adoptera plus tard le nom musulman de Liaquat Ali Salaam – naît à Pittsburgh (Pennsylvanie) le 9 janvier 1914. Des parents musiciens l'initient chacun à son propre instrument : la mère au piano et le père au trombone. Il étudiera également le vibraphone et la théorie musicale. Orphelin de bonne heure et livré à lui-même, il court les rues d'une ville qui a donné au jazz Erroll Garner, Art Blakey, Ray Brown, Ahmad Jamal, Mary Lou Williams et tant d'autres encore... Il joue partout : bals, défilés, fanfares, orchestres de rencontre. C'est avec Leroy Bradley, batteur venu du Nord, qu'il fait ses véritables débuts. Il restera avec lui pendant cinq ans. En 1935, il accompagne Roy Eldridge. Il séjourne à Saint Louis dans le Jeter-Pillars Orchestra puis gagne New York, où il rejoint, en 1937, Edgar Hayes, avec qui il réalise son premier disque. L'Apollo Theater le choisit comme batteur attitré. C'est là que son dynamisme lui vaut rapidement le sobriquet de « chaise électrique ». En 1937, il effectue une tournée en Finlande et en Suède. Pendant huit mois, il joue chez Claude Hopkins et accompagne Louis Armstrong ainsi qu'Ella Fitzgerald. Teddy Hill l'engage dans son orchestre (1939-1940). Mais son style n'est pas des plus prisés : « Teddy Hill m'avait flanqué à la porte en disant que je démolissais le tempo. En fait, il écoutait mal car je tenais la mesure sans arrêt. Je crois que c'est mon improvisation de la main gauche qui le trompait. » Sa carrière dans les orchestres classiques se révèle donc assez mouvementée. Il appartient à la formation de Benny Carter (1941-1942), de Henry « Red » Allen, dirige son propre groupe au Kelly's Stable et fait même un bref séjour auprès de Coleman Hawkins. Mais c'est dans les bars de la 52e Rue qu'il a rendez-vous avec l'histoire. Au Minton's Playhouse, il participe – en compagnie de Thelonious Monk (piano), Charlie Christian (guitare), Dizzy Gillespie (trompette) et Charlie Parker (saxophone alto) – à la naissance du bop, nouveau style qui va révolutionner le monde du jazz. Kenny Clarke part pour l'armée en 1943 et, pendant son service militaire, joue du trombone. Démobilisé, il retrouve Dizzy Gillespie et son orchestre en 1946. Huit mois plus tard, il l'abandonne pour suivre Tadd Dameron. Il lui revient en 1948 et participe avec son orchestre à une tournée européenne. Kenny Clarke retrouve alors Paris, où il reste quelques mois. Il y donne des cours de batterie et se produit avec des musiciens tant français qu'américains. De retour aux États-Unis, il travaille avec Tadd Dameron au Royal Roost. En 1951, il est de la tournée de Billy Eckstine. Avec Milt Jackson (vibraphone), Ray Brown (basse) et John Lewis (piano), il fonde en 1952 le Modern Jazz Quartet, dont les initiales deviendront célèbres. Il lui restera fidèle jusqu'en 1955, date à laquelle il sera remplacé par Connie Kay. À cette époque, il se produit au Bohemia et enregistre beaucoup. Il se fixe en France en 1956. D'abord batteur de la formation de Jacques Hélian, il accompagne les musiciens américains de passa [...]

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Pierre BRETON, « CLARKE KENNETH SPEARMAN dit KENNY - (1914-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/clarke-kenneth-spearman-dit-kenny/