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CHARLES XII (1682-1718) roi de Suède (1697-1718)

La coalition de 1700 et les succès suédois

Les voisins de la Suède – l'électeur de Saxe et roi de Pologne, Auguste II, le roi de Danemark-Norvège, le tsar Pierre Ier et le Brandebourg-Prusse – comptaient sur les difficultés de Charles XII, monarque de dix-sept ans, à peine sorti de la tutelle de la régence, pour évincer la Suède de la Baltique et la chasser de ses têtes de pont, en profitant du mécontentement qu'avait suscité dans la noblesse balte les dures mesures de la Réduction. Un gentilhomme livonien, Patkul, fut l'âme de cette coalition dont les appétits divers faisaient une alliance mal coordonnée.

Auguste II ouvrit les hostilités, dès février 1700, en assiégeant Riga, le principal port exportateur des grains, des textiles et des bois livoniens, tandis que Frédéric IV de Danemark envahissait le Holstein, qui représentait le trait d'union entre la Suède et ses possession d'Allemagne. Cette grande guerre européenne, qui commençait en même temps que celle de Succession d'Espagne, devait durer plus longtemps encore et ne s'achever qu'en 1721. Les débuts de Charles XII dans la grande guerre du Nord furent foudroyants. Il fit preuve d'éminentes dispositions militaires, d'une étonnante maîtrise de soi, d'un coup d'œil qui fit de lui le modèle des tacticiens de son temps, toutes qualités dues non pas à de longues études, ni même à des expériences réalisées sous l'égide des maîtres étrangers, comme ce fut le cas pour Gustave Adolphe, mais à une confiance absolue dans le Blitzkrieg, la marche à l'objectif et la destruction de l'ennemi. Celle-ci s'opérait essentiellement par le recours aux armes blanches telles que la pique, puis la baïonnette d'infanterie et la latte de cavalerie ; le corps à corps était livré par une infanterie formée en colonnes, soutenue et parfois précédée par la cavalerie qui, elle, chargeait sans tirer. Le roi de Suède était persuadé que Dieu favoriserait ses armes et celles de son peuple, inspiré par l'Évangile et galvanisé par la théorie du gothicisme qui en faisait un peuple élu, destiné à servir de tuteur aux autres ; la Suède ne faisait donc pas la guerre dans le but immédiat d'élargir ses frontières : satisfaite de ses conquêtes, qu'elle s'était efforcée d'assimiler à sa culture latino-scandinave, elle entendait les conserver pour en vivre et assurer sa sécurité.

Avec l'appui naval anglo-hollandais, Charles XII s'en prit d'abord à l'aile occidentale de la coalition. Une descente en Zeeland menaça Copenhague et obligea le Danemark, par le traité de Travendhal, à rendre le Holstein (18 août 1700). De son côté, par l'entremise des Hollandais, le roi de Pologne leva le siège de Riga. Ayant traversé la Baltique, Charles XII se tourna contre les Russes qui assiégeaient le port important de Narva et, avec moins de 9 000 hommes, défit plus de 40 000 ennemis, victoire qui eut un grand retentissement en Europe (30 nov.). Ce fut ensuite le tour de la Pologne : Auguste II pourchassé jusque dans ses possessions de Saxe, dut signer le traité d'Altranstädt (sept. 1706) par lequel il renonçait à la couronne polonaise au profit de Stanislas Leszczynski que Charles XII avait fait élire à sa place dès juillet 1704. Patkul paya sur le billot sa félonie.

Les richesses agricoles et métallurgiques de la Saxe permirent de reconstituer l'armée caroline, d'approvisionner les magasins, de remonter la cavalerie et de prélever une lourde indemnité de guerre en or. Près de Leipzig, le roi de Suède faisait figure d'arbitre de l'Europe. Toutes les puissances le redoutaient et recherchaient son alliance. Garant de la paix de Westphalie, il obligea l'empereur à la tolérance envers ses coreligionnaires silésiens. Sourd aux sollicitations de l'envoyé de Louis XIV, Besenval, comme[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Charles XII

Charles XII

Autres références

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